All the way to Boston Bar

– « Allez m’fi debout, tu veux un café? »
– « Oula j’ai mal a la tête moi! oui oui un bon café stp, un fort! »

Matinée chargée et compliquée aujourd’hui, on avale ce café en vitesse, certains font leur toilette, puis on boucle les valises et on quitte l’hotel. Il est 9h30, papa est tout stressé, il veut arriver chez Alamo avant 10h, il se méfie du chinois qui est au comptoir. Mais avant d’y arriver, il faut marcher 2km avec les valises. Le wells fargo se fait lourd, surtout avec ses pieds fatigués par les derniers jours de promenades forcées à travers les artères de la ville. Il fait moins chaud aujourd’hui, premiere fois qu’on voit un ciel nuageux sur Vancouver, mais qu’à cela ne tienne, Pépé dégouline déjà. Je lui dis de poser le wells fargo sur la valise, que ce sera plus facile. Ca l’arrange, et moi aussi, car je me débarasse de la valise par la meme occasion. Lui qui avait décidé de voyager léger, le voila maintenant chargé comme un mulet une fois de plus. Je crois qu’il m’en veut, il n’arrete pas de se plaindre.. C’est dur, on arrive bientot? c’est ou chez le chinois?

Dix minutes plus tard, après pas mal d’énervement (tellement pépé est empoté), on emporte la voiture, une nissan rouge full automatic. Il stresse à mort de devoir conduire une nouvelle caisse, ca lui ressemble pas, je comprends pas trop ce qui arrive.

C’est ptet moi qui n’ai pas assez dormi et qui suis à fleur de peau, mais il m’énerve à mort… Il dit « abominable » dans chacune de ses phrases et me demande à chaque carrefour par où il faut aller, s’il peut passer, alors qu’il suffit d’aller tout droit pour arriver à l’autoroute.

Pour rajouter à l’ambiance tendue, il faut qu’on passe par quelques formalités chiantes avant de démarrer notre trip vers les rocheuses : louer une box chez public storage, repartir à l’aéroport rechercher le vélo et le mama-san, les mettre dans le coffre, et emporter tout ça à l’entreprise de stockage. Ca nous prendra presque 3h…

On commence par de la paperasse au Public Storage, où l’employée sympa n’est plus là, et où je tombe sur 2 chinois empotés qui mettent 45 minutes à remplir le contrat et à me filer les clés.

Bien énervé, je retourne à la voiture où papa est encore plus énervé. Il en a marre d’attendre, me dit que je ne suis qu’un compliqué etc etc, que je vais me faire entuber avec mon contrat de location, qu’il a lu les papiers, que c’est pour un an minimum, etc. On avance vers l’aéroport, freinages brusques à chaque carrefour, pas moyen qu’il se rentre dans le crane que le pied gauche ne bouge pas dans une automatique, on fait tout avec le droit.

Arrivé à l’aéroport, papa veut un parking! Après moult tours et détours on finit pas en trouver un assez loin. Je le laisse sur place, et file vers l’aérogare. J’annule le billet de retour, en gardant le droit de le réutiliser dans l’année, ce qui tombe plutôt bien. Puis je récupère mama-san et vélo sur un chariot et me dirige vers la voiture. Elle est loin, et le trottoir se rétrécit de plus en plus. Je dois abandonner le chariot et continuer a pattes en forçant sur mes deux bras. J’avance 10m par 10m jusqu’à la voiture, je suis en nage, mais au moins c’est fait…

On repart vers le public storage, on enferme mes affaires dans la box, puis on démarre, direction la transcanadienne, en direction de Abordorft.

Les gens roulent lentement ici, papa se détent tout doucement, pas moyen de faire le sauvage avec une automatique. Le paysage est quelconque pour l’instant, des faubourgs et encore des faubourgs, je m’endors les pieds nus sur le tableau de bord passager….

Une heure plus tard, j’émerge, on arrive à Hope, on décide de faire un détour par Hot Springs, que la grosse Pam m’a conseillé de visiter. L’endroit est sympa, une petite bourgade touristique au bord d’un immense lac, connu pour ses sources d’eau chaude. On sent qu’on est hors de la ville, les gens sont beaucoup plus baraki, presque des paysans. On bouffe un bout au hamburger bar du coin, un menu cheeseburger avec frites et coca, bien meilleur qu’au mcdo ou burger king.

La situation est un peu ridicule, on passe commande, on va s’asseoir, puis la fille crie un numéro au micro qui correspond à la commande. Jusque là, rien d’anormal, si ce n’est qu’il y a 3 clients dans le restau et que ça fait vraiment con.

Après avoir pris des forces, on se renseigne sur les sources d’eau chaude, elles sont pas trop loin d’après l’employée du drug store, suffit de suivre la plage. On hésite, on crève des pieds: papa, à force de marcher en canard pour soulager ses cloches, a les deux mollets en compote, et moi, j’ai l’entre gros orteil en sang à cause de mes tongs.

On se traine lentement vers la source, en admirant le paysage, le lac est superbe et s’étend à perte de vue de part et d’autre d’une grosse montagne. On entre tout doucement dans le début des rocheuses, les montagnes sont grosses, hautes et rondes, des grosses boursouflures de lave au milieu d’une large plaine.


