Tynemouth – Wansbeck (35km)

 

7h le réveil sonne, il ne pleut plus, le vent a même séché la tente! Sarah a eu trop chaud toute la nuit, mais bercée par le doux bruit des vagues sur la jetée, elle a quand même bien dormi. Nous devons nous dépécher et quitter avant 9h, heure à laquelle notre ami Bill se lève. Dommage, on aurait voulu prendre le temps de déjeuner à l’aise et de traînasser, mais bon ! On se voit toujours pressés pour une raison ou pour une autre depuis quelques jours… La gardienne vient nous voir, et nous prévient que son mari est éveillé mais qu’il est toujours couché dans son lit, elle en profite pour s’excuser encore pour son comportement de la veille au soir, il avait un peu bu !

On s’active donc, sans plus stresser, la journée s’annonce des plus agréables. Un petit chocolat chaud pour se réveiller, et on remballe tout. Jérôme se sent un peu nerveux, il n’a plus fumé depuis plus de 24h, c’est le début d’un long combat qui commence… Quelques clichés en vitesse pour immortaliser cette nuit passée au pied de l’ancien phare, et on démarre.

100m plus loin, on tombe sur le généreux voisin de la veille, qui retape un vieux camion pour le contrôle technique. Nous lui rendons son tupperware et le thermos en le remerciant vivement, puis nous mettons le cap sur la falaise, où le soleil tape sur nos yeux encore endormis. Les vagues s’écrasent contre le long mur de la jetée et retombent ensuite en une fine bruine. Jérôme prend quelques photos, puis se couche sur un banc de bois, le regard vissé sur l’embouchure. Il se sent bien et libre, même si son estomac commence à gronder. Sarah a faim aussi et secoue son homme pour l’emmener vers le centre-ville, afin de déjeuner d’un café chaud et d’un croissant pour l’une, d’un pain saucisse pour l’autre.

Assis bien au chaud à l’intérieur du tearoom, l’inspiration nous vient, et on passe une bonne heure à avancer dans l’écriture de notre journal de bord. Un couple d’écossais, intrigués par nos vélos nous regardent longuement, puis nous abordent. Ils sont sympas, mais on est couchés sur nos cahiers, et on voudrait rester concentrés, c’est pas tous les jours que ça nous arrive… Polis comme à notre habitude, nous expliquons le comment et le pourquoi du voyage, et leur laissons un flyer à notre effigie. Il est déjà midi, grand temps d’avancer! Mais avant cela un passage au supermarché du coin s’impose pour la petite Sarah : elle doit se refaire une réserve de Caramel’s et de Hobnobs (prononcer Houbnoubs) sans quoi elle ne saurait soi-disant pas démarrer. Laissant donc une fois de plus Jérôme, le féroce gardien de vélos seul dans le froid, elle disparaît dans le petit magasin en promettant d’acheter le strict minimum. 15 minutes plus tard, elle ressort avec un énorme sac de gougouilles sous le bras…
-« C’était « Buy one, get one free », Jé ! », lance-t-elle en souriant.
Il faut dire que les anglais ont développé une très bonne stratégie commerciale. Dans les supermarchés tout est super cher, mais semble toujours être en super promo. De grands panneaux « Buy one, get one free » ou encore « Save 2£ », « Half price », « Mega deal », attirent le regard, si bien qu’on aurait envie de tout acheter, tellement on a l’impression de faire des bonnes affaires… soit!

Sarah, qui souriait jusqu’alors, heureuse de ses trouvaillles du midi, change soudain d’attitude!
-« Ou est mon sac à dos ? Merde, mais je l’ai perdu, c’est pas vrai ! Je l’avais laissé au tearoom, et il y a tout dedans, mes médocs, mes lunettes, mes lentilles ! »
On fonce au salon de thé, pas de sac ! Sarah commence à penser qu’elle a du le laisser près du vélo pendant qu’on déjeunait et que quelqu’un l’a volé !
Pour être surs, on retourne quand même voir sur la jetée, mais sans succès… Sarah est désemparée, elle retourne quand même jeter un coup d’œil au phare, même si elle est sûre qu’il ne s’y trouve pas. Alors qu’elle traverse la route dans la précipitation, une voiture klaxonne derrière-elle !
-« Are you searching for this maybe ? », lance une voix d’homme, la main brandissant un sac à dos à travers la vitre.
C’est le voisin sympa, il a ramassé le sac de Sarah sur la route où elle l’avait abandonné ce matin en lui parlant. L’homme a parcouru une dizaine de kilomètres vers Blyth, la prochaine ville au Nord, pour tenter de nous rattraper.
Sarah fait des bonds, et remercie l’homme comme il se doit… Il nous fait entrer chez lui et nous offre un café, et nous discutons une demi-heure ensemble tout en sirotant la boisson bouillante avant de reprendre la route.

