Halesworth – Norwich (60km)

 

Réveil matinal à Foley, Halesworth. Il est à peine 7h, la tente est humide à cause de la rosée, mais la nuit a été calme et reposante, et c’est dans la bonne humeur que l’on se réveille. Alors qu’on est en train de tout démonter, un homme qui semble inspecter les lieux, nous demande de quel droit nous campons ici. Il nous apprend qu’il est « volunteer » pour l’entretien de l’endroit, qui se révèle en fait être une sorte de réserve naturelle. L’homme se montre sec, il est contrarié par un tas d’immondices, un peu plus loin sur la pelouse. Nous lui expliquons la raison de notre présence ici, en lui faisant bien comprendre que ces crasses ne sont pas les nôtres, que nous sommes, comme lui, deux amoureux de la nature, qui comptent bien laisser l’endroit dans un état impeccable. L’homme se décrispe petit à petit, puis s’éclipse pour revenir 10 minutes plus tard avec un sac poubelle, et un grand sourire aux lèvres. Il s’en veut d’avoir été aussi sec avec nous, et se met maintenant à nous féliciter pour notre comportement. Il nous invite à revenir dans le village, donner l’exemple aux jeunes, et nous propose déjà un coin de son grand jardin.

Les sacs sont bouclés, la tente est remballée, on sort des bois pour un premier arrêt déjeuner au village, avant de nous mettre à rouler, en direction de Bungay.

Nous y arrivons sur le coup de midi, et, alors que nous regardons la carte sur la place du village, un vieil anglais nous accoste… Cette fois, c’est le fanion de Sarah qui a attiré l’attention. L’homme semble fort intéressé, et nous pose des dizaines de questions avant de nous inviter à « luncher » chez lui. Il est lui aussi fan de cyclisme et a récemment voyagé en France avec son épouse. On se décide à le suivre, un peu à contre-cœur car nous nous étions acheté des sandwiches ce matin. Mais après tout, on les mangera bien plus tard, l’homme a l’air des plus sympathiques, et on aime tellement rencontrer des nouvelles personnes !

Il habite la plus grosse maison du village, une ancienne ferme restaurée, avec un immense jardin et même un terrain de tennis. Stéphanie, son épouse, nous acceuille à bras ouverts, et s’esclaffe à chaque fois que nous parlons de notre projet. « It’s wonderful, I can’t believe it ! A-ma-zing!  ». On mange sur la terrasse, sous un soleil de plomb. Pain, jambon, fromage, salade, anchois, œufs et jus de pomme. Un régal ! A tel point que Jérôme fait le plein, pour le plus grand bonheur du couple, heureux de voir un si bon appétit.

Tout au long du repas, on leur explique le projet en détail, et ils passent quelques coups de fil pour nous obtenir une interview avec leur beau-frère dont le métier est de transformer des fermes désaffectées en maisons écologiques.  Malheureusement, il n’est pas disponible aujourd’hui, il faudrait que nous dormions chez eux, pour le rencontrer demain matin. Nos hôtes sont vraiment « disappointed and embarassed » de nous décevoir sur ce coup-là. Ils nous proposent d’utiliser leur ordinateur, afin d’imprimer les cartes de notre parcours, et on en profite pour uploader les news sur notre site web.

Une heure plus tard, on a enfin fini, and it’s teatime!

Une voisine, d’au moins 90 ans, a rejoint le couple dans le jardin et se plaint d’une branche qui dépasse sur son terrain , ce qui rend Stéphanie un peu « upset »! Il faut dire que la vieille dame a la mauvaise habitude de venir grommeler chez nos hôtes pour des queues de cerises.

Le thé est servi, accompagné d’un petit cake aux pruneaux typiquement anglais! Notre amie Sarah a du mal à réprimer une grimace lorsqu’elle en avale la première bouchée… Le reste finira dans le fond d’un mouchoir de poche, discrètement rempli en dessous de la table, ou dans l’estomac de Jérôme…

 

On quitte nos hôtes vers 16h, après avoir pris quelques photos et essayé, en vain, de peser nos vélos avec une balance à poulets d’un autre siècle. On serait bien resté plus longtemps, mais il faut qu’on avance! Aujourd’hui, il nous reste encore une vingtaine de miles à parcourir avant d’arriver à Norwich. Et c’est le ventre bien plein que l’on se met à pédaler en pleine côte…

 

La NSCR perd beaucoup de temps en détours, et après l’avoir remarqué à plusieurs reprises, on décide de couper par une grand-route. 12 miles plus loin, 200 cadavres d’animaux écrasés (lapins, faisans, rats, pigeons, hérissons) plus tard, et après avoir risqué la mort cent fois à cause du trafic, on arrive enfin à Norwich!

On part directement à la recherche d’un hôtel pas cher, car il est déjà tard. Un kébab sympa nous renseigne l’hotel Italia, et, un passant, le YMCA du coin. Le premier est introuvable, et le second plutôt mal fréquenté, si l’on en juge la bande de punks qui sont assis sur les marches devant la façade. On essaye plusieurs hôtels et B&B, pour finir dans le quartier de la gare, au Riverside, dans une sorte de pension tenue par un russe à l’aspect mafieux. La nuit est à 35£ pour deux, le moins cher que nous ayons trouvé. Les lieux sont rustiques, mais on s’en contentera pour ce soir. On se lave en vitesse avant d’aller boire un verre downtown, dans un café immense, et surtout immensément vide. Trop crevés pour se promener dans la ville, nous préférons rentrer et profiter de cette nuit dans un bon lit.