Durham – Newcastle (31km)

 

6h du mat, ça gueule à côté de la tente! Une tête dehors.. Ce sont les membres du club qui viennent déjà sortir leurs bâteaux… Ils n’auraient même pas la délicatesse de parler à voix basse! Ils passent et repassent près de la tente en rigolant grassement… Malgré tout, on parvient à se rendormir par passes, jusque 8h, avant de nous éveiller pour de bon. Il a plu toute la matinée, la tente extérieure est trempée… On range les affaires lentement, puis on attend que tout sèche avant de partir pour Durham. Sarah s’arrête dans un M&S et y achète un pain et 4 croissants que nous tartinons de choco, attablés à une terrasse le long de la rivière, une grosse tasse de cappucino à la main… Jérôme feuillette distraitement un journal qui traine, avant d’écrire quelques pages, accompagné par la musique d’un petit orchestre de rue à guitares country. Le moment est très agréable, et on voudrait pouvoir s’éterniser, mais il va falloir se lever si on veut arriver à Newcastle dans l’après-midi.

On passe à l’office du tourisme pour savoir qu’elle serait la meilleure route à prendre pour nos vélos. L’hôtesse, un peu honteuse, nous avoue qu’elle n’en a aucune idée, et pour se faire pardonner, nous photocopie 2 cartes détaillées qui nous seront fort utiles par la suite. On s’arrête ensuite dans un magasin de vélos, dont le propriétaire, après mûre réflexion – les anglais réfléchissent toujours une bonne minute avant de donner réponse à une de vos questions – finit par nous indiquer un chemin qui évite un maximum les collines avoisinantes…

Nous voilà partis! 30 kilomètres à peine nous séparent encore de la grande ville, mais la progression est lente et difficile : nos muscles sont fatigués, sans compter le vent et les montées… Jérôme crève du pneu arrière en plein milieu de nulle part et roule de rage sur la jante jusqu’à un garage où il répare la crevaison en jurant. Un quart d’heure plus tard, notre courageux duo redémarre et, après avoir diné en vitesse à Gateshead, roule jusqu’à l’Ange du Nord, qui indique l’entrée de Newcastle-Upon-Tyne. C’est une sculpture d’ange, la plus grande jamais construite, faite de tôles de métal, ressemblant fortement à la carlingue d’un avion dirigée vers le ciel.

Après avoir pris quelques photos, nous entamons la dernière descente qui nous sépare de la ville. Le trafic se fait de plus en plus dense et il faut redoubler de prudence, mais Sarah, elle, est déjà loin devant. Elle fonce tête baissée sans attendre Jérôme qui commence à s’énerver derrière. 5 minutes plus tard, nous sommes sur le pont qui traverse le Tyne. De l’autre côté, c’est Newcastle. La ville a l’air immense. 4 ponts se cotoyent sur moins de 100 mètres (chemin de fer, passerelle écluse, Tyne Bridge, passerelle du millénaire) pour permettre à tout type de véhicule d’entrer dans la ville.

Nous n’avons pas de temps à perdre, il nous faut trouver l’hôtel le moins cher de la ville au plus vite, histoire de pouvoir se délester des bagages, prendre une douche et flâner librement dans les rues de la cité. Mais ici, tout est cher! La moindre chambre en B&B est facturée au minimum 60£ la nuit, si l’on en croit les renseignements fournis par l’employée de l’office du tourisme. Elle nous conseille de plutôt de nous rabattre sur le « Backpackers Inn », une auberge de jeunesse située dans le centre, qui coûterait moitié moins cher. Jérôme s’y rend à contre cœur, pas très chaud à l’idée de devoir dormir en chambre commune, avec 5 ou 6 espagnols qui vont ronfler toute la nuit (Jérôme et ses idées arrêtées!). Les employés de la réception sont sympas, ils parviennent à nous caser, malgré le manque de places dans l’auberge. Il faut dire qu’aujourd’hui, c’est foot à Newcastle: les résidents affrontent les joueurs de Villa Real. 170 personnes occupent donc déjà les différentes chambres communes du bâtiment. Ce soir, Sarah et Jérôme dormiront… séparément : ils ne mélangent pas filles et garçons ici! Dans les escaliers de l’auberge, c’est déjà la fête ! Une bande d’anglaises déjà saoules qui fêtent un enterrement de vie de jeune fille, quelques supporters tout aussi bourrés, sans oublier les quelques vrais voyageurs qui doivent sûrement déjà dormir.

