Harwich – Kesgrave (57km)

 

Lever vers 10h, après une mauvaise nuit! Le terrain était en pente… on a glissé sans arrêt! Nos amis hollandais sont partis très tôt, il n’y a plus personne dans le camping, excepté un français qui attend le bateau pour la Hollande depuis au moins 2 jours.

Quelques tranches de pain frais tartinées de choco, une petite douche de 2 x 6 minutes au milieu des araignées, et on plie bagage… Direction le vieil Harwich, où un petit ferry doit nous faire traverser la rivière jusqu’à Felixstowe. Un passage rapide à l’office du tourisme nous apprend que le bateau ne part que toutes les 2 heures et n’accepte pas plus de 12 passagers à la fois. Il nous reste une grosse heure à tuer avant le prochain départ!

Sarah part chercher des hamburgers et du coca à une échoppe le long du port, et Jérôme garde les vélos restés sur la jetée. Nos porte-bagages surchargés attirent les regards et alimentent les conversations des quelques personnes attablées au snack de l’estacade. Un homme d’une soixantaine d’années finit même par s’approcher des vélos, en faisant mine d’en inspecter les sacoches.

-« Das ist deutsche fabriek ! », finit-il par lancer en direction de Jérôme.
-« Yes, it’s Vaude, a german brand, you’re right ! »

C’est un allemand, une sorte de vieux baroudeur à la longue barde , qui fait justement la NSCR aussi, mais dans l’autre sens. Dès la première phrase, le courant passe, on va avoir des tas de choses à se dire…

Sarah nous rejoint quelques minutes plus tard, et on continue la conversation à trois, tout en dévorant nos hamburgers . Abu s’intéresse beaucoup au matériel que l ’on a emporté, et nous donne quelques conseils pour nous faciliter la tâche : réduction de poids, de volume, itinéraires à suivre, coins à voir absolument, etc … Il nous fait le récit de ses autres aventures cyclistes (un voyage jusqu’au pôle nord, la France, …), et après nous avoir laissé ses coordonnées, termine par quelques phrases philosophiques, visiblement ému à l’idée de nous quitter.

Mais il est déjà 14h15, et le ferry va partir! Jérôme court sur le ponton pour dépasser quelques touristes. Pourvu qu’il reste des places! De loin, le batelier secoue la tête de droite à gauche : le bateau est malheureusement plein! Mais, en discutant un peu, l’homme finit par nous accepter et nous aide même à transporter notre barda dans la barque métallique. Le traversée est agréable et impressionnante: quelques grosses vagues se brisant sur la proue du petit bateau et trempant les touristes inconscients assis à l’avant du bateau. Sarah, quant à elle, va plutôt bien, elle a juste un peu mal au ventre…

10 minutes plus tard, le ferry nous débarque sur une plage, où une simple passerelle de bois déroulée sur le sable sert de quai de débarquement! Tous les passagers se mobilisent pour nous aider à porter nos bagages jusqu’à la route située un peu plus haut. En un voyage, tout est débarqué, et après avoir remercié tout le monde, nous nous posons 5 minutes sur les galets avant de repartir.

De la fenêtre d’une voiture, un couple de vieux nous regardent recharger nos vélos. L’homme abaisse la vitre et entame la conversation… Il en connaît un paquet sur l’Angleterre, et l’Ecosse et nous parle avec passion de quelques endroits « you really must see ». Un 1/4 h plus tard, après avoir noté quelques précieuses infos sur papier, nous voilà repartis sur la piste cyclable 51, censée nous emmener en direction de Woodbridge, le prochain patelin au Nord après Harwich.. Dès le début, la route se met à serpenter à travers un paysage plutôt vallonné: le côté sportif du voyage, up the hill, down the hill, commence à apparaître …

Nous roulons une heure ou deux avant d’arriver par hasard… à Ipswich… La route, en plus d’être très mal balisée et dangereuse pour la circulation, ne nous a pas emmenés à l’endroit voulu. On était censés se diriger vers le Nord et nous voila à l’Ouest!

Le soir commence à tomber, et nous cherchons désèspérément comment retomber sur la NSCR. Rien à faire ! Aucun anglais n’a jamais entendu parler de cette route, et la plupart ne sont sans doute jamais montés sur un vélo… On se contente donc de suivre la grand route, en nous orientant avec une carte à grande échelle achetée la veille dans une station-service. Pour éviter de perdre encore du temps, on confirme régulièrement notre direction auprès des passants. Mais la nuit est presque là, les côtes se succèdent, et toujours aucun camping à l’horizon!

A 21h, il fait noir, et on a beau arrêter chaque personne que l’on croise, pas moyen de trouver un endroit où dormir! Jérôme se risque plusieurs fois à demander pour dormir chez eux dans leur jardin, mais personne ne semble avoir de place pour nous pour ce soir. Au loin, on entend de la musique! Une dame nous explique qu’il s’agit d’un festival organisé pour la lutte contre le cancer, et nous conseille de nous y rendre, pour nous renseigner auprès des policiers présents sur place. Le festival n’est pas loin, il n’y a qu’à suivre le bruit. En fait, il s’agit plus d’une fête foraine que d’un festival à proprement parler, mais il y a beaucoup de monde partout, et les flics ont l’air fort occupés avec quelques fauteurs de troubles … Une policière à l’écart nous renseigne un camping à l’autre bout de la ville! Puis, en voyant notre air déçu, nous explique qu’il n’est pas conseillé de camper en terrain public, que l’amende que l’on risque est assez importante.

Crevés, on se dirige vers le fameux camping avec des mollets de plomb… et la chance tourne… Dans un passage souterrain, on tombe nez à nez avec un jeune couple de cyclistes. Après leur avoir exposé notre problème, et parlé un peu, ils nous invitent à camper dans leur jardin. On accepte poliment, en tentant de dissimuler notre enthousiasme, et on les suit jusqu’à leur maison, à travers des ruelles sombres et étroites.

10 minutes plus tard, nous voilà en train de prendre le thé du soir dans la cuisine. James et Carol sont informaticiens tous les deux, et Carol donne aussi des cours de piano. On parle de voyages, de l’Angleterre, de la Belgique, et d’une foule d’autres choses… la discusssion est des plus agréables, et le thé est chaud et sucré. Le courant passe vraiment bien, si bien qu’ils nous proposent de laisser tomber la tente, pour nous installer dans le canapé-lit du salon. On est vraiment reçus comme des rois, cela nous gènerait presque… mais après quelques politesses, on finit par accepter!

Ils nous souhaitent la bonne nuit, et montent à l’étage. Le salon est simple et agréable, le lit est assez grand pour 3, on va bien dormir! Sarah passe son temps à tuer les mouches qui sévissent autour de l’unique lustre de la pièce, puis s’écroule au milieu du grand lit. Jérôme recharge les appareils, transfère les photos et vidéos, et finit par passer une bonne partie de la nuit assis à la table en face de son écran, si bien qu’il est presque 5h quand, enfin, il se décide à rejoindre Sarah. Déjà, l’aube se lève sur l’Angleterre, et répand sa timide lumière sur les roses humides du jardin… Sans bruit, Jérôme contemple le spectacle quelques instants, et s’enfonce, sereinement, dans un tout bon matelas, du moins pour cette fois…