Yellowknife

Aujourd’hui, il n’y a pas eu de nuit, ni même de pénombre. Rien du tout! Tout au plus, le ciel est-il devenu un peu plus gris avant que le soleil ne se lève et ne l’illumine à nouveau. C’est quand même incroyablement agréable, et, après tout, dormir quand il fait clair, c’est pas plus difficile, suffit juste de se trouver son rythme quoi!

Quand je rentre de mon verre en ville avec Katie, il est bien 2h du mat. Pépé ronfle, et à côté, ça gueule sec! Un mec et une fille. A l’accent, ça doit être des Inuits, des « aboriginal people » comme ils les appellent ici. Les murs sont en carton… Mais bon, je m’endors vite, « Lovestain » de Gonzalez en boucle dans les oreilles… une merveille.

Je pars dans des rêves étranges… Elle est là, toujours elle! Elle me hante ces derniers jours… Comme si j’avais foiré un truc dans la real life et que mon inconscient se rattrapait comme il pouvait, soit!

4h du mat, mon père se lève d’un bond en criant.

-« Putain ils commencent à me faire chier des barres les connards d’à côté! » (Il fouille dans ses poches)
-« Qu’est ce que tu fous, p’pa? Ils crient toujours? », à moitié endormi.

Pas de réponse, il sort son briquet et s’allume nerveusement une filtre dans la chambre, puis, d’un grand geste, ouvre la porte, et marche vers la réception en pyjama. Je sors à mon tour, et le vois faire des grands gestes devant le gars qui dort à moitié. Je l’entends crier en anglais.

« Very bad hotel, I want to sleep, ok? or I want the money, MY money!
-« Don’t worry sir, I’ll take care of it! ». Le gars suit mon père et se fait indiquer la chambre des barlos. Il tambourine à leur porte.
« Hey you, frontdesk, you guys gonna take it down, ok? Nobody can sleep here! or you’ll have to hit the road, right? »

Mon père rentre dans la chambre en claquant la porte.
-« Faut pas me faire chier non plus! Demain, on fout le camp à la première heure, et j’aurai mon pognon, ça je te le jure! »
– (Moi, en feignant l’innocence) « Mais p’pa, tu dormais, je t’ai même entendu ronfler. »
– « Tu rigoles ou quoi? J’ai pas encore dormi une seconde depuis que t’es rentré! »
Il ment, il a ronflé comme un porc pendant au moins 2 heures… Mais bon, je rentre dans son jeu, tellement ça me fait rire.

– « C’est les gens dans la caravane en fait p’pa? (Il y a une vieille caravane toute flairante sur le parking du motel)
– « Nenni, eux, c’est co-pé, ils sortent toutes les 5 minutes pour faire les cendriers et ramasser les mégots. »
– « Ah, ils fument TES mégots? »
– « Pas les miens, ça je peux te l’assurer! Je les fume exprès jusqu’au plastique. »

A côté, ils se calment petit à petit, on essaye de se rendormir, mais moi j’ai du mal, je rigole nerveusement dans mon coussin.

Papa se frappe le visage. « Putaiiin de merde, c’est les moustiques maintenant! Pays de meeeeerde! » Il se fout des claques sans arrêt pour les chasser, mais sans succès, ils sont entrés par centaines quand il a laissé la porte ouverte pour aller à la réception.

– « Je vais devenir fouuuu » seront ses dernières paroles. Il s’est caché sous les draps et est parvenu à se rendormir.

(du temps passe)

Je me réveille vers 9h, mon père est assis sur son lit, il regarde fixement dans ma direction.
– « Fais ta valise, on s’en va. Je reste pas une seconde de plus dans cet hôtel de merde!’

Le problème est qu’il a déjà payé les deux nuits cash. A la réception, le gars râle, mais finit par céder et nous rembourse une des deux nuits. On se retrouve donc dans la rue des drogués, moi avec ma valise à roulettes et mon sac à dos, et papa, avec son gros sac Wells Fargo chargé a bloc et ses petits yeux qu’il a du mal à garder ouverts.

