Whitehorse – Vancouver – Train de nuit vers Jasper

Réveil à 5h30, papa est déjà sur le pied de guerre, prêt à décoller! Il n’a pratiquement pas dormi le pauvre, ses yeux sont minuscules, et bien entendu, il est de MAUVAISE humeur! Pour ma part, ça va encore point de ce côté là, mais bon, je suis pas encore bien réveillé que déjà on embarque dans le taxi.

– « Pas faché de quitter cette ville de merde, hein p’pa? »
– « Tu l’as dit, stu mfi! »

On prend quelques forces en déjeunant d’oeufs et de saucisses dans la cantine de l’aéroport, puis on embarque pour notre dernier vol ensemble. Un avion Air North toujours, mais tout neuf cette fois-ci, et un jet svp! Je me retrouve au hublot, pépé juste derrière moi, avec à ma gauche, un gros tatoué qui gesticule. Il est coincé au milieu de la rangée, entre moi et sa grosse pétasse maquillée à la truelle, avec, je cite, des nichons qui pourraient contenir une bombe à neutrons (merci papa).

Heureusement, il reste quelques places libres dans l’avion et le tatoué a vite fait de dégager. Mon père est d’humeur taquine, il s’amuse à me toucher les cheveux et me chatouiller par derrière le siège. Il va falloir que je le remette à sa place histoire qu’il arrête une bonne fois pour toutes. Oups! Une petite claque! Rapide et bien bruyante! Les gens derrière lui ont tout vu et son en train de se marrer. Il l’a pas volée n’empêche! L’avion décolle…

A peine eu le temps de dormir un peu pour père et de rêvasser dans les nuages pour moi, qu’on atterrit déjà… en frémissant bien entendu une fois de plus au doux nom de Vancouver.

Shuttle de l’aéroport vers le centre, Skytrain vers la gare, bagages en consigne en prévision du train de ce soir, puis on part se promener… On se mange un burger à une terrasse chicos, et on se dirige vers le waterfront. On y passera toute l’après-midi, moi à roupiller dans l’herbe, et père assis sur un banc, un peu plus loin.

Vers 19h, on se dirige vers la gare, en faisant un détour par Chinatown et ses boutiques aux étalages multicolores. Le train pour Jasper est incroyabement long, les wagons économiques sont tout au bout, en début de train, et les places sont assignées par le responsable du wagon. Le reste des voitures est réservé aux couchettes, wagons-restaurants et autres, et est interdit d’accès aux deuxième classe. Il y a pas mal de monde, mais heureusement, les sièges sont confortables, et il y a plus de place qu’il n’en faut pour les jambes.

Le train démarre, il est 20h30, le premier arrêt est à Klamloops, vers 6h30 du mat, et ensuite à Jasper, à 16h. De là, il faut changer de train pour se diriger vers Prince Rupert, notre destination finale, mais le train suivant ne part que le lendemain vers midi…

Dans les wagons voyageurs, ils ont éteint les lumières et tout le monde roupille déjà, sauf moi, qui ai dormi toute l’aprem et qui me sens pas du tout fatigué. Le voyage va être long je le sens, mais la sensation de se laisser conduire et d’avancer dans la nuit à travers on ne sait trop quoi est une de mes préférées. Je m’isole donc dans le wagon restaurant désert, pour recharger mes batteries et avancer un peu sur les news, et, un peu plus tard, 2 jeunes me rejoignent. Ils parviennent pas à dormir non plus…

On commence à discuter tous les trois, un des deux est un géant style basketteur tout mince, et l’autre est tout petit avec une gueule de bohémien, ils doivent avoir 20 ans à tout casser. Le chef de wagon, la soixantaine bien pansue, s’assied avec nous, et on parle quasi toute la nuit tous les quatre. Moi devant mon ordi, écrivant un mot de temps à autre, le basketteur sur son iphone, vérifiant sans cesse s’il a du réseau, et le bohémien, un vrai fou, écrivant des paroles de chanson toute la nuit sur un bloc de feuilles rose, ambiance unique! Surtout grâce au chef de wagon qui maintient l’ambiance en racontant sa vie, des amis à usage unique once again!

Bon, vers 3h du mat, j’en peux plus d’entendre de l’anglais, je comprends de moins en moins ce qui se dit, et je commence à avoir envie de fumer… Comme il n’y a pas d’arrêt avant 6h du mat, je décide de prendre mon mal en patience et d’aller pioncer. Papa dort mais ne ronfle pas, tiens donc! Par contre, un homme juste devant lui le remplace, et pour tout le wagon svp! On ne le sait pas encore, mais cet homme, surnommé plus tard « le puant » (car il pète dans son sommeil), va nous accompagner pendant les 4 prochains jours que vont prendre le voyage en train et la traversée en bateau…

Par chance pour moi, il reste deux places libre tout à l’avant du wagon, je m’y installe donc dans un silence religieux, abaisse les 2 sièges au maximum, et tente de trouver une position plus ou moins confortable pour m’octroyer quelques heures de sommeil…