The lost lagoon

9h, papa me réveille avec un café, ca devient une habitude. C’est du déca, aujourd’hui, on a épuisé tout le stock de caféine disponible dans la chambre…

J’ai du mal à émerger, je suis rentré vers 3h hier, après une tout bonne soirée, au final plus arrosée que ce que je pensais. Je vous raconterai surement la fin de soirée un de ces jours, si je trouve le temps et si ma mère arrête de raler par email pour que j’arrête de parler de Vancouver by night et que je me concentre sur note voyage à père et moi. Whatever, en résumé, grâce à Pam la tatouée, Denise la saoularde et Alicia la cousine, j’ai fini par parler avec cette fille méga hautaine, la fameuse Stéphanie. On a discuté dans ce bar une bonne partie de la nuit, jusqu’à ce qu’ils rallument les lumières à 2h du mat et qu’ils foutent tout le monde dehors. Juste le temps de fumer une clope outside, prendre une photo et son email, et la voila partie dans une jeep limousine avec sa cousine et Denise. Tout s’est passé très vite, j’ai rien compris et, pour être honnête, je commencais a être un peu émeché, elles m’ont proposé de les suivre, et sur le coup, je me suis méfié et j’ai refusé…

Revenons à notre journée, papa me réveille donc avec du café. Aujourd’hui, c’est journée relache, light gueule de bois pour un et pieds en sangs pour l’autre obligent. On va aller faire un tour du côté du Lost Lagoon et se poser un peu au soleil en attendant que le temps passe…

Avant ça, faut que je passe souscrire à un abonnement chez Fido, opérateur gsm qui a l’air bien moins cher que Rogers, le principal du pays. Papa m’attendra sur la plage des anglais (celles des volleyeuses). Les vendeurs sont vraiment pro, pas d’embrouille, ils m’expliquent tout, et je signe sans hésiter. Abonnement mois par mois, 1go en 3G, 50 minutes de journée, illimité le soir etc, le tout pour 50$ tout rond par mois. C’est de loin le deal le plus intéressant dans le coin.

Tout fier de mon nouveau joujou, je rejoins papa en utilisant google maps et le gps intégré, easy game. On discute un peu ensemble, puis on se dirige vers le Lost Lagoon, une partie du Stanley Park qu’on a pas encore visitée.

Il s’agit d’un grand lac à 5 minutes du centre-ville, dont les abords regorgent de faune et flore en tout genre, un véritable musée à ciel ouvert. Les écureils se laissent filmer, les ratons laveurs se laissent nourrir, et les tortues, elles, se contentent de se laisser dorer sur une pierre au soleil.

On y passe plusieurs heures, presque la moitié de la journée en fait, et vers 4h, on redémarre vers le centre se manger un sandwich, avant de tenter une bière au pub anglais. Il est bondé à cause d’un barbecue pour une oeuvre caritative. On a encore envie de calme, on préfère aller voir ailleurs… Le temps de revenir à l’hotel, il est 18h,  je fais boire 2 grandes bières à papa au pub d’en face, et lui achète un paquet de chips au sel en guise de souper. Il a son compte pour la soirée! A peine rentré dans la chambre, il se met en pyjama et pique une sieste d’une heure qui durera en fait jusqu’au lendemain matin. Il me conseille de pas faire trop le con ce soir, car on doit se lever aux aurores pour aller retirer la voiture chez Alamo. Je lui promets d’être sage et copie mes photos sur l’ordi en attendant qu’il s’endorme, puis, discrètement, sur la pointe des pieds, part retrouver mes pseudos-amis du Morissey quelques étages plus bas.

Pas que la journée ait été inintéressante, loin de là, mais juste que Vancouver by night est quelque chose qui commence à me plaire de plus en plus, n’en déplaise à ma chère mère que j’embrasse au passage. Je crois que j’ai besoin de me sortir un peu du voyage père-fils pour quelques heures, et d’essayer de m’intégrer dans ce pays où je compte vivre pendant une année entière. En d’autres termes, c’est plus de la découverte que de l’alcoolisme, plus du boulot que de l’amusement, plus du reportage que de la drague, et surtout, ça m’amuse énormément, surtout quand Jessica sert des bières avec ses gros bras tatoués…

En l’espace des ces 3 derniers jours, j’ai réussi à obtenir quelques numéros, quelques emails, quelques blogs, etc. Il y a moyen que je m’intègre je pense et que j’essaye de creuser un peu sous la couche de la rencontre de pilier de comptoir, pour voir si ces gens sont des amerloques consommateurs ou ont un peu d’âme humaine derrière leur sourire orthondontiste. Pour l’instant, je suis pas encore convaincu… La preuve : envoyé un sms à Courtnay, pas de réponse,  envoyé un sms à Stephanie d’hier, pas de réponse non plus. Mais rassurez-vous, je ne me formalise pas, j’expérimente, c’est tout… 🙂

Au Morissey ce soir, il y a du monde, comme prévu.  Normal, on est vendredi soir.. Et comme tous les vendredis soir, devinez qui est derrière le bar…

– « Aaah Jessica! Enfin! Mais ou étais-tu donc passée? » (enfin, ça, c’est ce que je pensais…)
– « La semaine, je travaille au Templeton, un resto un peu plus haut. Ca va toi? »

Elle est débordée, je bois une bière à 5.50$ peinard en écrivant ma journée.. De temps en temps, elle me gratifie d’un petit sourire, mais c’est tout.. Une fois ma bière finie, elle me fonce dessus, comme à son habitude :

-« Do you want another beer? »
-« No Jessica thanks, not immediately… Maybe later »

Du coup, elle me sert un verre d’eau avec des glacons, agrémenté d’un sexy smile suffisant pour me faire fondre.

