South Cave – York (62km)

 

7h pile, nos yeux s’ouvrent. Notre horloge biologique est bien rodée. On sort de notre torpeur en se rejoignant sur le même matelas et en se remémorant les bons moments de la veille. Sarah, toujours en pijama, tente une descente à la toilette sur la pointe des pieds, mais, en bas, tout le monde est déjà levé. Keaton, le petit garçon d’un ami de nos hôtes est en train de jouer dans le salon. Sarah qui voulait passer discrètement se voit finalement faire connaisssance avec Keaton et son papa, qui discute avec nos hôtes sur le pallier de la porte. Un peu gênée, elle dit donc bonjour avant de filer à la toilette. On se rejoint ensuite tous à la cuisine, où Steve nous prépare du café pour accompagner le petit déjeuner. Sur la table, on a le choix entre des céréales, du pain grillé, des bananes, de la confitures au citron et du chocolat: rien de tel pour démarrer la journée… Après s’être rasassiés, on prend notre douche à tour de rôle et on discute un peu avec Marianne, alors que Steve entame son premier cours de la journée. Il donne quelques bases de mathématiques à Richard, un enfant autiste des environs très doué pour le dessin et la peinture. Marianne nous prépare ensuite à chacun un petit lunch packet, une vraie maman! Après l’avoir remerciée, et offert un de nos badges porte-bonheur, on finit par la quitter, en la serrant dans nos bras et lui faisant la bise. Très rare en Angleterre! Steve quitte son élève quelques minutes, pour nous dire au revoir, lui aussi, et nous offrir par la même occasion, deux bics à son nom, ainsi que sa carte de visite, nous promettant de rester en contact par email.

A peine montés sur nos selles, il se met à dracher! Bizarrement, la pluie ne nous gêne guère, elle se révèle même presqu’agréable et nous pousse à avancer plus vite. Après tout, c’est ça l’aventure ! Par ailleurs, la route jusque York est plate, et le vent souffle dans notre dos. On roule ainsi pendant une trentaine de kilomètres avant de s’arrêter bien trempés sous le porche d’un pub fermé, où nous engloutissons notre lunch-packet. Des sandwiches au thon, du babybel, des ananas et du chocolat. Ca fait un bien fou de manger, même si on commence à sentir le froid à cause du vent qui souffle sur nos corps mouillés. Il faut tout remballer très vite et redémarrer, sous peine de choper la crève! Le temps ne fait qu’empirer, la pluie est très dense, et ça devient difficile.

Une fois à York, on se rend directement au bureau du tourisme pour connaître une place où l’on pourrait laisser les vélos en sécurité pour se balader léger. La pluie a fait place à un timide soleil, et la ville a l’air magnifique, on a vraiment envie d’y passer un peu de temps… On nous conseille la consigne de la gare qui s’avèrera trop chère pour notre bourse : 10£ juste pour surveiller du coin de l’oeil deux vélos pendant quelques heures, faut pas exagérer ! S’ensuit alors une longue et pénible quète à travers la ville pour trouver un endroit où dormir au chaud et au sec, ainsi qu’un endroit où on peut laisser nos vélos gratuitement. On a beau demander à chaque personne que l’on croise, en vain ! Personne ici ne semble avoir de jardin pour nous héberger ce soir ! La seule solution reste la camping du coin qui facture la nuit 15£, et qui, comble de malchance, affiche complet !

Après avoir tourné plusieurs heures dans les faubourgs, accosté des dizaines de passants et sonné à quelques portes, nous nous retrouvons au même point : il pleut, et nous n’avons pas d’endroit où planter notre tente. On décide de retourner au camping complet et d’y trouver un carré d’herbe, quitte à demander à des occupants, si on peut utiliser une partie de leur emplacement pour une nuit. Au fond du camping, derrière une haie, il y a un petit terrain un peu à l’écart et complètement vide. On  décide d’y monter la tente et pendant que Jérôme soulage un besoin urgent dans les fourrés, Sarah commence à enlever les sacs des vélos.

– « Who are you ? Forbidden to use THOSE toilets ! », crie un homme en courant vers nous.

C’est le gardien ou « warden » du camping qui nous a vu sur ses caméras de surveillance. Il est furieux qu’on soit entrés alors que le site est indiqué complet, et sa colère est encore augmentée par le fait qu’il découvre Jérôme en train de pisser contre un arbre.

– « Get OUT of here, and quickly ! »

On a beau lui expliquer qu’on est passés à la réception, qu’on s’est renseignées auprès des occupants du camping, rien à faire, il ne veut vraiment rien entendre. Il veut qu’on dégage, et vite fait!
Sarah est prête à exploser de colère devant tant d’injustice, mais Jérôme lui fait signe de se calmer et se lance dans un dernier baroud d’honneur, se confondant en excuses et compliments sur le camping devant l’homme. Après 5 minutes de courbettes, l’homme daigne enfin nous laisser planter la tente mais veut du cash, et tout de suite! Il demande à Jérôme de l’accompagner sur le champs pour payer notre dû et prendre les clefs nécessaires pour accéder aux commodités.

Une demi-heure plus tard, la tente est montée, et on part en ville, Sarah tirant la gueule devant. La nuit est déjà tombée, on a perdu beaucoup de temps en chipoteries, et il nous aimerions manger un bout pour pas trop cher. En se baladant dans la ville, Sarah finit par se détendre et la bonne humeur revient! C’est ça notre relation, des vraies montagnes russes, l’amour, la haine et à nouveau l’amour, et c’est aussi puissant à chaque tour de manège.

On se renseigne à gauche à droite pour « a cool (and cheap) place to eat », mais pas facile à trouver ! Soit c’est trop cher, soit il est trop tard et la cuisine est déjà fermée… On finit par pousser la porte d’une pizzeria assez classe.
« I’ll give you a pizza ! », nous lance le serveur, après nous avoir d’abord refusés à cause de l’heure tardive.
Il s’appelle Tarek, il est algérien et parle un très bon français. Il nous a vus en ville avec les vélos cette après-midi, et est fan de cyclotourisme. Va-t-il nous offrir la pizza, se demande Sarah ? Hé bien non, il finit par amener une belle addition de 18£ qu’elle va devoir régler, avec un sourire pincé.

Tarek nous fait quand même un cadeau : demain, il amènera au restaurant un livre reprenant tous les campings d’Angleterre dont il n’a plus l’usage. On le remercie, puis on termine notre tour de la villle par quelques images de nuit de la cathédrale, avant de retourner au camping. Une fois sous la tente, on s’endort en discutant tranquillement à la lumière tamisée d’une lampe de poche. La journée a été riche en événements, et éprouvante à cause de la pluie et de toutes ces heures perdues à chercher un endroit où dormir.