Yellowknife – Norman Wells

7h du mat, le réveil de l’iphone sonne, j’ai un appel manqué d’un numéro inconnu, sûrement mon père qui s’inquiète. Je suis debout en une demi-seconde. Merde, ma tête! Oh maman, j’ai un mal de crâne pas possible!

Je passe vite ma veste, remercie Mary pour l’hébergement, puis me mets énergiquement en marche vers le b&b. A ce rythme là, j’y serai à 8h au plus tard, et il me restera encore une heure pour prendre une douche et déjeuner avant que le taxi pour l’aéroport n’arrive… donc pas de panique!

Après plusieurs kilomètres de décrassage de lendemain de veille, je vois enfin la silhouette de mon père qui se profile sur le trottoir devant la maison. Il a les bras croisés, et parle avec Marianne et son mari, qui me font un signe de la main avant de s’éclipser dans l’autre direction. Aie, je sens que ça va gueuler!

– « C’est pas possible hein! Je veux plus continuer dans ces conditions moi! J’étais prêt à appeler la police! »
– « Désolé, j’étais trop fatigué que pour rentrer pendant la nuit, pourquoi tu m’as pas resonné? »
– « Tu te fous de moi ou quoi? J’ai sonné avec le téléphone de l’homme, tu réponds pas! »
– « Mais si, j’ai juste pas réussi à décrocher à temps! De toute façon pas de stress, il est 8h, on a le temps. »
– « Mais non hein m’fi, il est 9h! T’es à la mauvaise heure encore! »

Affreux, l’iphone s’est remis à l’heure de Vancouver quand j’ai fait la mise a jour! Je me rends compte à quel point j’ai failli rater l’avion, je me sens bien con.

– « En plus ici, c’est le bordel, t’imagines même pas! J’en peux plus moi… »
– « Comment ça? »

Je le suis dans la maison, Ian et Connie sont tous les deux dans la salle de bains, armés de torchons et de gants en plastique. Je m’avance pour aller dire bonjour. Mon père me fait signe de les laisser tranquille.

« J’ai bouché les toilettes, ça a débordé! Il y en a toutavou, sur la moquette, dans le salon, derrière les machines à laver! Partout! »

Mais comment il fait? Tchuuuuu! Je suis plié, mais alors là, pli-é! Je fais ma valise en vitesse en rigolant et en regardant de temps en temps dans la direction de nos hôtes qui s’affairent. Ils vont s’en souvenir des deux belges, le père qui fout la moquette en l’air en faisant déborder la chasse, et le fils qui rentre saoul 5 minutes avant le départ du taxi! Hahaha, impossible de me ravoir, j’imagine la tête de papa qui monte l’escalier, après en avoir foutu partout dans la salle de bains et qui va prévenir Connie : « Sorry, I’ve put shit everywhere! »

Le taxi est là. Mon père s’excuse une dernière fois aupres de Connie, puis on se sauve sans demander notre reste. Le chauffeur roule à du deux, exprès pour bien faire monter la note. En temps normal, on lui ferait la remarque, mais là, on est toujours plié en deux de l’histoire des toilettes. On se dit qu’on aurait pu laisser un mot dans le guestbook : « Toilet not impeccable ». 🙂

On monte dans l’avion pour Norman Wells, petit déjeuner extra, chacun seul à un hublot, personne à côté, les hôtesses sont top, paysages de rêve, my best flight so far.

On atterrit sans encombre vers 11h, à quelques centaines de mètres pas loin de la « ville » de 800 habitants.

On n’a pas d’endroit pour la nuit aujourd’hui, les hôtels sont tous full et google n’a pas trouvé de b&b. Pas grave, on passera la nuit dans le terminal, mais, en attendant, faudrait au moins qu’on puisse poser nos valises, histoire de pouvoir se promener la journée.

Au musée de la ville qui fait aussi office de centre d’information touristique, Peggy m’accueille chaleureusement. Elle a l’air d’aimer son boulot. D’après ses dires, il y a moyen de passer 2 jours dans le bâtiment: ils ont des vidéos, des livres, enfin de quoi s’occuper quoi… Elle me dit de me servir de sandwiches, qu’ils ont accueilli un car de diplomates ce matin, et qu’ils n’ont presque rien mangé les galopins.