– « Let’s take a break with beer, maybe »
– « Oh, I’m no drunk Jessica, but do you always drink beer after beer after there? »
– « Yeah, it’s a bad habit, I know! »

Elle retourne à ses mojitos et moi à mon carnet. Un groupe de gars un peu plus loin m’interpelle.

– « What are u writing, dude? Does it start with ‘Goodbye cruel world’ ? »
– « No, don’t worry guys, it’s a fuckin’ happy story! »

On sympathise, ils me proposent de les suivre à un concert gratuit un peu plus tard, et d’y emmener mon père si ça le chante. Je remonte à la chambre pour tenter de le réveiller, mais pas moyen, il est parti pour la nuit…

Je redescends au bar, mes nouveaux amis sont déjà partis, heureusement, ils m’ont noté l’adresse sur une page du carnet. Itinéraire google maps avec l’iPhone et j’y suis 5 minutes plus tard. Il est 22h, c’est la première fois que je m’aventure seul en ville la nuit. Le quartier a l’air assez chaud, beaucoup de toxs, de clodos, mais au fond l’ambiance est plutôt peace.

Le bar s’appelle le Subeez, c’est un énorme café lounge, bar et cuisine, qui est rempli ce soir grâce au show d’un artiste peintre et musicien dont j’ai oublié le nom. Le concept est simple, mais marche à crever. Il chante tout en dessinant des caricatures des gens dans la salle. Tout le monde veut son dessin, les filles crient et les garçons tapent dans les mains.

Je retrouve quelques uns du groupe de tout à l’heure, notamment Pat, un chauve, et Al, un gars du coin, très sympas tous les deux. Pat est artiste, il a pas mal bougé ces derniers temps, Londres, Berlin, Pékin et s’apprête à partir vivre un an dans le sud de la France. Al, lui, est restaurateur de yachts dans le port de Vancouver, il travaille pour des richissimes, et apparemment c’est la belle vie…

Ils me filent plein de conseils pour les jours à venir, les endroits à ne pas rater, etc, puis on s’échange nos blogs et nos emails, et la soirée continue. Je repère Pam et Denise dans un coin, elles ne semblent pas m’avoir reconnu. Je force donc les choses, en allant leur parler.

– « Pam, look, this is the stranger! », lâche Denise d’emblée. « Why the fuck didn’t you come with us in the limousine? »

Elles me font rire elles, comme si j’allais monter seul, sans argent, dans une limousine aux vitres fumées à 10.000km de chez moi. J’aime l’aventure, mais bon…

– « I know, bedrouille-je, I was very tired… You know the jetlag and so on! But I’ve sent an email to stephanie. »

– « Don’t be frustrated if she doesn’t answer, she would really have like you to come with her in that limo. Please, don’t be a stranger next time! »

Tchu, sur le coup, j’ai l’impression d’avoir raté un truc! Je rale un peu… Soit! Un mec au chapeau me tend la main…

– « Salut, moi c’est Paul, le patron du Morissey. Pourquoi tu viens tous les soirs? Je parie que tu viens voir Jessica.
– « Ptet bien… »
– « Ils viennent tous voir Jessica, cette fille est une mine d’or pour mon café! »
– « T’as raison dude… D’ailleurs dans ce carnet (je lui agite sous le nez), il y a au moins la moitié des pages qui décrivent sa manière de servir une bière! »

On rigole ensemble, puis il se casse! Je reste une heure ou deux,  a bavarder superficiellement à gauche à droite, avant de retourner au Morissey pour le bonnet de nuit. Je décide d’essayer le fond du café, au lieu de m’installer au bar, histoire de changer d’ambiance. Je me remets à gribouiller dans le carnet. Ca intrigue pas mal les gens ce bloc-notes… Un mec tente de lire par dessus mon épaule, puis abandonne quand il voit que 1) mon écriture est illisible 2) et en plus, c’est en français!

Deux filles, Kate et Karey, la trentaine viennent à ma table. Elles sont curieuses, elles aussi. On sympathise assez vite, elles ont l’air un peu moins olé olé que celles de la limousine. On parle de l’attitude des gens à Vancouver, de mon pressentiment d’une certaine superficialité dans les relations ici.

– « Yes, you’re right! It’s very easy to get a girl’s number here, but they forget you very quickly. They are not interested in more than flirting I think. », m’avouent-elles de concert.

On parle encore une heure, on échange nos emails et on se donne rdv à mon retour à Vancouver, le mois prochain. Ce sont des « anti-automobiles » elles aussi et Karey me promet une balade à vélo d’enfer, dans les coins et recoins inconnus de la grande ville.

Je remercie, puis prends congé rapidement…  C’est que mes yeux se ferment d’eux mêmes et que je commence vraiment à avoir du mal à articuler en anglais… Je remonte à la chambre et me jette sur le lit tout habillé.

Une réflexion au sujet de « The lost lagoon »

  1. Diable, que j’aime tes instants « Vancouvert By Night » !
    dans un an, voir deux, je trouverai un « Delsa » dans la librairie du coin 😉

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