Calgary

Réveil à 9h30, on se grouille de descendre déjeuner la tête dans le cul. On est assomés comme pas possible, papa suspecte un problème d’air-co dans la chambre, et moi un envahissement de puces dans les draps de lit.

L’iPhone vibre. Bonne nouvelle pour commencer la journée! On a reçu un émail de Catherine, tout est en ordre pour les billets d’avion, on part demain pour le grand nord! Yes!

Papa part se promener du côté de l’Université. Moi, j’ai envie de prendre un bain et de flâner un peu. On décide de se donner rdv vers 13h sur l’Olympic plaza, la petite place avec le bassin public.

Après mon bain, je prends le C-Train et me fais un tour complet de la ville, en passant par le grand parc. L’ambiance est toujours aussi saine et détendue. Des gens qui courent ou qui jouent au foot, quelques couples qui mangent sur l’herbe, des oies et leurs petits, etc. En tout cas, pas de bandes de ouech ouech à l’horizon comme au botanique.

Il est déjà presque 13h, je me grouille de rejoindre la petite place. Papa n’est pas au rendez-vous. Il me rejoint 30 minutes plus tard, et on va boire une bière dans un resto chic. La serveuse est « unbelievable » (mais elle utilise un tire-bouchon pour ouvrir le champagne) et ils passent de la toute bonne dub, je resterais bien là toute l’après-midi, mais papa a envie de voir les jardins suspendus…

… Qui sont fermés pour rénovation, au moins jusqu’en 2010. Pas de bol! On se console avec un fast-food grec bien meilleur que ce qu’on aurait pensé à première vue.

Puis, on monte dans les +15, un réseau de passerelles qui permet de traverser presque toute la ville.

On se dirige vers le marché de l’eau claire en se perdant dans le dédale de couloirs suspendus, c’est génial, vraiment une sorte de station spatiale.

Le market, par contre, n’a rien d’exceptionnel, juste un grand centre commercial sur 2 étages. Des fauteuils de cuir sont disposés un peu partout, mais des panneaux interdisent la flânerie. Un homme bizarre me fixe sans arrêt en hochant la tête et marmonnant dans sa barbe, il a l’air a moitié fou.

La journée passe assez vite, et on rentre déjà doucement à l’hôtel. Papa a l’impression d’avoir de la fièvre, il préfère aller dormir tôt, sous peine d’avoir sa « daille ». Je prends un autre bain, puis repars seul vers la ville retrouver Josh.

Il est encore tôt, je fais un détour par le parc, marchant lentement dans les allées, musiques dans les oreilles et la tête vide. La ville est vraiment chouette, mais presque trop normale. Les gens sont fort individualistes, on s’y sent un peu seul.

Je me dis que ça va être plus dur que prévu de s’intégrer ici… Un jour à peine et je ressens déjà la solitude… Je pense à mon amie Teresa: ça a pas du être facile pour elle quand elle est arrivée en Belgique…

Je m’assieds sur un banc, pas loin de la rivière. Les gens passent, et continuent sans remarquer ma présence. Pour m’occuper, j’écris dans mon carnet, la déprime approche à grands pas… j’ai de moins en moins envie d’aller à ce pub!

Une fille avec une queue de cheval passe en sifflotant sur un vieux vélo, un peu rêveuse. Je la suis un instant du regard, me disant qu’au fond, on doit être un peu pareils, elle et moi.

Elle pile net et s’arrête sur le bas-côté, 15m plus loin. Elle se frotte les yeux pendant 5 bonnes minutes, une mouchette dans l’oeil sans doute… puis se retourne vers moi et redémarre.

Elle fait un tour du parc et repasse 5 minutes plus tard. On se sourit. Je pourrais lui parler, lui lâcher un truc sur les moustiques ou n’importe quelle autre connerie qu’elle oublierait aussitôt, la première phrase n’a aucune importance, seule compte la rencontre. Merde quoi, je devrais l’arrêter, lui parler! Mais non, mon « introvertive side » se contente de lui sourire niaisement.

C’est la solitude qui me fait cet effet là. Quand on voyage seul, ça arrive qu’on se renferme petit à petit, qu’on se bloque littéralement dans un univers, alors qu’on a jamais autant besoin de celui des autres.

Deux gars passent, des évangélistes, ou bien des homos. Un des deux doit être francophone, je l’entends dire à l’autre :
– » In french, it’s called « le bonheur », which is something really difficult to describe. »

Je me promets tout bas de reparler à la fille si elle repasse. Mais je sais d’ores et déjà qu’il est trop tard, le train ne passe qu’une fois ici bas, et la plupart du temps, on le rate, ou on monte dans un mauvais.

Comme ça va être complexe de m’intégrer ici! Je veux dire, m’intégrer vraiment, aller au delà des amitiés et des dragues de comptoir… Ca, c’est easy game, c’est juste la première étape. Le reste, c’est autre chose!