La source pue le souffre, l’eau sort a 140 degrés et un mur renforcé d’un grillage empêche les badauds de s’y bruler les doigts de pieds. Pour les plus intrépides, un petit tuyau s’écoule dans une mare où on peut tremper ses pieds à température modérée. Je plonge le mien à la sortie du tuyau espérant cautériser mes plaies et je me brûle… comme un con!

On remonte en voiture, direction Cache Creek, il est déjà 4h,  on va plus rouler des masses. On a envie de se poser dans un endroit sympa avant la tombée de la nuit, histoire d’être en forme demain et de profiter des paysages qui s’annoncent.

La route longe la rivière Fraser, qui coule d’un franc et large débit en bas dans la vallée. Quel plaisir ça va être de faire tout ça à vélo! On passe dans des tunnels de plus en plus longs où des panneaux indiquent aux plus amerloques des conducteurs d’enlever leurs lunettes de soleil pendant la traversée.

Les gens sont zens, tout le monde roule à 80, pas plus, c’est vraiment agréable. Les piétons ont priorité absolue, et c’est rare quand un conducteur n’est pas courtois à un carrefour, rien à voir avec chez nous en gros…

On s’arrête un instant à l’entrée d’un tunnel, à un endroit où la vue semble pas mal. C’est ma première impression d’immensité du voyage. Montagnes, rivière xxl, soleil et ciel bleu. Je me sens d’un coup redevenir humain, j’oublie en un instant toutes ces frivolités de ces derniers jours, et me concentre sur les sensations que la nature m’apporte. J’ai envie d’absolu au fond… et de rien d’autre.

Plus loin sur la route, des panneaux « national heritage » indiquent le parking qui mène au vieux pont Fraser. Le premier pont a avoir été construit sur la rivière par la personne qui l’a découverte. Un vrai travail de dingue, ultra dangereux. Le pont n’est plus utilisé aujourd’hui, mais a été classé par l’état, histoire qu’ils aient un peu d’histoire à se mettre sous la dent. On dirait qu’ils en souffrent de ce manque de générations sur leur continent, ces nord-américains. Les panneaux national heritage en sont un bon exemple. N’importe quel vestige qui a plus de 50 ans est classé patrimoine national! On est quand même loin des grottes de Lascaux ou des chateaux de la Loire, non?

Sur le parking du pont, 2 cyclistes en mini vélo + remorque, équipés comme des cochons. Je m’approche. Ils font Vancouver -> la côte Est, en trois mois et demi. Ils en sont aux premières semaines de leur voyage et semblent encore bien en forme. Je leur explique mon projet et on s’échange nos blogs respectifs. Puis, je descends avec pépé à travers la foret à la recherche du pont de la rivière Fraser.

L’endroit est grand, la rivière sauvage, et l’instant fixé. On y reste un peu avant de  remonter par la forêt et croiser la femme à vélo qui monte sa tente dans le bois. Elle prefère dormir loin de la route, loin de son homme et retrouver le calme de la nature pour la nuit. Sur le coup, je pense directement à Elena! 🙂

L’homme, lui, a un peu peur des ours, il va rester à coté du parking, pas trop loin de la civilisation. D’ailleurs, il est plus causant que sa copine/son amie car il a fait connaissance avec d’autres sur le parking. On se quitte d’un « take care » à l’américaine, et la voiture redémarre dans un nuage de poussière (non c’est pas vrai, papa met R au lieu de D, et on part en marche arrière).

Il est presque 19h, on veut s’arrêter. Le village le plus proche est Boston Bar, à 19km, le nom nous rebute un peu mais après tout, le suivant est a 120km donc, pas trop le choix. Je repère un hotel intéressant grace à google maps pendant que pèpère parcourt les derniers kilomètres à son aise. L’iPhone est redevenu mon meilleur ami depuis hier, je l’utilise sans arrêt, des que j’en ai l’occasion. Et dire que le nouvel OS sort lundi, m’en frotte déjà les mains!

A Boston Bar, un café-camping loue des cabines puantes. Papa hésite.. Moi pas, je fonce vers la porte du bar. Musique country, tenancière cowboy de 50 ans, bien typique, mais pas de places libres. Elle nous conseille le motel que j’avais repéré un peu plus loin et que je n’avais finalement pas su relocaliser par absence de réseau (on arrive dans une sale zone sans gsm).

Au motel, la chambre est a 100$, taxes comprises. La femme accepte de nous faire 10%, c’est déjà ça. On gare la bagnole, et on s’installe. Notre premier vrai motel, comme dans les films! Après s’être un peu détendus, on passe au bar boire une lager, 2 pour papa et un chili pour moi qui me sens faible. Le patron est portugais, sa femme inuit, et ils ont un établissement vrmt sympa, un peu puant au premier abord, mais où la bouffe vaut le coup. Il s’intéresse a nous, et me dit que je devrais pas avoir de problème pour trouver du boulot du coté de Québec, que j’ai l’air d’un gars bien. Fait tjrs plaisir!

De retour a la chambre on prend chacun un bain, puis papa regarde du poker à la télé pendant que j’écris ces lignes sur une chaise dehors. La nuit est calme, la nature a repris ses droits sur la folie consommatrice de Vancouver… mais mes vieilles habitudes sont tenaces, la machine à coca me fait de l’oeil, et je passe y glisser mes derniers deniers en échange d’un plaisir instantané. Seulement voila, la machine avale le dollar, et, commme un con, je retourne penaud à ma chaise de jardin sous la nuit noire.

Le motel est endormi, pas un bruit, tout juste un train de marchandises qui, au loin, file dans la nuit…