On s’offre un déjeuner de bûcheron, deux oeufs au lard et saucisse, histoire d’avoir quelques forces, puis, on fait le tour des hôtels de la ville, à la recherche d’un truc dans nos cordes. Tout est hors de prix ou complet, on se rabat sur les b&b. On en trouve un libre et pas cher, mais de l’autre côté de la ville…

On entame donc la longue marche qui nous sépare de l’Arden Avenue, presque 5km. Papa dégouline. Son sac lui scie les doigts. X pauses tous les 200m et on arrive enfin chez Ian et Connie, maison nickel dans un quartier résidentiel chicos. Le rez-de-chaussée est réservé aux hôtes et les proprios dorment à l’étage. Tout est ultra propre, et très classe, a real home away from home, comme Connie aime à le répéter.

Pépé se rafraichit les dessous de bras et le visage avant de partir en promenade autour d’un petit lac pas loin, pendant que je m’attelle à mon boulot de secrétaire : trouver et booker les meilleurs hôtels pour les jours à venir, histoire de plus avoir la surprise du « Northern Lites Motel » de la nuit précédente. Demain, on monte au nord, un patelin du nom de Norman Wells, puis ce sera Inuvik, au dessus du cercle polaire pour 2 jours… On y sera pour le solstice d’été, ça risque d’être génial.

Ensuite, on redescend sur Dawson City, la légendaire ville de la ruée vers l’or, de nouveau pour 2 jours, avant de descendre sur Whitehorse, et enfin prendre un dernier vol jusqu’à Vancouver. Problème de ces villes du nord, elles sont pas super présentes sur le net, et je passe presque 2h à nifeter, à passer des coups de fil et attendre confirmation des réservations.

C’est bon, on a des hôtels partout, sauf pour demain, à Norman Wells, pas moyen de trouver une place dans l’un des 4 hôtels de la ville, tout est complet! Et pas de b&b à l’horizon non plus! Faute de mieux, on dormira dans le terminal de l’aéroport, c’est pas pour une fois.

Je mets mon iPhone à jour, software version 3.0, mon père n’est toujours pas rentré. Je passe au salon me faire un café et tombe sur Marianne, une autre locataire, la cinquantaine, qui, bien installée dans le canapé et verre à la main, est en train d’écrire dans un atoma ligné. On trinque, elle à la biere et moi a l’instant coffee et on sympathise pendant une petite heure.

Je commence à avoir les crocs. Je laisse un mot au padre, pars manger un burger au mcDo le plus proche et me dirige vers le centre-ville. Katie m’a fixé rendez-vous dans un pub où ses amis, Matt et Britney passent la soirée. Britney est d’ici, très sympa, elle parle un peu français et s’apprête à fêter ses 21 ans demain. Matt, une sorte de J-F D’Heur, 24 ans, compositeur, est venu exprès du Saskachewan pour fêter l’annif de sa copine.

La soirée commence à peine que je meurs déjà chaud, faut dire que j’ai pas dormi des masses et que c’est mon troisième demi de bière en une heure. Matt et Britney la feront pas longue, et Katie en a marre elle aussi. On se fait une petite marche avant qu’elle ne rentre et, dans un moment de faiblesse, elle m’avoue…. qu’elle se fait presque 300$ de pourboire par soirée la salope! En plus de sa paie à l’heure! Je suis dégouté et me jure à moi-même que je ne laisserai plus jamais « a single tip » à quelque serveur qui soit dans ce pays. (D’après Katie, le « tip » sert à rééquilibrer le côté « boulot rabaissant » du serveur. N’importe quoi, pas vrai Alli? Je vois pas en quoi ce boulot est plus rabaissant qu’un autre! fin de la parenthèse)

Je me retrouve donc seul et décide comme un vieil ivrogne de retourner au pub et de m’envoyer un autre demi. Je regarde l’heure sur l’iPhone (attention ce détail est important), après tout il n’est que 22h, et je commence à être chaud moi! Je parle une heure avec Henry, un vieil Inuit qui me fait gouter l’Honeybrown, une bière au miel, et qui m’en apprend pas mal sur les villes que je vais voir dans les prochains jours. Puis, il se lance dans une histoire sur les transistors qui n’en finit pas, et, avant d’atteindre ma limite, je m’excuse et décide de changer d’endroit.