Ca fait 1/4h maintenant, la fille repassera pas, j’ai plus grand chose à dire, et je commence à me les geler. Pourquoi pas passer ce pull et me diriger vers le next whiskey bar?

La providence… Elle nous tombe dessus au moment où on s’y attend le moins, au moment où on commence à sentir le fond du gouffre… et nous ramène au sommet en un millième de seconde!

Au moment même où je finissais de passer ce pull et m’appretais à me lever de mon banc, la fille s’arrête à ma hauteur.

– « Hello, how are you? », sourire aux lèvres
– « Already better! and you? No more mosquitos in the wink of your eye? »
– « No. I was cycling back home, and felt like I wanted to do something I was really scared about »
– « Scared? You mean? About talking to me?
– « Yes, that’s why I came back to offer you this cut flower. It may look a bit stupid, but here it is! »
(elle m’offre une rose)

Je l’invite à s’asseoir sur le banc, elle est moins jolie que tout à l’heure sur son vélo, mais elle me trouble…  Je suis tout coincé, du mal à articuler, à trouver mes mots. Elle me fixe au fond des yeux en souriant. De temps en temps, elle me reprend la rose des mains et la renifle distraitement.

On se promène un peu. Katy me montre son endroit favori, une petite plage de galets au bord de la rivière. On y reste une bonne heure à se raconter nos vies et nos états d’esprits actuels. Le courant passe de mieux en mieux.

Je la reconduis chez elle en marchant à côté du vélo, elle habite en plein Kensington, au nord-est de la ville, un beau quartier, petites maisons de bois avec jardins, rien à voir avec le centre ville et ses gratte ciels. Elle me raconte l’histoire de sa ville, comment elle a vu le quartier évoluer et elle avec.

On arrive devant chez elle, on hésite. Je lui dis que je vais la laisser ici, qu’on m’attend en ville, puis que j’ai un avion à 4h du mat, que mon père doit se tracasser entre 2 de ses ronflements, etc… Puis je me ravise… après tout, j’ai envie de voir.. de voir sa vie!

On monte son vélo par l’ascenceur, un large building de 3 étages, un couloir sans fin, des centaines de portes, puis la sienne. Son appart est en bordel, on s’y sent bien. On se boit un thé, camomille pour elle qui doit dormir et vivifiant pour moi et ma nuit blanche en préparation.

On parle longtemps, le temps s’arrête, toute gêne a disparu. Nos yeux se croisent, se recroisent et se sourient.

A 3h, je tiens plus debout, je quitte ma nouvelle amie en lui promettant de repasser un jour sans faute. L’hôtel est pas tout prêt, il faut que j’y sois dans une heure au plus tard pour attraper le taxi pour l’aéroport.

2 réflexions au sujet de « Calgary »

  1. Salut Jérôme!

    Quel plaisir que de te lire! Je dois t’avouer que tu m’as manqué ces derniers jours, j’attendais avec impatience que tu trouves enfin du réseau pour mettre à jour ce blog que je dévore littéralement à chaque nouveau post!

    Avec tes photos, tes anecdotes et ton style si particulier, je vis un peu ton aventure avec toi, me promettant à chaque visite de ce site de me lancer un jour dans un périple similaire!

    Je te laisse un commentaire cette fois-ci plutôt qu’une autre car je regarde en ce moment un film que tu apprécierais peut-être : l’histoire d’un jeune type à qui on diagnostique un cancer en phase finale et qui décide de tout plaquer et de se lancer dans la traversée du Canada en moto (d’Est en Ouest, lui, par contre). Il y a ce passage où il visite la vallée des dinosaures et ça m’a fait penser à toi! Et puis, du coup, avec ce film, je t’envie encore plus quand je vois tous ces paysages à couper le souffle!

    « One week » que tu peux télécharger ici : http://www.mega-films.net/one-week-dvdrip-megaupload-ddl/

    Continue à nous faire baver avec tes textes, photos et autres descriptions hilarantes de ton père!

    Carole (la copine de Seb)

  2. Hellow Carole,

    Still in Berlin? Si j’ai bonne mémoire, Séba m’a dit que t’étais rentrée…

    Anyway, un tout tout grand merci pour ton commentaire qui tombe à pic niveau encouragement, à un moment même où je commencais à baisser les bras… Merci!

    Et quel beau cadeau que ce film, décidément Séba et toi êtes devenus mes fournisseurs favoris en contenu culturel (et illicite). Honnetement, il est vraiment pas mal du tout, je l’ai dévoré hier soir avant d’aller dormir, il y a quelques endroits par lesquels on est passés y a pas longtemps, ca fait bizarre de les revoir ds un film (banff notamment).

    Et puis, la partie avec les prairies (celle ou il fait le tour des plus grandes oeuvres) a vraiment l’air terrible (t’as vu ces couchers de soleil de malade?) Ca me donne envie pour la suite à vélo…

    Bon je te laisse, j’espère que tout se passe bien pour vous deux en Belgique… Ah oui, si t’as des idées pour améliorer le site, surtout n’hésite pas..

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