Nous prenons une douche et partons nous promener, afin de profiter au maximum de ces quelques heures de liberté sans les vélos. Newcastle est connue dans tout le pays pour ses bars et sa « nightlife » exceptionnelle, et nous remarquons rapidement que cette réputation est plutôt justifiée : il y a un bar ou un club tous les 100m, et la plupart sont déjà bondés, alors qu’il n’est que 20h. Nous décidons de commencer la soirée par une bouffe dans un petit resto indien aux prix des plus attrayants. Pas grand chose sur l’assiette, mais c’est pas mauvais et ça nous suffit pour la soirée, nous continuons notre promenade digestive à la recherche d’un endroit où siroter un petit café avant d’entrer dans l’enfer de la nuit.

Dans la rue, on rencontre un rabatteur de l’Attic Bar, Joy, qui nous donne quelques conseils pour sortir et nous file même le numéro de téléphone d’un ou deux amis à lui, managers de clubs renommés dans la ville. On essayera d’y entrer gratos plus tard. En attendant, nous partons pour le « Secco », un bar italien plutôt sympa, paraît-il. Nous y commandons deux cafés, le gars a du mal à comprendre et sert deux « stretto » à la place du café traditionnel. Sarah est furieuse de n’avoir qu’un dé à coudre en guise de tasse et s’énerve sur Jérôme qui s’est occupé de la commande…

Une fois l’incident oublié, on se rend compte que le café est vraiment pas mal, la musique aussi, et on commence tout doucement à être chauds pour sortir. On écume la ville à la recherche d’un endroit qui convienne à Sarah, qui veut à la fois une belle déco, de la musique électro, et un public qui lui plaise. C’est pas gagné! Jérôme s’amuse bien, les rues qui grouillent de monde font que NC ressemble à une sorte d’immense carré, où, de plus, les filles sont habillées à la limite du vulgaire. Il y a du monde au balcon et encore plus au rez de chaussée! Fort, fort provoc! Sidérant car les garçons, eux, ne ressemblent vraiment à rien. Jérôme se dit que ça doit sûrement être leur carrure de rugbyman qui suffit à leur succès!

Ce soir, on a envie d’au moins économiser le prix de l’entrée en boîte, on essaye donc de sonner au manager du « Digital », mais pas moyen de nous faire entrer aujourd’hui, il n’est pas au club ce soir. L’autre numéro que Joy nous avait filé est également un échec : le patron nous fait entrer pour 6£ au lieu de 10£, mais pas possible de faire ça gratos, trop de monde à l’intérieur! On est un peu déçus, et on continue à tourner dans la ville à la recherche d’une boîte, mais les goûts musicaux de Sarah sont, ce soir, fort limités… si bien que rien ne lui plaît, et on finit par se retrouver une heure plus tard au « Secco », pour dire de quand même boire un verre avant de rentrer. De toute façon, il est déjà 0h30 et la fin de soirée s’annonce : tout ferme à 2h ici ! On avale deux hamburgers au Mc Do avant de rentrer à l’hôtel, on se dit qu’on va se poser dans le salon et finir la soirée tranquillement à deux… Mais pas de bol, à cause des supporters de ce soir, tous les communs de l’auberge de jeunesse ont été fermés!

On se rabat donc sur le seul endroit encore disponible du bâtiment : les douches des filles. On y regarde un peu les photos sur l’ordi, jusqu’à ce que Sarah parte se coucher, épuisée. Jérôme tente de faire pareil, mais change d’avis après 10 minutes, impossible de fermer l’oeil avec les ronflements bruyants de ses compagnons de chambre! Il se balade longtemps dans l’énorme battice, faisant machinalement le tour des étages, avant de finir au lavoir, où une prise de courant lui permet de continuer à chipoter sur l’ordi, et à trier photos et vidéos. Il finit par s’endormir le nez sur l’écran, et se réveille vers 4h du matin, le dos cassé sur la machine à lessiver. Il rentre dans sa chambre, monte sans bruit sur le lit superposé et se rendort immédiatement…