Au Frolic, il n’y a personne ou presque. J’en profite pour écrire la journée devant une Gold, une bière du désert Okanagan, que le serveur m’a fortement conseillé. La Gold fait vite effet, j’écris sans même plus lever la tête et rigole tout seul en repensant à la colère de papa de ce matin. Il est 23h (sur l’iphone hihi)… je suis plein, et je dois encore me taper 4km de marche avant de pouvoir dormir! Mais bon, ceci n’est il pas my personal goodbye to YellowKnife? Après tout, prenons notre temps…

Une fille que j’avais pas vu entrer m’accoste. « Are you a writer or something? a filmmaker maybe? ». Elle s’appelle Mary, Mary-Caroline. Elle rapproche son demi de rouge du mien de bière et grimpe sur le tabouret à côté. Le serveur me fait un clin d’oeil. Je suis plein. On commence à parler. Je fais un effort considérable pour articuler, mais c’est dur. Elle est chanteuse dans un groupe de la région, vient d’enregistrer un cd et bosse dans une mine de diamants à 300km d’ici. Elle est fort masculine, mais a du charme.

On finit nos verres, Robert, le serveur ferme le café. On se retrouve seuls avec lui. « Do you mind if I smoke one cigaret? », me demande-t-il. Je me contente de lui rire au nez, et il allume une clope, moi aussi, Mary aussi. On boit un dernier que Rob nous offre, puis Mary décide de m’emmener au « Golden Range », un bar exclusivement inuit, à voir absolument. On arrive pour la dernière chanson du concert, « Midnight Pressure » de CCR, ambiance terrible, un vrai bal de cowboys inuits.

On bouge to the next whiskey bar, une boite de nuit Inuit cette fois-ci. Immense, et blindée mais on est les seuls blancs. Je commence à être vraiment loin, on se met à danser (video coming soon maybe). Les filles sont chaudes et les mecs se foutent de ma gueule en me demandent si je suis un marchand de bibles avec mon sac noir en bandoulière.

On se barre à la fermeture, Mary est toujours en forme et veut me faire écouter ses chansons. On rentre chez elle à vélo, elle sur le guidon, et moi sur la selle, (à l’heure où je publie ce texte, je me demande toujours comment on a fait pour ne pas se viander). Elle habite dans un chalet au fond d’un jardin, dans un bordel pas possible.

Elle me chante quelques chansons, puis on s’endort comme deux ivrognes dans son lit. Il est 3h du mat, je suis saoul, mon avion décolle à 10h, je ne sais pas où je suis, et mon père non plus! Vive les vacances, pas vrai?

4 réflexions au sujet de « Yellowknife »

  1. Heyyy qu’ine aventure , franchement tu vas avoir des idées de scripts pour écrire un film toi un de ces jours…
    Tu aurais pu faire croire à la MaryMary que tu étais jeune producteur , et qu’elle te fasse connaître d’autre artistes en herbe ou quoi lol..

    Sur ce , bonne route et photographie pour moi les jollies filles car il y en a bcp au canada. 🙂

  2. J’ai passé une ligne ou bien tu n’expliques pas en quoi l’heure sur l’iPhone est importante ? Ou bien tu laisses le suspense jusqu’au prochain épisode ? Alala quel écrivain ce Jérome ! 🙂

    Merci pour toutes ces histoires en tout cas, c’est super cool !

  3. Hola séba,

    Plaisir de te lire chacaltosaure, désolé pour l’autre jour à la gare, j’étais vraiment à la bourre, j’ai essayé de te sonner dans le train, mais t’as changé de numéro apparemment.

    Quoiqu’il en soit, merci pour tes encouragements, et t’inquiete pas pour les photos de jolies filles, j’ai le doigt sur la gachette partner!

    Pour conclure, une petite réplique de film dont tu reconnaitras certainement l’origine :

    – « Et puis tu sais ce que c’est, j’ai envie de me sentir vivant, tu comprends? VI-VANT ! … Et niquer ca me rend vivant! » 🙂

    See u partnerz, wanesgen from Canada

  4. Waouw Marie, c’est moi qui te remercie pour tes élogieux éloges. Si tu lis l’article du 19 juin, tu comprendras pourquoi l’horloge de l’iPhone a un rôle plus qu’important…

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