Mission – Harrison Hot Springs (65km)

Réveil tardif pour un premier jour, il est presque midi quand je démarre. Un arrêt déjeuner au KFC de Mission, pas grand chose d’autre dans le coin. La femme me propose l’Oversized Load, une sorte de menu complètement exagéré, je me contente de lui répondre que je suis européen et que je me contenterai du menu medium… Ca suffit pour exploser mon estomac et me faire prendre quelques résolutions.

Mon voyage sera une course, non pas uniquement vers l’Est et la ville de Québec, mais aussi vers une évolution personnelle. Mon but à moyenne échéance, et il y a longtemps que j’y pense, est de devenir un humain 2.0. Je n’en dirai pas plus pour l’instant (car il est 1h du matin à l’heure où j’écris ces lignes), mais je reviendrai sur le sujet très bientôt (une fois que seront passés les premiers moments plus sportifs, et qu’on pourra se concentrer sur l’essentiel). En introduction, on peut simplement supposer que cette évolution commence par une meilleure hygiène de vie, et à fortiori, une meilleure alimentation (d’où, fini les KFC, mon premier sera le dernier). Soit!

Journée sans histoire de nouveau, j’avance bien, les genoux font mal, mais la route est assez nivelée, je n’ai pas trop à me plaindre. Je fais un arrêt café à Deroche, où je rencontre le propriétaire du magasin de feux d’artifices de la ville qui finit son lunch (pour info, il n’y a que deux magasins dans le village, un café, et un de feu d’artifices, sont fous ces canadiens). Il est venu du pays de Galles il y a 30 ans, et depuis, milite activement pour transformer l’économie canadienne, il m’explique ses idées : le Canada peut vivre indépendamment des Etats-Unis en gros. Il promet de m’envoyer son bouquin quand il l’aura terminé et me remet des tracts à lire le soir dans ma tente avant de me laisser repartir.

Je roule presque sans arrêt jusqu’Harrison Hot Springs, une petite ville par laquelle on est passé mon père et moi au début de notre voyage. Le lac est toujours aussi beau, je me pose dans l’herbe, et me mets à chercher un camping sur l’iphone.

Un groupe de 4 hommes vient à ma rencontre et s’intéressent à mon voyage, on rigole pas mal tous les 5, surtout quand ils essayent à tour de rôle de lever le vélo sans succès. Pourtant Reg, Steve, Gilbert et Harvy sont taillés dans du roc, de vrais bûcherons. Ils sont mennonites, m’avouent-ils fièrement, pas de ces mennonites qui refusent l’évolution, non, une race plus moderne, mais tout aussi croyante selon eux. Harvy va m’héberger ce soir, il a plein de place à la maison, et ce sera un plaisir pour sa femme et lui-même. Waouw, trop content!

Je dois juste attendre que la soirée discours (« storytelling ») à laquelle ils s’apprêtaient à assister soit terminée. J’ai donc 2 heures à tuer, je me promène près du lac, fais la rencontre de Selohon, une fille de mon âge qui se promène bible à la main. Elle a perdu sa soeur il y a quelques semaines, et m’avoue que ne sachant trop où trouver des réponses, elle s’est mise à lire la bible…

Juste le temps de manger un burger, de retourner un peu près du lac assister à la fin d’un petit concert sous chapiteau, et Harvy me sonne. Reg jette le vélo dans son pickup, et les bagages et moi, on monte dans la voiture d’Harv et Bev, sa femme. On passe la soirée dans leur immense salon, à discuter autour d’un verre de vin, j’en apprends pas mal sur leurs vies, leur Eglise, et sur le Canada en général. Harv est ingénieur, et travaille maintenant à son compte, avec sa femme et son fils. Ils vendent des systèmes de lubrification spécialisés. A côté de cela, ils sont aussi bikers (à moto), et me montrent quelques albums photos de leurs derniers voyages… Bref, une toute bonne soirée, un peu longue à expliquer, mais qui se finit, vous l’aurez deviné, par une bonne nuit de repos… Demain matin, ils se réveillent à 7h30, s’agit pas de faire ma larve!