Manning Provincial Park – Princeton (72km)

J’ouvre un oeil… Suis toujours en vie, mais mes genoux sont bouillants! Du mal à me lever, vraiment! Je repense aux conseils des moniteurs de sports d’hiver, le 3e jour est le plus dur, c’est celui où les muscles sont les plus rouges, donc celui où le risque de chute et de fracture est le plus élevé. Ca doit s’appliquer au vélo aussi for sure, et, si c’est le cas, le plus dur est passé les amis…

Conforté par cette pensée, je me rendors une heure ou deux, puis vers 11h, me lève pour de bon. Un rapide coup d’oeil dans le couloir, l’hostel est désert. J’empaquette mes affaires sur le vélo qui a passé la nuit dans la chambre lui aussi, passe rendre mes clés à la réception, bouffe un burger en guise de déjeuner, puis démarre. Princeton est à 70km tout au plus, impossible à dire vraiment car pas de réseau pour googlemapper l’endroit sur l’iPhone.

Les 20 premiers kilomètres sont super agréables, route quasi plate, le long d’une rivière sous un beau soleil. Je roule vite, très vite même, Enya dans les oreilles, et je me régale… C’est beau, vraiment beau, presque à en pleurer.

Puis évidemment, les ennuis commencent. Ca monte, et ça monte sans arrêt. J’ai du mal aujourd’hui, pas tellement les muscles, mais plutôt niveau souffle. Va vraiment falloir penser à arrêter le tabac si je veux passer les Rocheuses… Il fait de plus en plus chaud, je perle des litres, ma propre transpiration me pique aux yeux, et le niveau de mon unique bouteille d’eau baisse dangereusement. Oui, vous avez bien lu, EAU, j’ai décidé de limiter le coca et autres saloperies sucrées à partir d’aujourd’hui! Une résolution comme ça par jour, et serai vite débarrassé de tous mes vices. L’arrêt de la clope ayant été reporté au lendemain, par faute d’une poignée de tiges restantes dans le fond du paquet, j’ai décidé de m’attaquer au coca, soit!

J’enlève mon t-shirt, histoire de limiter le bronzage de type cycliste cou et avant-bras, et là, ô souffrance… Je redécouvre cette petite panse que j’avais presqu’oublié! Dur dur de se réveiller gras après un an passé derrière un écran d’ordi à siroter du coca, histoire que la vie passe plus vite! Mais ne nous formalisons pas trop vite, rien n’est joué, il reste encore quelques milliers de kms, ça devrait aider, non?

Et donc, après plusieurs heures en danseuse à me concentrer sur l’effort, sans même jeter un oeil aux alentours, j’y suis enfin! Le Sunday Summit, 1282m. Quelle gêne, c’est que j’ai bien failli ne jamais en venir à bout de ce sommet du dimanche, placé sur mon chemin comme pour m’avertir qu’il était juste là en guise d’apéritif, et que ce qui allait suivre allait être bien plus sérieux.

Je me renseigne auprès d’un routier arrêté au sommet, il me rassure: le plus dur est derrière moi. Bien sûr, les 40 prochains kilomètres sont pas tout à fait plats, il y aura encore des efforts à fournir, mais rien de comparable au summit. Je repars confiant, encouragé par ces belles paroles (et par une longue descente), puis c’est reparti pour une heure de souffrance en côte, à du 10 à l’heure, avant d’arriver enfin devant l’énorme descente qui mène tout droit à Princeton.

J’entre dans la petite ville vers 19h, et retrouve le plaisir des enseignes lumineuses de la civilisation, après 2 jours passés loin de tout. Un petit coma d’un quart d’heure dans l’herbe, près de la station service, à sucer un glaçon, suivi d’un subway footlong chargé en légumes, et en avant pour le camping municipal, le River’s Edge. C’est papy et mamy qui tiennent l’endroit, tous les deux très sympas. Pour 15$ la nuit, je plante ma tente au bord de la rivière, à côté de celle de Brad, un biker qui vient d’arriver. On sympathise direct, il a la cinquantaine, vient de perdre son job, et s’offre un super tour à moto avant de reprendre la vie normale…

Il s’installe à la table de pique-nique, armé de son ordi portable, pour écrire son journal. Je parviens pas à capter le wifi pour ma part, c’est que le powerbook se fait vieux. Je décide donc de me boire une bière en ville en terrasse, d’écrire la journée dans mon cahier, avant de rentrer au camp et souhaiter la bonne nuit à Brad qui propose de déjuner ensemble demain matin. L’endroit est calme, le ciel est dégagé, le bruit constant de la rivière me berce, et je m’endors comme un bébé, sans même penser à la longue route du lendemain.