Train vers Jasper

Le train s’arrête, il est 6h du mat, on est à Klamloops pour 30 minutes… Dehors, ça caille, mais qu’à cela ne tienne, une clope me semble bien méritée… On redémarre, papa se rassied à sa place et se rendort, et je me dirige vers le wagon restaurant qui vient d’ouvrir la cuisine. La serveuse me désigne ma place, je suis avec trois anglais de 60 ans à une table. Ca fait un peu le mec qui s’incruste, je m’explique :

– « Oh, maybe I should come back later, you know, I don’t want to disturb you! »
– « No, no, you’re more than welcome, please have a seat »

On déjeune donc tous les quatre. Carol, qui vient de Vancouver, Patrick de Londres, et Nigel d’Oxford. Carol et Patrick font un voyage ensemble, et viennent de rencontrer Nigel, un ancien agriculteur qui, une fois à l’âge de la retraite, a tout revendu pour découvrir le monde.

Ils ont tous les 3 la classe britannique et s’expriment dans un anglais impeccable, rien à voir avec l’accent canadien nasillard. Je savoure le moment comme jamais. On reste longtemps, assis à notre table, paysage défilant sous nos yeux, à échanger des idées tout en sirotant notre café, et Carol me donne son numéro à Vancouver, au cas où j’aurais le moindre problème.

Puis, après ce délicieux petit déjeuner somme toute assez démocratique, je rejoins père, qui, sage comme une image, n’a toujours pas bougé de son siège.

Il reste 8h de train, je décide de prendre mon ordi, et de partir m’installer dans le wagon panoramique, bien plus agréable de jour que de nuit. J’y rencontre les deux seules jeunes filles du train, Joann, une indonésienne et une allemande-russe dont j’ai oublié le nom.

Je discute pas mal avec Joann, elle m’explique que leur voyage est bien foireux.. Non seulement, elles ont payé le double du prix pour le train, mais en plus, elles ne savent pas où dormir, et pour couronner le tout, elles ne savent pas ce qu’elles vont pouvoir faire à Jasper, puisqu’elles voulaient louer une bagnole, mais impossible vu que l’allemande a oublié son permis!

On aborde un autre gars en chemise de marque bien repassée qui prend des photos, c’est Rodney, un australien bien sympa! Puis, le basketteur et le bloc de feuilles rose nous rejoignent, si bien que notre bande occupe bientôt tout le wagon panoramique…

Le train va bientôt arriver à Jasper, le basketteur et le chapeau au bloc de feuilles continuent vers l’Est, dans le même train. Je prends les numéros de ceux qui restent à Jasper ce soir (les deux filles et Rodney) pour  qu’on se réunisse autour d’un verre un peu plus tard. En attendant, on s’installe au B&b avec mon père,  65$ la nuit pour 2, vraiment bon marché, et qui plus est, les proprios seront pas là avant demain soir, ce qui veut dire qu’on a toute la maison pour nous, plaisir!

On se pose, on se prend une douche, et on décide d’aller se manger un bout. La soirée commence par 2 bières dans un bar chic, où la serveuse nous amène deux pintes à la place de deux bières normales. Résultat, l’addition est doublée! On lui explique qu’on avait demandé 2 sleeves (nom pour la petite bière), et tout ce qu’elle trouve à nous répondre, c’est « oui, mais vous avez bu 2 pintes ». Persuadé qu’elle l’a fait exprès, je décide de lui laisser un centime en guise de pourboire sur la table, juste pour la faire chier!

Une petite pizza sur une terrasse avec vue sur la gare, puis on se sépare. Papa fait un dernier tour de son côté avant de rentrer se reposer, et moi j’envoie un message à mes nouveaux amis pour leur donner rendez-vous au seul bar ouvert que j’aie trouvé, celui de la légion canadienne. C’est pas super super ambiance, mais il y a des groupes qui font de l’impro jazzy. Je me bois une bière en solo, puis ils débarquent tous les 3. Les 2 filles m’expliquent qu’elles dorment finalement chez l’australien, lequel avait réservé une chambre avec deux lits.

