Train vers Prince George

Quand on se réveille, le b&b est toujours aussi vide qu’hier. On prend notre temps, un bain, une tasse de café et quelques courses avant de monter dans le train. Il est bien plus court que celui de la veille, à peine quelques voitures, une seule pour les deuxième classe, et 2-3 pour les riches, avec de surcroît, un super wagon tout transparent. L’accès en est bien entendu interdit, nous explique Gilbert, notre contrôleur de train pour les 2 jours à venir, mais on pourra chacun son tour aller y jeter un oeil avec sa permission.

Le train démarre aux alentours de midi, pour arriver à Prince George vers 20h30, de là, il faut descendre, se trouver un hôtel pour la nuit, et attendre le lendemain matin 8h que le train daigne repartir. On avait pas prévu le coup, l’arrêt obligatoire n’étant pas indiqué sur le site au moment de l’achat des tickets.

Gilbert me rassure, il y a toujours de la place à Prince George, et les hôtels sont proches de la gare et pas chers. Dans le wagon quasi vide, on retrouve quelques visages du voyage d’hier: un groupe de 3 chinois accompagnés d’un croate avec qui on lie un peu connaissance, puis il y a le puant et sa femme qui ne quittent jamais leurs appareils photo (et avec qui on se refuse tout deux à parler), puis aussi quelques nouvelles têtes…

Par exemple, un groupe de 4 garçons d’une vingtaine d’années, habillés tous pareil, pantalon noir, chemise à carreaux, veste bleue et béret bleu! Papa les surnomme d’emblée les Tintin! Ils sont assez intrigants, doivent faire partie d’un mouvement religieux quelconque, mais pas facile de leur parler, car ils dorment sans arrêt.

Le paysage est magnifique, le train passe à travers les forêts, au bord des lacs, au pied des montagnes, etc. On ne s’en lasse pas. De temps en temps, le chauffeur ralentit, et Gilbert crie dans le wagon : Ours à droit, Orignal à gauche. Et en effet, on voit plus d’ours et d’animaux sauvages en une journée, qu’en une semaine dans les Rocheuses. Papa décrira (à multiples reprises) la journée comme étant « vraiment agréable », et je suis bien d’accord avec lui, le père.

Le train fait de temps en temps un arrêt ou l’autre dans des petites gares de villages perdus au milieu de nul part, là où le rail est bien souvent la seule connexion avec la civilisation. Un homme à la barbe blanche et au regard pur monte dans le train au premier arrêt, il a une foule de sacs, comme s’il partait pour 6 mois au moins. Il sera descendu en pleine foret, le train faisant un arrêt spécial pour lui, au milieu de nul part, avec ses 200 kilos de bagages.

On apprendra par la suite (par le puant) qu’il s’agit d’un ancien physicien du projet Manhattan qui, dégoûté par ce que l’on avait fait de son travail, a choisi de s’isoler en pleine nature il y a plus de 30 ans. Papa a les yeux qui brillent, il adore ce genre d’histoires, et regrette presque de ne pas avoir parlé à l’homme, persuadé au fond de lui-même qu’ils se seraient bien entendus.

A 20h30, on finit par arriver à Prince George. Les chinois et le croate m’ont renseigné l’hôtel le moins cher de la ville où ils descendent également, le Travelodge. On s’y rend à pied, c’est pas très loin, et on quitte quasi pas la chambre, étant donné que la ville, plutôt grise et déserte, est pas terrible. J’en profite pour avancer un peu sur les news pendant que père s’énerve devant la télé sans commande, qu’il doit zapper manuellement, en se levant à chaque fois, puis, épuisé, il finit par s’endormir en chère soeur 🙂