South Thoresby – Little London (63km)

 

Le réveil sonne vers 7h30. Dur dur de se lever pour Sarah, les quelques verres de la veille ne semblent pas trop lui réussir. Jérôme, lui, qui n’a dormi que 2 heures est étonnament en forme. Le café de la veille était tellement fort qu’il doit toujours faire effet. Il secoue Sarah : « il faut qu’on parte aux environs de 9h, car Jane reçoit beaucoup de monde pour le traditionnel « Sunday Lunch » ». On remballe tout assez rapidement, avant de passer au pub pour dire au revoir, et nous brosser les dents par la même occasion. Une fois prêts à partir, on reste assis à la terrasse au soleil, à écrire quelques pages de notre journal de bord. Jane, dans sa grande générosité, nous fait don d’un sachet rempli de petites choses utiles : lait, sucre, sauces, cacahuètes, barres de céréales, café soluble,… Les barres vitaminées tombent vraiment à pic pour démarrer notre journée, et après avoir remercié Jane et promis de lui envoyer une carte, nous filons en direction de Grimsby.

Tout est plat, juste des champs à perte de vue, et nous avançons plutôt bien, à une moyenne de 20km/h. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous arrivons à Holton le Clay. Sur la grand route, Sarah repère une grosse batisse, qui lui rappelle les AC Restaurants bien connus des autoroutes belges. C’est un « Pub & Carvery », une sorte de Lunch Garden qui propose des menus à volonté. Nous y entrons après avoir cadenassé les vélos, et choisissons une table près de la fenêtre pour pouvoir les surveiller. C’est toujours le même problème, les vélos nous encombrent beaucoup, une fois qu’on ne s’en sert plus ! Pour limiter les dépenses, on commande une assiette pour deux que l’on remplit de viande et de légumes autant qu’il est possible. Leur concept de menu à volonté est étrange : on peut se servir autant qu’on le désire, mais une seule fois. Notre assiette déborde, et nous nous jetons dessus comme deux pauvres malheureux, la nettoyant jusqu’à la dernière goutte de sauce. Comme il pleut dehors, nous décidons de faire trainer une boisson pour rester au chaud quelques minutes de plus. Quelques minutes qui se transformeront rapidement en heures : nous faisons recharger les batteries en montant quelques séquences vidéo sur le portable.

Pour éviter de se faire mettre à la porte, Sarah décide quand même de prendre un morceau de gâteau au chocolat, car les serveuses tournent sans arrêt autour de notre table, en nous regardant bizarrement… C’est vrai qu’on abuse, mais ça nous fait rire ! Sur le coup de 16h, on finit par quitter l’endroit, et on se relance en direction de Grimsby, un mal de crâne à la clé, à avoir fixé trop longtemps le petit écran.

Le patron du pub d’hier nous a conseillé d’éviter la ville de Grimsby, à cause de gangs qui y séviraient. Nous essayons donc de couper à travers tout, en évitant les routes à trafic important, mais pas facile facile ! D’ailleurs, à un moment, Jérôme, croyant suivre la bonne route, se lance tête baissée dans une longue descente et Sarah le suit, perplexe… Comme vous l’avez déjà deviné, c’est la mauvaise route! Nous voilà revenus 5 miles en arrière, avec une énorme côte à remonter en prime ! Sarah est furieuse, et une dispute éclate ! Il nous faudra quelques minutes avant de reprendre nos esprits et de demander notre chemin à un passant. Apparemment, si on continue jusqu’à la grand-route un peu plus loin, on peut éviter de rebrousser chemin! On risque donc de suivre cette voie rapide jusqu’à Immingham, notre prochaine et dernière étape de la journée. Mais sur la grand route, les voitures filent à tout allure, et les camions chassent nos vélos, ballotés comme de pauvres fétus de paille. Une ferrari frôle même Jérôme à plus de 250km/h ! Et c’est après une demi-heure de bras d’honneur répétés aux conducteurs imprudents que nous finissons par apercevoir notre objectif.

Mais la ville, au loin, semble bien différente des autres : les champs de blé ont disparu pour faire place aux hautes cheminées des usines. Il se fait tard, et nous réalisons petit à petit qu’il va être très dur de trouver un camping dans les environs. Après nous être renseignés auprès de quelques personnes, nos craintes sont confirmées : il n’y a AUCUN camping à 20 miles à la ronde.

Que faire ? Continuer dans le noir ou sonner aux portes jusqu’à ce qu’on nous accueille ? Sarah est nerveuse et fatiguée, elle rêve d’une douche et de fruits frais en abondance! Jérôme, qui en a marre lui aussi, reluque les jardins des maisons à la recherche de quelques mètres carrés d’herbe confortables où planter la tente ! Sans le savoir, nos deux souhaits vont être exaucés ! Jérôme sonne à la porte de la dernière maison de la rue, et parlemente…

-« What do you expect from a campsite? », nous lance l’homme, un sourire en coin.
-« Just a place to put the tent, that’s all… », répond Jérôme.

Quelques minutes plus tard, la tente est montée au fond du jardin, et nous sommes assis à la terrasse, un verre de vin rouge à la main ! Nos hôtes de ce soir s’appellent Josh et Sharon et possèdent une superbe maison, qu’ils ont acquis à la sueur de leur front, nous confie Josh. Sa femme, qui s’inquiète pour nos estomacs vides, nous prépare un « big burger » à la cuisine.

Josh nous parle avec passion de l’Angleterre, et en particulier de York, la prochaine ville sur notre chemin, « which is absolutely BIOU-TI-FOULE », nous confie-t-il . Sharon, elle, remplit nos verres et nous amène même une salade de fruits frais pour le dessert. On discute longtemps ensemble, de tout et de rien, et après quelques verres, les langues se délient, et on leur explique notre projet de A à Z. On parle d’écologie, de recyclage, et ils nous répondent qu’ils font tout de ce qu’il est possible à leur niveau pour le recyclage des déchets. Josh a bu un verre de trop et se répète constamment dans ses dires, ce qui a le chic d’énerver sa femme…

Les heures passent, on en est maintenant au thé, et nos hôtes commencent à regarder discrètement leur montre. Sachant que Josh, bien que pensionné, travaille toujours et doit se lever vers 5h30 du matin, et que Sharon, elle, part à 8h30, nous décidons qu’il est grand temps de remercier nos amis pour la soirée, et de les laisser dormir…