Dear Peggy, permettez-moi que je vous explique mon problème, tous les hôtels sont pleins, et je ne sais pas où dormir. Et en plus, je transporte cette grosse valise voyez-vous? Pourriez-vous peut-être garder nos bagages dans votre bureau? Bien sur! Elle est plus ravie de nous aider… Et elle ne va pas se contenter de garder nos bagages, mais elle va aussi nous trouver de quoi loger ce soir… On n’a qu’à partir se promener un peu et repasser plus tard, elle s’occupe de tout. Waouw, providence, providence, tu es décidément toujours à mes côtés…

La ville, disons plutôt le village, est minuscule… Juste quelques poignées de maisons coincées entre le fleuve Mackenzie et une immensité de forts et de steppes aux mille lacs. En été, il n’y a pas moyen d’y accéder par la route, juste par bateau ou avion, et il faut attendre l’hiver pour pouvoir utiliser la route de glace qui conduit à Yellowknife.

Au bord du fleuve Mackenzie, d’énormes blocs de glace fondent petit à petit, rejoignant le large débit d’eau glacée qui se dirige à grande vitesse vers le nord, vers la mer de Beaufort.

Je m’amuse à filmer la glace qui fond quand mon père crie après moi. Une femme dans une jeep s’est arrêtée à sa hauteur, plus haut sur la berge. C’est Tania, du b&b. Elle est ultra sympa et nous invite à monter dans sa voiture.

On passe prendre nos bagages au musée et on se laisse conduire jusqu’à sa maison, à 4-5 km en dehors du village. Elle habite au bord du fleuve, dans un énorme chalet de bois, presque une villa et super moderne.

On va dormir dans une tente Inuit dans son jardin, enfin quand on dit une tente, on pourrait presque dire un chalet de coton. Notre nouvelle maison est absolument terrible, un vrai nid d’amour: un grand lit, quelques meubles, un poêle à bois… bref, tout pour plaire. On pose nos valises, puis Tania nous reconduit en ville, nous demandant de lui passer un coup de fil quand on veut rentrer, qu’elle viendra nous rechercher et qu’on prendra l’apéro tous ensemble.

On retourne d’abord au musée. Peggy n’avait pas menti, il est exceptionnel. Tout y est : l’histoire de la région, les premières populations Inuits, les chercheurs de pétrole et leur équipement, et même des sandwiches à volonté. Mon père en profite pour acheter quelques souvenirs, et je craque aussi sur un écusson Norman Wells que j’imagine bien cousu sur ma future veste de biker.

Ensuite, on visite le village et la balade se finit en longue discussion devant une tasse de café qu’on passe nous remplir à plusieurs reprises. On fait un peu le point sur ces deux derniers jours, ils ont vraiment été épiques, riches en aventures, en rebondissements. Rien à dire, on est d’accord pour se dire qu’on s’est bien fendu la poire…

On amènerait bien une bouteille de vin pour l’apéro. Le liquor store, seul endroit où l’alcool est en vente libre n’est pas loin, mais n’ouvre que de 17 à 20h. On décide d’attendre 20 minutes sur un banc, et on fait bien: une file d’attente se forme rapidement devant la porte, presque 15 personnes, et, à l’ouverture du magasin, c’est la ruée. On se croirait un jour de début de soldes. A l’intérieur, il faut remplir un papier avec sa commande, les rations d’alcool sont limitées à 2 bouteilles par personne. En gros, on dirait qu’il y a un sérieux problème avec l’alcool par ici!

On retrouve Tania qui vient elle aussi chercher son litron, et elle nous explique que c’est à cause du long weekend qui s’annonce, que les gens viennent faire leurs réserves avant de monter sur leur bateau et passer le weekend sur la rivière.

Retour à la tente, je m’isole pour une petite sieste, pendant que mon père va faire un tour dans les environs. Je suis claqué, et m’endors jusque 22h.

A mon réveil, Tania, Todd son mari, et mon père sont dans le jardin avec deux autres amis, Guy et sa femme. Ils ont l’air d’avoir déjà bien cussé, et s’apprêtent à partir boire un verre au bar de la légion étrangère. Mon père a l’air chaud, pas l’impression qu’il ait envie que je m’incruste… De toute façon, moi y en avoir encore mal au crâne de la veille, pas trop envie de bruit et d’alcool ce soir. Je décide donc de rester là, de prendre mon temps dans le jardin et de profiter de la soirée pour avancer un peu dans mes news.

