Harrison Hot Springs – Manning Provincial Park (90km)

7h30, mon réveil sonne, j’avais mis 2 alarmes sur l’iphone, histoire d’être sur de m’éveiller! Douche rapide, préparation des sacs, et je descends rejoindre mes hôtes à la cuisine. Leur fils Rick déjeune exceptionnellement avec eux, avant de démarrer la journée. Il est content de me voir, c’est qu’ils ont plutôt l’habitude de se contenter d’une tasse de café le matin. Aujourd’hui, c’est la fête, Bev nous a préparé à chacun une sorte de toast à l’oeuf avec bacon, et j’ai même droit à un petit lunch packet en supplément, waouw!

On boit quelques tasses de café, ils me font visiter l’entreprise au fond du jardin, puis Harv prend sa voiture et nous redépose, le vélo et moi, au même endroit qu’hier soir. On s’entend bien, pas envie de se quitter… Je promets de lui écrire une fois à Québec. En attendant, il peut toujours me suivre sur le site.

Avant de démarrer, je passe au magasin de chasse de la ville et fais l’acquisition d’un spray anti-ours, d’un anti-moustiques et de 4 piles pour ma lampe de poche frontale. Ca y est, je suis paré pour l’aventure, ou presque… Un subway footlong, histoire de pas avoir faim en chemin, et je démarre, en direction de Hope, il est presque midi.

Les premiers kilomètres sont easy game, la route longe la rivière Fraser, sans vraiment monter ni descendre. Quand j’arrive à Hope, j’ai déjà fait 40 km, et il n’est que 15h. J’hésite à continuer, le prochain camping est dans la parc naturel Manning, à presque 70km. Je resterais bien à Hope, mais il y a tellement de vent au bord de la rivière que la nuit risque d’être pénible. Tant pis, je risque!

Je bois un café histoire de m’exciter un peu le coeur, et démarre par une énorme côte pile à la sortie de la ville, la Hope Slide, du 7% sur 10km, de la pure folie! Dans la côte, je croise quelques groupes d’auto-stoppeurs, dont 2 gars, Nico et Jonathan, un français et un namurois, qui s’en vont cueillir des fruits dans la vallée de l’Okanagan.

Je continue l’ascencion et apprends d’un couple de retraités arrêtés sur une aire de repos que la journée est loin d’être finie, le parc Manning est encore loin, et surtout, il reste l’Allison Pass à grimper, à 1341m de hauteur.

Avant le parc, la route descend longuement en passant par la Sunshine Valley, une longue et superbe vallée ensoleillée il y a la Sunshine Valley. Il n’y a pas de camping, mais quelques maisons, où il y aurait sûrement moyen de trouver refuge pour la nuit. Obstiné, je continue sans m’arrêter, toujours persuadé d’arriver au camping dans les temps…

Je fais donc mon entrée dans le parc Manning, il est passé 19h. C’est très sauvage, très joli, mais les côtes se suivent et se ressemblent de moins en moins, ça devient de plus en plus montagneux et rocailleux. Lors d’un stop en pleine montée, je fais la connaissance de 2 québécois à moto, Yves et Marianne, et passe un peu plus loin devant l’affreuse scène d’un accident mortel de camion tombé dans un ravin.

Les heures passent, il va bientôt être 22h, il commence à faire nuit. Je ne suis toujours pas à l’Allison Pass, et encore moins au camping! Mes jambes sont naze, je me rends compte qu’il faut que j’abandonne : ce serait trop dangereux de continuer de nuit! Non seulement il y a les animaux, mais aussi et surtout les doubles camions qui roulent à toute vitesse sans s’écarter de mon pauvre vélo.

Je fais du stop. Essayer d’arrêter un 4×4 avec benne, ça marche pas! Je commence à pétocher, j’ai 90km dans les mollets et ils veulent plus rien entendre! Dernier recours, j’emploie la méthode autostop du Rochus (expérimentée à maintes reprises lors des grèves du TEC) : commencer par un geste normal du pouce, l’agiter de plus en plus au fur et à mesure que la voiture s’approche, puis, une fois la voiture à hauteur, finir par une position de mains jointes en prière, en mimant « Sivouplait, Sivouplait » sur ses lèvres!

Ca marche, John s’arrête! Il comprend et accepte de m’aider direct. On charge le vélo dans la benne de son gros pickup, et il redémarre au quart de tour. Il est crevé lui aussi, il a passé la journée en bagnole, à faire l’aller-retour entre ses deux ranchs, et n’a qu’une envie: arriver à Princeton et dormir! Il me dépose 20 kilomètres plus loin, au Manning Park Resort, une sorte d’hôtel perdu au milieu du parc. La nuit est à 140$, trop cher pour ma bourse… mais en insistant un peu, le gars me propose une nuit dans leur sorte d’auberge de jeunesse pour 30$! Sauvé!

C’est Oliver qui gère l’hostel, une vraie folle rasée avec bandana sur le crâne! Ca fait presque 2 ans qu’il y habite gratos, en échange de l’entretien du bâtiment. Ce soir, il est tout content, car un compatriote philippin (qui est gay aussi) vient s’installer pour 2 semaines pendant que son équipe répare la route là où a lieu l’accident de camion. Je bouffe mes nouilles chinoises en les regardant boire leurs bières et rigoler en espagnol, puis ils partent faire un tour en voiture (une pipe au bord du lac, I presume?), pendant que je reste dans la cuisine, complètement vidé à caler sur la carte. Une chose est sûre, je ne veux plus continuer par la route du Sud que m’ont conseillé Harv & Bev, trop de dénivelé! Mais en même temps, si je prends au Nord, c’est Lac Louise, Banff et tutti quanti, qui théoriquement sont plus hauts en altitude! Un sale dilemme en gros, on verra ça demain, pour l’instant c’est une douche, et bonne nuit…