On peut enfin commencer à rouler, mais le vent est toujours fort, il frappe en rafales, longues et puissantes, nous scotchant littéralement à la route.
Pourtant le paysage est magnifique, avec des falaises et des plages qui s’étendent sur des dizaines de kilomètres. De temps en temps, on peut même observer quelques avancées rocheuses qui semblent plonger dans la mer, au sommet desquelles de petits phares surélevés guident les bateaux entre les dangereux récifs. Nous avançons très lentement, freinés par le vent, et trouvons tous les 100m une excuse bidon pour pouvoir s’arrêter.

Sarah veut trouver un vrai supermarché pour les sandwiches du midi, et après avoir pas mal tourné dans une petite ville, nous tombons sur un Morrison’s, une sorte d’équivalent du Delhaize : des prix corrects et de la bonne qualité. Jérôme attend dehors, adossé contre un mur de béton et, pour tuer le temps, se plonge une fois de plus dans son carnet de bord.

 

-« C’est génial ce magasin, il y a même une sorte de « lunch garden » » s’écrie Sarah, à peine sortie du batiment.
On testera la resto une autre fois si on en a l’occasion. Pour l’instant, on va se remettre en route, à la recherche d’un endroit isolé du vent pour manger nos sandwiches. C’est à la librairie qu’on va trouver notre bonheur. Nous nous posons sur un banc presque confortable, et dévorons chacun une demi-baguette garnie de fromage et de jambon. En mangeant, on remarque que la librairie, outre ses bancs, offre aussi un accès internet gratuit. Sarah file donc lire ses mails, pendant que Jérôme craque et demande une cigarette à un gars dehors, qui fait une pause clope dans sa recherche intensive de boulot par internet.

Sarah resssort, et enfile quelques couches supplémentaires avant de repartir dans le froid et l’humidité de la digue. On roule quelques kilomètres (très peu) avant de tomber sur un minuscule port de pêche, accessible à marée haute uniquement… Il sera déjà bientôt l’heure de se mettre à la recherche d’un camping, mais on se rend très vite compte que ce sera plus dur que prévu. La ville s’appelle Blyth, elle grouille de bandes de jeunes qui trainent et de policiers qui les surveillent trainer, ça n’a pas l’air d’être la place la plus sûre pour passer la nuit. Et en effet, chaque personne que l’on accoste pour obtenir des informations sur un éventuel camping, nous lance le même refrain: « Blyth is not a safe place to camp, you know ! » On finit par franchement demander aux gens s’ils n’auraient pas un ou deux mètres carrés dans leur jardin pour nous dépanner ce soir, mais sans succès, personne n’a envie de nous aider aujourd’hui !

On continue donc à rouler… en direction d’Ashington, où l’on sait de source sûre qu’il y a un terrain pour nous à 9£ la nuit. Un chauffeur de taxi s’arrête pour nous renseigner le chemin le plus court, et quelques kilomètres et un arrêt pipi dans l’arrière boutique d’un paki pour Sarah plus loin, et nous y voilà ! Le campsite est situé le long d’une belle rivière, la Wansbeck, et ses wardens ont l’air sympas, ils nous proposent d’emblée d’enfermer nos vélos à l’intérieur de la boutique du camping, à cause d’une récente histoire de vol de vélo dans leur propriété. Une fois la tente montée, on se cuit la traditionnelle casserole de pâtes au pesto, puis on digère quelques minutes… quelques minutes qui vont d’ailleurs se prolonger jusqu’au lendemain matin! Dommage, car on avait pris de bonnes résolutions quand à la mise à jour du site…