Je mange calmement les restes de leur repas, passe prendre une douche dans la maison, puis tente de monter la cheminée du poêle à bois pour réchauffer la tente qui est plutôt humide. Je passe presque une heure à essayer d’emboîter les tuyaux dans tous les sens avant de laisser tomber et d’allumer l’ordi.

Dehors, les chiens se mettent à aboyer, puis à hurler à la mort. Merde, qu’est ce qui se passe? Un ours dans le jardin ou quoi? J’ai pas trop bon, c’est qu’il y a de la bouffe dans la tente, si jamais il la sent, je suis mort! Je sors doucement voir du coté des chiens qui ont l’air d’être devenus fous. Rien en vue! Je reste immobile quelques minutes, et finis par voir un énorme chien gris qui se balade paisiblement devant la cage des clébards. Ouf, rien de grave! Je rentre à la tente en sifflotant et ferme la tirette et la mince porte en bois… Les chiens aboient toujours, de plus en plus fort.

Un trou rond permettant de faire passer la cheminée à l’extérieur me permet de surveiller les alentours à travers un tuyau faisant office de périscope. Le chien gris se rapproche de la tente. Il est énorme, assez maigre, mais très haut sur pattes. Il est tout gris avec quelques tâches brunes et les oreilles pointues. Il regarde le périscope qui bouge et s’en rapproche. Nos regards se croisent par le tuyau. Ses yeux sont d’un bleu incroyablement perçant!

Et puis, en une seconde, je réalise! Bordel de merde, c’est pas un chien, les gars! C’est un loup! Un putain de loup qui est là, à 2 mètres de moi, dans le jardin, de l’autre côté du tissu! J’ose à peine respirer, j’ai pas d’arme, ni de réseau pour appeler Tania à la rescousse… S’il attaque la tente et déchire le tissu, je suis foutu! J’essaye de siffloter pour me donner un peu de courage, mais ça l’impressionne pas, il est toujours là, à regarder la tente, sans bouger ni faire de bruit.

Je décide de monter la cheminée et d’allumer un feu, histoire d’avoir des bois brûlants pr me défendre. Le bricolage terminé, je craque ma dernière allumette pour allumer le papier humide, le papier prend, les bois aussi, mais, après 10 minutes, je dois me rendre à l’évidence : la cheminée ne tire pas et je suis en train de foutre de la fumée plein le tipii! Le bordel, en gros!

Je tente de me détendre, allongé sur le lit, en réfléchissant à la suite du voyage: le voyage que je compte faire à vélo. Ca va quand même être plus dur que prévu j’ai l’impression, camper comme ça au milieu de nul part, avec des ours, des loups, des lynx, des coyotes qui peuvent surgir de nul part. C’est con à dire, mais j’ai les boules.

Le temps passe doucement, le loup a bougé, mais rode toujours, si j’en crois les aboyements intermittents des chiens. A 2h du mat, ils finissent par rentrer! Je cours vers la voiture pour leur raconter l’histoire. Ils ne m’écoutent même pas, tout le monde s’en fout. Tania et Todd sont saouls, mais mon père, lui est scandaleux! Il tient à peine debout! Il s’accroche d’arbre en arbre, comme un vieil ivrogne en répétant : « Shit, suis bourré moi, je suis pété comme pas possible! Putain, j’ai jamais été bourré comme ca! Qu’est-ce qu’ils peuvent picoler ici, c’est abominable! »

Les deux autres se marrent, ils nous apportent de l’eau et viennent border mon père dans la tente. Todd, riotgun à la main, me rassure : « If problem, just shout loud, I have a gun you see, I’ll kill the wolf ! »

Quelle journée de malade! Je veille encore un peu en supportant l’haleine d’alcool du père, puis finis par sombrer à mon tour… Demain, on s’envole au-delà du cercle polaire, vers Inuvik, faudrait surtout pas rater ça, pas vrai?

Une réflexion au sujet de « Yellowknife – Norman Wells »

  1. “Sorry, I’ve put shit everywhere!”
    mdr j’imagine le tete de papa en train de penser à la facon dont il va devoir le dire aux gens…

Les commentaires sont fermés.