Dawson City – Whitehorse

Notre avion pour Whitehorse décolle à 14h, on a donc bien le temps. Bizarrement, je m’éveille à 8h30, après à peine 5h de sommeil bien imbibé. Je me sens naze. Un bon bain chaud, un café, un muffin, et je retourne à la chambre réveiller Père. Il a l’air en super forme.

Ce matin, il aimerait qu’on passe ensemble au magasin de souvenirs, histoire que je le conseille ou je ne sais quoi. C’est qu’il y tient depuis le début à ses magasins de souvenirs, lui qui d’habitude n’achète jamais rien, va tantôt devoir revenir avec une deuxième valise.

Après avoir achetés quelques surprises que je ne peux évidemment révéler ici, on repart vers la chambre, on continue à programmer la suite du voyage, et on descend à la réception. Wendy, la gérante, a proposé de nous conduire à l’aéroport, for free of course, nous a-t-elle précisé. Elle est vraiment géniale…

Sur le chemin, je ne me retiens pas de la féliciter pour ce magnifique hôtel qu’elle gère avec brio, ce séjour était de loin le plus agréable qu’on ait vécu pendant notre voyage, et le détail apporté aux soins des clients est digne d’un 5 étoiles, une foule de petites attentions qui font que l’hôtel en lui-même devient une occasion de visiter Dawson City. En vrac, (car j’ai envie d’en parler quand même) pains au chocolat dans un sachet pendu à la clenche de la chambre le matin, café, thé et gateaux à 16h, boules quiès, bloc-notes et stylo, produits de toilette bio, propreté impeccable, et chambres ayant toutes un cachet, une signature particulière, et j’en passe, et des meilleures.

Mais les bonnes choses ont une fin, et déjà, dans un nuage de poussière, Wendy s’en va au loin, agitant sa main à plusieurs reprises, alors qu’on s’apprête à subir à nouveau le calvaire du vieil avion puant d’Air North. Décollage de fou, vol de malade, atterrissage de cinglé, voilà qui résume ce merveilleux vol jusqu’à Whitehorse.

Aujourd’hui, on a réservé une chambre au motel le moins cher de la ville, le Stramfort Motel, puant, mais ça fera l’affaire, n’est-ce pas Papa?

La ville est nulle, il n’y a rien à voir, excepté les bords de la rivière et, plus loin, le bateau à aubes SS Klondike original, faisant autrefois la liaison jusqu’à Dawson du temps de la ruée vers l’or. On fait un tour en vitesse, puis on rentre à l’hôtel.

Sur le parking, je fais connaissance avec un groupe d’Inuits, Ryan, un mec style casseur avec des cicatrices partout, et deux filles aux hanches de phoque, Kara et Tynyka. Je les reverrai un peu plus tard dans un bar classe où ils jouent d’habitude billard, puis Ryan commence à devenir agressif, et le barman me conseille de bouger… d’aller par ex. faire un tour au Flipper’s où il y a du monde et de la musique live.

Au Flipper’s, l’ambiance est en effet terrible, un peu style « la zone » (ou « magasin 4 » pour les connaisseurs) et pour cause, c’est la fête de la St-Jean Baptiste, l’indépendance du Québec, c’est donc un groupe francophone reggae qui joue ce soir. Un paquet de québécois ont fait le déplacement et comptent bien faire la fête toute la nuit, si l’on en croit leur propension à danser sans arrêt et sur n’importe quoi. Assis au bar devant ma Keith’s, je fais la connaissance de Dominique, un musicos solitaire d’origine italienne, on se boit un verre ou deux ensemble, en rigolant bien, avant qu’il ne se lève pour aller pisser.

A la minute même où il se lève, une grande blonde vient s’asseoir à sa place, m’accostant d’un « hellowww you, how are you today? ». Roooh, c’est incroyable quand même, cette légende selon laquelle ce sont les filles qui viennent vers les garçons ici! Heather est un peu bourrée, mais pas mal du tout. Elle commence à me chauffer, ce qui n’échappe pas au canadien milanais qui me fait un signe de loin l’air de dire « vas y mec, fonce, ce soir, c’est ton soir! » (cette phrase est bien sur sous copyright Alan D.) Où en étais-je? Ah oui, Heather….

Hé bien mes amis, Heather exagère, je dirais même qu’elle frôle l’indécence. Elle frotte maintenant le goulot de sa bouteille de bière contre le cul de la mienne, et s’arrange pour toucher mon oreille de ses lèvres à chaque fois qu’elle me parle. C’en est trop pour moi, il me faut un peu d’air frais, de toute façon, le bar ferme dans dix minutes…

On part se promener le long de la rivière, on y reste longtemps à parler en regardant le spectacle d’eau glacée qui défile à grande vitesse. Le moment est bien, elle a un peu dessaoulé, et moi je tremble de froid. Encore un peu et ça va presque devenir romantique…

On décide de marcher plus loin, j’ai l’impression qu’on a pas envie de se quitter. On va vers je ne sais où, une chose est sûre, le courant passe nickel. Je me demande même si elle n’est pas en train de m’emmener chez elle… Sur le chemin, on fait un stop devant son boulot, à l’hôtel Westmark.

– « Wait for me here, I’ll be back in a second ». Elle part se chercher un pull.
– « Of course milady, I won’t move a muscle, I promiss… »

J’attends donc en grelottant…. 5… 10… 15 minutes! Toujours pas de Heather! Je comprends pas… Ou plutôt si, je comprends, mais ça me fait tellement chier que je crois que je refuse de l’admettre.

Elle s’est barrée en douce, la salope! Je pige pas! Pourquoi me mentir? Pourquoi ne pas juste m’avoir dit : « Ecoute, j’en ai marre, je rentre maintenant! ».

Vraiment, je ne comprends pas! Pourquoi bordel? Dans ma grande naïveté, je chipote encore un peu dehors, persuadé qu’elle va bien finir par revenir… Je suis toujours comme ça avec ces filles qui me quittent.. Je les regarde s’en aller au loin, sans bouger, toujours persuadé qu’elles vont changer d’avis et se retourner. Et je reste comme ça, immobile, à espérer, jusqu’à ce que, sans bruit, leurs silhouettes disparaissent lentement à l’horizon…

Soit! Là, ça fait presque une demi-heure, je crois mon cher Jérôme, que tu dois te rendre à l’évidence, elle reviendra pas, et en gros, tu ferais bien d’aller vite te pioncer, tant que t’as encore ce verre dans le nez!