Golden to Banff

Réveil à 8h30, pépé se fait son petit café habituel. Moi, je suis claqué, j’ai été dormir vers 2-3h du mat, j’ai chatté un coup avec Raph en revenant du bar local.

Je prends mon café, le pose sur la table de nuit et me rendors aussitôt. Une petite heure plus tard, je finis par émerger. Le café est froid et je l’avale d’un trait, non sans afficher une grimace de dégout. Papa s’est enfermé dans la salle de bains, j’entends l’eau couler.. Pour une fois qu’il prend une douche avant de démarrer, je décide de le laisser tranquille!

Je m’habille, fais mes valises en vitesse, les range dans le coffre et sors discuter avec notre voisin de chambre qui fume sa première clope en plissant des yeux dans le soleil du matin. Il a toujours le même t-shirt que la veille au soir, jaune, avec une grosse panse qui l’élargit vers l’avant : un véritable Homer Simpson. Papa nous rejoint peu après, frais comme un gardon, et discute avec l’homme quelques minutes avant de le saluer et de s’installer au volant de la Nissan.

On démarre en direction de Banff, à une centaine de kilomètres de là. A peine partis, on s’arrête au pied de la Kicking Horse River pour commencer la journée du bon pied. Le ciel est pas mal dégagé, une toute bonne journée s’annonce, une de plus.

On repart vers le lac Louise, où on arrive assez vite en dépit des travaux sur la chaussée. Un chantier de malade, à l’échelle de l’étendue du pays. Sur 20 kilomètres, ils élargissent l’autoroute de 2 à 4 bandes, à grand renfort de main d’oeuvre (aussi bien féminine que masculine), de machines-outils et de dynamite. On commmence à comprendre à quoi servent les 7% de taxes supplémentaires sur tout achat effectué en Colombie-Brittanique.

Le lac Louise est sublime, un véritable écrin bleu-vert (bleu caeruleum d’après Papa, ex-spécialiste de la couleur) caché au milieu des montagnes avoisinantes.

C’est fou comme les riches colonisent l’endroit dès qu’ils trouvent un coin comme celui-là… Le Chateau Lake Louise est le seul hôtel du coin et impose fièrement sa stature de béton démesurée au bord de l’étendue aquatique. Une semaine dans une suite avec vue sur lac, ca tente quelqu’un? A 400$ la nuit, c’est encore possible, non?

Dégoutés par le snobisme du coin, on quitte le Louise, on commence à avoir les crocs, tjrs rien avalé depuis hier soir. Le resto de l’hotel est tentant, mais on doute qu’ils y servent autre chose que du homard (sur lit de caviar). On reprend donc la route et on fait un détour jusqu’au lac Moraine, plus haut, plus isolé, plus froid et surtout bien moins fréquenté. Un tout bon moment de détente et d’évasion pour tous les deux.

En redescendant la petite route en lacets, toute pression est tombée, le zen a repris ses droits. Le moment idéal pour quelques morceaux sélectionnés de Sigur Ros, definitely the best music for contemplation.

Je surprends mon père à apprécier, lui que la musique en voiture (et même la musique tout court) irrite plus qu’elle ne le détend. Finalement, c’est juste ça qu’il nous faut, ralentir et contempler. On s’en fout de voir chaque curiosité au pas de course, prendre notre photo-souvenir et galoper jusqu’au prochain point de vue! On est en vacances bordel!

Ce moment exquis se prolonge quelques minutes, jusqu’à ce qu’on retombe sur la grand-route et son cortège d’excités. Dieu que je hais cette transcanadienne : des voitures qui tracent et dépassent, des paysages à couper le souffle mais qui défilent sans qu’on puisse s’arrêter… Tsss, vive les petites routes et leurs courbes sinueuses!

On entre dans Banff sur le coup de 17h, on a toujours rien avalé et, en plus, Papa n’a plus qu’une cigarette! L’iPhone nous repère des Subway dans la ville, mais après multiples tours et détours, on doit se rendre à l’évidence : ils n’existent pas ou plus! La tension commence à monter entre nous, la ville est peu accueillante, puante de fric, un ramassis de boutiques chic et de frimeurs en costar. Autant dire que cela ne nous correspond pas du tout! Tous les hotels sont à 150$ et plus, bien au delà que notre budget. La dispute se rapproche et parait inévitable : papa est de plus en plus empoté et moi je ne vaux guère mieux!

Dans un dernier sursaut de diplomatie, on décide de quitter la ville et on roule jusqu’au lac Two Jake, à 5 minutes de là. Sans le savoir, cette décision va à la fois sauver notre entente jusqu’ici cordiale et ravir nos yeux fatigués.

L’endroit est « abominable de beauté », tels seront ses mots (un abominable de plus), et je suis bien obligé d’avouer que je suis entièrement d’accord. La tension redescend immédiatement, on reprend nos esprits… Google maps nous renseigne quelques B&B dans la ville et je téléphone au premier de la liste. 80$ la nuit pour 2, impec! On quitte notre endroit paradisiaque en se promettant d’y revenir demain, et on repart vers Banff downtown.

Scott est rustique, mais ses prix et sa chambre sont plus que sympa. Il nous fait même une réduction de 10$ et il y a breakfast et wifi gratos!

On part manger sans même poser nos valises. Il est 19h, on ne parvient plus à penser à autre chose qu’à nos panses respectives. On s’arrête chez Tony Roma’s, sorte de mafioso du coin, le roi du spare-ribs, et on se prend 2 saumons grillés avec riz et légumes, un délice, et des plus sains svp.

Ensuite, l’esprit zen et le ventre repu, on repasse chez Scott déballer nos affaires, passer un jean et un pull pour se faire une balade nocturne le long des vitrines des magasins chic. Papa cherche des cartes postales, mais finira, bredouille, par acheter de quoi bien dormir ce soir au liquor store de la ville. Ils ont de la Duvel, je saute sur l’occasion sans hésiter et mon père finit avec une canette de bière Canadian de… 750 ML (ils avaient pas plus petit), du jamais vu!

On retourne chez Scott, on répond aux mails et commentaires après avoir regardé les photos de la journée, tout en sirotant nos bières.

Ma Duvel est finie, je commence à être chaud, envie de faire un tour… Papa désapprouve, mais je suis majeur après tout. Je lui pique donc une clope et l’unique trousseau de clés de la chambre et pars, une fois de plus, à l’aventure, dans les rues désertes de ma personal balnear station du jour…

Une réflexion au sujet de « Golden to Banff »

  1. Magnifiques paysages! On se téléporterait bien pour un ti pique-nique en votre compagnie au bord du Lac Louise!
    Dommage pour l’affluence touristique en effet. M’enfin, c’est inévitable à l’heure actuelle.
    Bonne route!

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