Route des glaces (part 2)

Putain, je vais le tuer! 4h du mat, pas moyen de fermer l’oeil! Il ronfle, ronfle et re-ronfle sans arrêt! Il y a des moments où ça fait même des gargouillis, une sorte de bruit de vieux percolateur. J’en peux plus, suis nerveux comme une pile, prêt à tuer quelqu’un!

J’ai beau lui pincer le nez, le réveiller, allumer la lumière, menacer de mettre de la musique, rien n’y fait! Il se réveille, s’excuse un coup, se retourne, respire une ou deux fois normalement, puis recommence…

Dans un élan de rage, je pars m’enfermer dans la salle de bains, pour tenter de m’endormir dans un bain chaud. La baignoire est minuscule, mais le bruit de la soufflerie couvre les ronflements. Un essuie judicieusement placé sous ma nuque adoucit même un peu le contact du métal, et je parviens enfin à rejoindre Morphée… par tranches de 20 minutes grand max, le temps que le bain reste chaud. Après ça, je me réveille, tremblotant dans l’eau froide, refais couler un peu d’eau chaude, et c’est reparti pour un petit roupillon.

A 7h, j’en peux plus, ma nuque est morte, le coussin essuie est tombé dans l’eau et les ronflements de pépère dominent à présent la soufflerie.

Je m’habille en faisant du bruit. Papa se réveille et me demande quelle heure il est. Je ne lui adresse pas la parole, boucle ma ceinture et sors faire un tour! Hier soir, on s’était dit qu’on se ferait un bon déjeuner pour compenser le souper chips d’hier soir, ce sera ma vengeance!

Je rentre seul dans le resto désert et me commande un bagel cheese, sausage and eggs, sans même savoir ce que c’est qu’un bagel. En bon égoïste, je déguste en silence ce petit déjeuner puis rejoins papa en faisant mine d’avoir été me promener.

– « Je n’ai jamais aussi bien dormi moi, qu’est ce qu’il fait calme ici, c’est incroyable! », me lâche-t-il d’un air innocent.

Je lui explique l’histoire et le menace de prendre 2 chambres séparées à partir de ce soir à ses frais si ça continue comme ça, puis on rigole et on monte dans la voiture, sans déjeuner 🙂

Un plein d’essence à la station service, puis on démarre. Décidément, ils profitent vraiment de leur monopole, la benzine est 40 cents plus chère qu’ailleurs. Le pompiste, un des trois frères à qui appartient le complexe a bien le tour : il fait le plein, puis ressort un peu la pompe pour pouvoir remplir le réservoir jusqu’à la gueule, ce qui n’est pas sans énerver papa.

On se sauve. Etrange impression de s’être fait entuber. Mais bon, on va penser à autre chose, après tout, on est quand même sur la route des glaciers, la plus belle route du monde, alors cessons de ronchonner et admirons ces paysages qu’on ne reverra sans doute plus jamais.

Notre premier arrêt se fait aux chutes Sunwaptha. Je commence déjà à sentir ma nuit blanche. Papa part devant pendant que je me recharge dans la voiture avec un peu de musique de circonstance. Quand je décolle 5 minutes plus tard, il a déjà disparu… J’emprunte le sentier qui descend aux « lower falls » en me disant qu’il a du s’aventurer par là où ça descendait…

Je marche lentement, musique dans les oreilles à travers la forêt, en prenant quelques photos. Aucun touriste, aucune trace de pépé. Un km plus loin, toujours croisé personne, je réalise que je suis seul en pleine foret avec des écouteurs sur les oreilles. En gros, les 3 choses qu’on déconseille à tout prix à quiconque veut se protéger des ours. Je commence à pétocher et chante pour effrayer les alentours, puis, voyant le sentier qui s’enfonce dans une forêt plus épaisse, décide de faire demi-tour.

Je retrouve mon père près des chutes supérieures. Elles sont indescriptibles et, de surcroît, difficiles à photographier, comme si une sorte de chaos naturel empêchait de saisir une partie de l’ensemble.

On remonte en voiture jusqu’à la zone des icefields, un énorme champ de glace recouvrant le sommet de plusieurs montagnes. Il donne naissance à plusieurs glaciers sur différents versants, dont le plus célèbre est le Columbia.  Il y a moyen d’y faire un tour en Ice Explorer, sorte de super engin pour rouler sur les glaciers, mais on se contente de la balade à pied. Une fois dans la neige, Papa regrettera d’être resté en manches courtes et moi en chaussures à semelle lisse.

Plus loin, autres chutes, les Atabasca, encore plus hautes et plus sauvages. Impression de temps qui s’arrête, d’immobilité vis à vis de l’eau qui coule.

Plus loin sur la route, voitures et cyclistes se sont arrêtés. Une mère ours promène ses deux petits au bord de la route. Dans un silence religieux, tout le monde observe la scène, appareil photo mega-zoom-super-tele au poing. Les oursons ne semblent pas du tout effrayés et se laissent observer, enfin ça, c’est jusqu’au moment où papa sort pour faire une photo en claquant la porte de sa voiture. Les deux petits oursons grimpent dans un arbre, et la mère se poste en-dessous, derrière des branchages. Regard noir de l’assemblée dans notre direction…

La route des glaces touche à sa fin, on arrive à Jasper, fort différent de Banff, plus petit et moins snob. Une pause bouffe au Subway du coin, et on ressort de là la panse explosée. Faut vraiment qu’on arrête ces merdes!

On a envie de faire un dernier détour vers les lacs Medecine et Maligne avant de quitter les Rocheuses et nous diriger vers Edmonton.

Plus on avance et plus la vallée s’élargit, les montagnes font place aux collines, puis les collines aux plaines. Impression de liberté, comme si perdus au milieu d’un immense delta.

On s’arrête pour la nuit dans le petit village de vacances de Pocahontas, ancienne mine de charbon désaffectée depuis la décision de l’Etat d’interdire toute activité d’exploitation dans les Parcs nationaux.

Le petit village est composé de chalets en bois très agréables. tout comme cet employé qui nous fera une belle ristourne pour la nuit. Ceci nous permettant de réinvestir l’argent économisé dans un chicken & chips et une salade grecque au restau du village.

Le chalet est assez cosy, manquerait plus qu’un petit feu de bois s’il n’y faisait pas à péter de chaud. Par chance, le locataire avant nous a eu la gentillesse d’oublier un pack de 6 bières dans le petit frigo. On discute devant le championnat de poker à la télé, puis papa prend le premier quart et promet de ne commencer à ronfler qu’une fois que je serai bien endormi.

3 réflexions au sujet de « Route des glaces (part 2) »

  1. je crois que j ai bien ri pdt un quart d heure.enfin tu pourras me comprendre.il faut au moins 2 chambres d écart et une double porte blindée pour dormir 1 peu.sinon vos photos et commentaires sont géniaux et pour que ta mère le dise il faut déja pas mal.ici on a fraises ,framboises,groseilles a profusion.ant trouve votre sandw fromage genre donuts?HAN…GOUTAN(dé).J aime bcp ce système de découvrir le canada bien assise chez moi au calme sans me taper de longues marches cloches au pied.continuez bien,bisous.

  2. Bonjour à vous!!!

    Suis d’accord avec Mart. je vous suis depuis le bureau, entre deux coups de tél et c’est très agréable de découvrir le Canada grace à vous!!

    gros biz nathalie

  3. J’adore le coup du je claque la porte bien fort et tout le monde t’en veut d’avoir fait peur aux ours 🙂
    Comme tu vois je bosse beaucoup :))

    Bonjour à ta famille au passage 🙂

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