On boit un verre à la légion, puis, après s’être renseignés auprès de quelques jeunes du coin, on bouge au Pete’s Club, une sorte de petite boite de nuit. L’entrée est gratos, mais il faut montrer patte blanche, et évidemment, l’allemande, en plus d’avoir oublié son permis à la maison, a aussi réussi à oublier sa carte d’identité à l’hôtel. Keen sauille!

Je reste donc seul avec Rodney, pendant que les filles font l’aller-retour à l’hôtel. Je lui offre une bière et lui parle des filles canadiennes, je lui demande s’il les trouve pas un peu bizarres dans leur comportement. Il me répond qu’il ne sait pas, qu’il vient à peine d’arriver… A peine a-t’il fini sa phrase qu’une fille vient l’accoster! Deux secondes de plus et ils sont déjà en train de se lécher à côté de moi! Et quand je dis lécher mes amis, c’est pas du petit bisou de pique-nique du dimanche, non, c’est du hard, un véritable film de cul que j’ai sous les yeux! Je sors fumer une sèche, et Rodney me rejoint, il a l’air complètement out.

– « You were right Jerome, girls are crazy here! It’s too much for me! »

Il a pas l’air d’aller bien, il a le regarde vide, comme s’il était drogué ou je ne sais quoi. Il tire un coup sur ma clope et crache ses poumons pendant 5 minutes, puis, m’annonce qu’il se barre, qu’il rentre à l’hôtel, que cette fille l’a épuisé!

Je rentre donc seul dans la boîte de nuit, et m’assieds à une table haute pour regarder un peu le spectacle. Je suis claqué moi aussi, j’ai envie de tout sauf de danser. La pétasse qui se faisait peloter par Rodney il y a 5 minutes s’approche, elle est complètement faite, elle me gueule dans l’oreille et me prend le menton puis essaye de m’embrasser.  Tchuuu, j’en reviens pas! Je la repousse violemment en la gratifiant au passage d’un « get out of my way, slut! »

Ca commence à devenir drôle, je fais la connaissance de Nathalie et Shannon, qui me frottent le visage en me trouvant « so cute », mais suis pas chaud, je préfère observer ce soir…

Il y en a une qui sort du lot, une aux lunettes bien entendu! Je bois une autre bière et décide de faire le test du carnet, mon préféré… Je m’assieds à une table et commence à écrire, en faisant semblant d’être ultra concentré. A peine le temps d’écrire 5 lignes que 2 filles m’accostent, une grande cheminée et la fille aux lunettes. Elle est australienne et me note son email dans mon carnet, en m’écrivant la ligne en dessous, que Ashley, sa copine, alias la cheminée, is « really hot stuff »! Hahaha, je réponds à son mot en lui écrivant que j’en ai rien à foutre de sa copine, que tout ce que j’adore ce sont ses lunettes.

Bon, je crois que j’ai dit assez de conneries, de toute façon, le club ferme, il est 2h! J’ai pas méga envie de rentrer, je croise la serveuse à qui j’ai laissé un penny de pourboire tantôt, je lui demande si elle était contente avec mon pourboire, elle me répond que je ne suis qu’un « asshole », je me barre en rigolant!

Il reste des gens devant le club, je m’incruste comme je peux, nickel c’est des québécois, ils se dirigent tous vers un appart, où la fête va continuer, et la bonne nouvelle, c’est que je suis cordialement invité.

Ils sont venus en groupe planter des arbres pendant l’été, parait qu’il y a moyen de se faire du fric… L’ambiance dans l’appart est vraiment student party à l’américaine! Des Eminem en casquette, des basés avec t-shirts de hockey, et aussi quelques personnes plus ou moins normales, mais aux pieds sales.

Je me marre co bin, et y reste une bonne grosse heure avant de décider rentrer, quand même bien bourré, jusqu’au b&b!