Newcastle – Tynemouth (20km)

 

7h du mat: Jérôme a mis son réveil et se lève sans chipoter. Il tente de descendre sans bruit du lit superposé mais parvient quand même à réveiller son voisin d’en bas. D’un pas lent, les cheveux ébouriffés, il se dirige vers la cuisine pour se doper à la caféine, il n’a dormi que 3h et a une petite mine… Heureusement, l’auberge met un peu de nourriture gratuite à la disposition des clients: Jérôme déjeune donc de toasts grillés à la confiture devant l’écran de l’ordi où il continue à taper le contenu du journal de bord en attendant que dame Sarah daigne se réveiller. Quelques backpackers matinaux entrent peu à peu dans la cuisine, et échangent 2-3 mots, le temps que l’eau pour leur café soit en ébullition. La cuisine-salon-lounge de l’auberge est très agréable, tout a été très bien pensé ou presque : il manque juste une connexion Wi-Fi!

A 9h30, Sarah n’est toujours pas descendue. Jérôme commence à stresser, car le check-out doit absolument se faire avant 11h du mat. Il lui envoie un sms, et, 10 minutes plus tard, la voilà qui arrive à la cuisine. On déjeune ensemble avant de remonter faire les sacs que l’on met ensuite en lieu sûr dans un casier à la réception avant de partir en ville. Aujourd’hui, Sarah s’occupe des photos, et Jérôme se contente de suivre derrière en révassant.

A l’office du tourisme, on a droit à 15 min d’Internet gratuites, juste le temps de checker les mails… On continue notre balade sur les quais du Tyne, où c’est jour de marché. On bouffe en vitesse d’un subway, puis on se promène dans une énorme galerie commerciale, où Sarah se met à écumer les magasins. Jérôme, qui a un torticolis depuis la nuit passée au terrain de rugby, sent les lanières de son sac à dos qui commencent à le blesser de plus en plus et cette galerie commerciale n’en finit pas !

Une fois sortis de là, on termine notre tour de la ville par un passage au stade de foot, puis dans le quartier chinois. Un petit café avant de reprendre les vélos? On essaye le « Kaffecino », juste en face de l’hôtel. A peine servis, ils nous annoncent qu’ils ferment dans 10 minutes! Affreux, on se voit obligés d’affonner le café bouillant avant de traverser la rue pour récupérer nos vélos et bagages. Sarah discute avec le gars de la réception pendant que Jérôme charge le matériel sur les porte-bagages, il nous imprime une carte avec la suite de notre itinéraire. Cela ne va pas nous servir des masses aujourd’hui, car il est déjà 18h, et on ne va sûrement pas faire 200km ce soir, mais c’est sympa quand même.

On repart en longeant la NSCR jusqu’à l’embouchure du Tyne, la Tynemouth. Le paysage est magnifique, malgré la pluie et le vent qui viennent de recommencer. Deux énormes jetées arrêtent les plus grosses vagues, rendant l’embouchure plus sûre pour les nombreux bateaux qui l’empruntent. On commence à stresser car il fait déjà sombre et pleut finement… Il nous faut trouver un endroit pour la nuit au plus vite.

Juste à la pointe de l’embouchure, on remarque une haute maison : c’est l’ancien bâtiment des gardes-côtes britanniques qui est transformé aujourd’hui en musée. Une pancarte indique que le musée est fermé au public le lendemain… On se regarde un instant, la même idée en tête: et si on campait dans le petit jardin? On se risque donc à sonner chez la gardienne pour demander la permission et elle n’a pas l’air contre… jusqu’à ce que son mari débarque en gueulant.

-« Who are you? I don’t know you!!! You don’t know me!!! Maybe you’re german ! »

C’est un vieux fou qui n’a toujours pas digéré la guerre de 40, et en plus, il a bu un verre ce soir, ce qui n’arrange rien. (pas de film ici, c’est dommage car exceptionnel)

Il part et revient plusieurs fois à la charge, nous insultant et nous agressant sans arrêt. La femme lui dit de se calmer, et il disparait dans la maison pour revenir armé… d’ un appareil photo qu’il braque vers nous.

-« For security! », dit il en nous photographiant.

La femme est un peu gênée, elle comprend que nous ne voulons rien de mal, s’excuse pour le comportement de Bill, son mari, et nous fait signe de nous installer discrètement dans le jardin. On monte la tente en vitesse sous la pluie, avec l’envie d’être au sec le plus vite possible.

Il fait presque nuit quand Jérôme part chercher de l’eau chez un voisin pour dire de pouvoir cuire des pâtes, mais les gens dans le quartier sont tout sauf accueillants! Sur certaines portes, on peut même lire : « NO VISITORS, we verify identity, we check, we always check ! ».

Une maison un peu en retrait, avec un vélo contre la façade sera la bonne. Un homme d’une quarantaine d’années accueille Jérôme et lui remplit une bouteille en souriant. Ils parlent quelques instants des mésaventures de ce soir avec le gardien du musée, ensuite Jérôme revient à la tente et commence à cuire les pâtes. 10 minutes plus tard, à peine avons-nous entamé l’énorme casserole qu’on entend des pas devant la tente. Et si c’était le mari de la gardienne, si ça se trouve il a une arme et croit vraiment qu’on est allemands…

-« Hey there, in the tent! I got some hot food for you! »

C’est le voisin sympa qui nous apporte un tupperware! Une cuisse de poulet rôti, une baguette encore chaude, des tomates et du fromage ! Pas mal la surprise ! Notre dîner de clochards se transforme vite en véritable festin, d’autant plus que notre généreux cuisinier repasse quelques minutes plus tard, avec cette fois un thermos de soupe bien chaude à la main. On mange et on mange jusqu’à se faire péter le caisson, puis on tente de digérer en discutant au sec alors qu’il drache dehors. Nous voudrions écrire un peu, mais pas possible aujourd’hui, nous ne tenons plus debout!