Holbeach – South Thoresby (83km)

 

Jérôme se réveille à 7h30, le portable est toujours allumé sur ses genoux… Aujourd’hui, il a pris la décision de repartir du bon pied ! Se faire un petit chocolat chaud, finir ce qu’il a commencé la veille sur l’ordi, et à 8h30, réveiller Sarah ! Elle n’a pas très bien dormi : trop humide, trop de bruits d’oiseaux, trop de cauchemars… soit! On démonte le barda en vitesse, mais le sol est trempé et la tente prend beaucoup de temps à sécher, même au soleil. On en profite pour faire causette avec les seuls autres occupants du camping, un couple en van VW qui parcourt le pays à la recherche d’une maison et d’un travail. Vers 10h30, on est prêts à partir… On a sauté l’étape de la douche, trop puantes : sol en balathom pourri, poils de chat partout, peinture arrachée et grosses araignées, on s’en sent pas la force ce matin.

En sortant du camping, on retombe pile sur la NSCR, qui après nous avoir conduit à travers les champs de fleurs pendant quelques kilomètres, continue vers Boston, en variant les parfums le long des plantations d’ail et d’oignons…

A l’entrée de la ville, nous tombons sur un magasin de vélos où nous nous arrêtons quelques instants pour regraisser les rouages de nos bécanes encrassées. On repart vers le centre et rencontrons un couple de cyclistes qui nous renseignent un peu sur la ville et les choses à voir.

Outre sa cathédrale, la ville ne semble pas offrir grand chose au touriste de passage. On décide donc de se poser au pied de l’édifice où l’on dîne de sandwiches au thon mayonnaise, accompagnés de salades de pâtes et de couscous achetées au supermarché du coin. Le soleil tape agréablement et on entend la marche nuptiale résonner dans la nef. Un vrai coin de paradis… Pourtant la ville ne semble pas des plus sûres: beaucoup de jeunes, en bande, qui se promènent en ayant tous l’air de chercher quelque chose… Jérôme peut-être…

Quelques photos des « just married », une balade sur la place du marché, et une visite à l’office du tourisme avant de reprendre la route… On décide de couper une fois de plus à travers tout pour éviter quelques collines superflues. La première partie de la route est super agréable, 20km sur du plat le long d’un canal avec le vent dans le dos… la crème de la crème! Mais, peu à peu, les difficultés commencent : les premières collines apparaîssent… Les arrêts se font de plus en plus fréquents et la déshydratation est proche… Jérôme craque donc, une fois de plus, pour une canette de coca high-cost que nous achetons en bord de route.

Nous continuons vers Louth et faisons une dernière halte le long d’un domaine, où des centaines de daims vivent en semi-liberté.

Vers 20h, Sarah commence à lâcher prise, elle veut s’arrêter et trouver un jardin pour mettre la tente, mais, on a beau demander aux passants, personne ne semble connaître de camping dans les environs, ni encore moins vouloir nous laisser camper dans sa propriété. On finit par nous renseigner un pub à South Thoresby où ils accepteraient une tente dans l’arrière-jardin. 10 minutes plus tard, nous voilà devant le « Vine Inn » (l’Auberge du Vin).

Devant le pub, un homme seul, la soixantaine, fume un cigarillo. Jérôme s’avance pour lui expliquer le problème. Très vite, il se propose de nous aider, il a un ami qui a un terrain de caravaning pas loin, peut-être accepterait-il une tente pour une nuit ? Il part en voiture pour se renseigner et revient quelques minutes plus tard un peu déçu ! Son ami est ok pour nous laisser camper, mais « there are no facilities », il n’y a pas de toilette ni de douche… Ca nous conviendrait très bien, mais l’homme n’a pas l’air satisfait ; il nous demande d’attendre quelques instants et disparaît à l’intérieur du pub. Nous attendons donc là-bas, en discutant avec un homme tatoué. Il nous parle de son voyage en quad jusqu’en Hongrie, et nous glisse sa carte de visite dans la main. Il est tatoueur et habite à Cleethorpes, une ville cotière non loin d’ici. Notre ami, dont on a oublié le nom mais qu’on appellera Jack, ressort du pub, un sourire au coin des lèvres.
– » You can stay here, but it’s 5 pounds ! », nous lance-t-il, l’air ravi d’avoir trouvé une solution bon marché. Nous rencontrerons la tenancière du bar un plus tard, car elle a beaucoup à faire. En attendant, nous pouvons monter la tente dans un coin du jardin, et venir boire un verre à sa santé !

Jane, la patronne, nous rejoint très vite dans le petit jardin ! Elle nous accueille à bras ouverts, et nous propose d’emblée un bon bain, ce que nous acceptons avec empressement. Quelques minutes plus tard, une fois la tente installée et nos bagages rangés, nous plongeons dans l’eau bouillante, et restons une bonne heure à nous détendre dans ce premier bain que nous prenons à deux. Nous en profitons pour faire le grand nettoyage : ongles, barbe, poils, tout passe à l’inspection et c’est d’une eau presque noire que nous sortons, frais comme des gardons. Une fois habillés, la peau encore flétrie et les visages rougis par une salle de bain des plus enbuées, nous descendons  boire un dernier verre. On se mèle aux gens du coin, parlant et rigolant avec eux. Jack, notre ami de tout à l’heure est toujours là, et nous offre généreusement deux verres. Nous parlons avec lui de tout et de rien, de sa vie et des nôtres, une conversation simple dans la bonne humeur. Maintenant que son fils a repris la ferme, il ne trait plus les vaches, mais s’occupe en livrant des colis à droite et à gauche dans le pays.

Nous rencontrons également un groupe de jeunes assez connus dans la région. Ils ont monté un studio d’enregistrement dans le village, qui a été le tremplin pour de nombreux groupes aujourd’hui célèbres (Kaiser Chiefs, Arctic Monkeys,…). Vers minuit, nous finissons par sortir du pub, un peu titubant, mais heureux de pouvoir nous endormir dans une place sûre, sur une herbe courte et épaisse, rehaussant encore la douceur de nos matelas de sol. Sarah s’endort directement, laissant Jérôme et ses insomnies de côté. Jane a eu la bonne idée de nous offrir un thermos de café très fort, Jérôme en boit quelques tasses, tout en travaillant sur le portable, et ne parvient à s’endormir que vers 5h du matin, à l’heure où il fait déjà clair dehors et que le coq des voisins commence à chanter.