Inuvik – Dawson City

6h, déjeuner en solitaire dans la salle à manger déserte de l’hôtel. La réceptionniste, une sorte de pornstar accompagnée d’un toutou qui court partout, est bien moins sympa que mon ami d’hier soir. Ceci dit, elle a peut-être juste envie que je dégage pour pouvoir dormir un peu…

Je remonte dans ma chambre, uploader les textes rédigés pendant la nuit et répondre à quelques e-mails, avant de redescendre vers 10h pour un second tour au buffet du petit déjeuner, accompagné cette fois-ci de Père.

Histoire d’éviter la note salée du taxi, on se renseigne à la réception sur les différents moyens de se rendre à l’aéroport. Le manager de l’hôtel propose d’emblée de nous y conduire personnellement, oh yeah! Une petite heure d’attente à côté d’un ours blanc empaillé dans le terminal d’Inuvik, et nous voilà à bord.

On vole avec Air North, qui, à part le North, n’a rien en commun avec son associé Canadian North. Là où c’était avion à réaction, hôtesses canon et boissons fraîches, c’est devenu vieux coucou à hélice, hôtesses masculines et vieux café. Le vol est stressant, l’avion est plus tout neuf et mal isolé. Les oreilles ramassent, l’estomac aussi, un véritable Aldi du voyage en avion. Même la carte d’embarquement est puante, un vieux plastique tout corné qui est réutilisé à chaque décollage…  ‘Fin, il vole, c’est déjà pas mal!

Alors qu’on s’attend à arriver à Dawson, le pilote fait une escale surprise à Old Crow, un bled Inuit près du delta Mackenzie, perdu au milieu de nul part, et accessible uniquement par voie aérienne. Le terminal est bondé, pourtant personne n’embarque, les gens viennent juste voir… L’avion torchon est devenu attraction. Sur le parking, aucune voiture, juste des quads alignés par dizaines. Nous sommes les seuls blancs.

Une heure plus tard, on atterrit tant bien que mal à Dawson City. On descend, mais l’avion, lui, continue jusque Whitehorse, notre prochaine destination. Rencontre improbable avec un cycliste qui avait commencé la Dempster, l’autoroute du Nord à vélo, et qui, dégâts matériels obligent, est forcé de repartir vers Whitehorse.

Le centre ville est pas tout près, 14km pour être exacts. Pas de taxis ni de bus, juste une vieille hippie qui nous propose de monter dans son grand van. Sur le chemin, elle nous avoue que son boulot, en plus de visites guidées des environs, c’est de faire le shuttle de l’aéroport. Elle est intarissable et déballe sa connaissance des lieux sans même respirer, du moins pas avant de nous avoir annoncé que la course nous coûtera 40$.

Notre hôtel pour les deux prochains jours est le Bombay Peggy’s, réputé pour être à la fois le moins cher et le plus typique des environs. La baraque est comme sur la photo, vieille bicoque, autrefois maison de passe, retapée dans un style vieille angleterre. Une jolie femme, la trentaine, en balaie le seuil. Il s’agit de Wendy, notre hôte du jour, incroyablement sympathique, détendue et souriante. C’est un ange, je le ressens dès la première seconde.

On enlève nos chaussures dans le vestibule et on monte au 3e, dans les combles. La chambre est étroite, avec un grand lit, mais très propre et très calme. Dans un coin, sous une lucarne, une petite table en bois invite à l’écriture. L’endroit est parfait. Ici, chaque chambre a son thème, et, en journée, les portes des chambres vides restent ouvertes pour les plus curieux (à moins que ce soit pour aérer).

Avant toute visite des environs, je réclame à Père quelques ablutions. Il a envie de bouger de suite, on se donnera donc rendez-vous plus tard près de la rivière. J’en profite pour me détendre longuement dans l’eau bouillante d’une baignoire des plus agréables qu’il m’ait été donné de tester. I’m in love with the place!

Je rejoins Père au bord du Klondike pour un tour de ville. Il faut savoir que Dawson City est une bourgade en plan carré d’une dizaine de rues de large et du double d’avenues de long.

Les maisons y sont toutes en bois, et n’affichent leurs différences que par les couleurs vives de leur murs de planches. Les routes, elles, sont en terre battue, ce qui fait que chaque passage de voiture laisse flotter un joli nuage de poussière dans l’air brûlant de l’après-midi.

Les saloons arborent des portes à double battant, le casino, outre ses machines à sous, propose un show avec pianistes et danseuses style french cancan, et tutti quanti. Bref, une vraie Lucky Luke city (cf. Lucky Luke et le Klondike pour les amateurs), autant vous dire qu’on adore.

Aujourd’hui, on a envie de manger sain, ou du moins, plus sain. On opte pour un steak de saumon et crudités, agrémenté d’un litron de blanc maison, à une terrasse de resto près de la rivière. La vinasse me monte vite à la tête, si bien qu’en sortant du resto, j’hésite entre commencer la fête tout de suite, ou renoncer et aller dormir. Une fois n’est pas coutume, je choisis la deuxième solution… J’abandonne Père en ville, et retourne au Bombay Peggy’s roupiller une paire d’heures, un vrai bonheur.

Père revient vers minuit et demi, il allume en grand et me réveille brutalement. Il est de retour du casino et du show des danseuses, et répète sans arrêt que c’était génial, vraiment agréable, et que j’ai raté quelque chose. Du coup, je m’en veux, pas moyen de me rendormir… et je finis par me lever, de très mauvais pied, limite colérique, en envoyant voler un oreiller sur le mur d’en face.

Un coup de peigne de la main gauche, et, encore à moitié endormi, je descends voir ce qu’il reste en ville… A priori, pas grand chose, c’est mort : on est lundi, l’est déjà tard, et la moitié des pubs sont déjà fermés! Autant dire que je l’ai mauvaise… Je rentre dans le casino, et bois une bière au bar juste pour dire de. Il y a plus grand monde, à part une petite brune au bout, près de la caisse, qui me jette des petits regards timides. Je me contente de lui rendre un petit sourire, termine ma bière calmement et sors fumer une clope. Deux minutes plus tard, la voilà qui sort à son tour, accompagné d’une jolie petite rousse toute fluette.

La brune s’appelle Robyn, elle bosse au musée de la ville et s’apprête à commencer des cours dans l’école d’art de la ville. Elle me propose de les accompagner chez des amis regarder « Arrested Development », une série télé qui a la côte par ici. On rentre dans une caravane en bordel, où 5-6 jeunes calent devant une télé en allumant de temps en temps une pipe à eau maison. L’émission est pas mauvaise, je comprends pas tout, mais presque, et j’accroche comme tout le monde. Après le générique de fin, Robyn propose de m’accompagner jusqu’à mon hôtel et me faire faire un petit tour de ville…

Est-ce la ville qui est plus grande que ce que je n’aurais cru ou l’instant qui est particulièrement agréable? Toujours est-il qu’on finira par se promener jusque 3h du mat dans la ville déserte, avant qu’elle ne rentre chez elle, et que je ne continue brièvement en solo, profitant de la lumière du soleil nouveau pour prendre quelques clichés avant de rentrer pour de bon…

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