Princeton – Bankier (55km)

– « Jerôme, Jerôme, time to wake up! »
– « Oh ok, Brad! Thanks! I’ll be there in a second. »

Quand même plus pratique d’être deux pour le matin, surtout quand on est pas celui qui réveille l’autre. Brad m’attend dehors, il est en train de faire du café. Je m’oblige à me lever, empaquete tous mes trucs en vitesse, sors saluer mon ami biker, démonte ma tente, la replie et range le tout sur le vélo, en un temps record.

Voilà, ca y est, je suis prêt. Brad n’en revient pas, l’eau pour son café est tout juste en ébullition. Il me sert une tasse et me prépare un bol de porridge, on déjeune calmement en discutant avec papycool, le propriétaire du camping, puis on se quitte d’une vraie poignée de mains de bikers, échangeant nos emails et se souhaitant bonne route.

Je profite du wifi gratuit du camping pour skyper les parents, histoire de prendre des news, donner ma position, etc. Je tombe sur Père. Mère est en ribote (en promenade), parait-il. Ca fait bizarre de l’entendre comme çà, après avoir passé un mois 24/24 avec lui… J’ai presque l’impression qu’il est quelque part dans la ville et que je vais le rejoindre dans 10 min.

Un petit tour a l’office du tourisme se renseigner sur la route, un teen burger, un remplissage en force des bouteilles d’eau et en route. Aujourd’hui, je suis le Railway trail, une ancienne voie ferrée désaffectée, aménagée pour piétons, cyclistes et cavaliers. Il y a un peu moins de 100km jusqu’à Summerland, ça me semble faisable, surtout qu’il est moins de 10h du mat.

Bien sur, je pourrais écouter les conseils des autochtones qui me disent : « Non, non, ne prends pas la voie ferrée, c’est trop dûr! Prends plutôt la grand-route parallèle! » Mais bon, le gars à l’office du tourisme m’a juré qu’il n’y aurait pas de problème avec mon vélo, et que même si c’est un chemin de terre, je vais pouvoir passer sans problème… Et puis, il y a surtout le fait que la pente de la voie ferrée est constante… Autrement dit, ça grimpe doucement pendant les 40 premiers kilomètres, avant de descendre pour les 60 suivants. Ca me plaît assez comme concept, et je démarre à fond de balle.

Les 15 premiers kms sont easy game, il fait bon, chaud même, mais je me sens bourré d’énergie et tout va pour le mieux. J’ai la conviction que je serai arrivé à Summerland bien avant 19h.

Tu parles! Les choses vont se compliquer, la route, bien tassée au début du trail, est de plus en plus sablonneuse et cabossée, et le vélo glisse sans arrêt de la roue avant. Je donne tout, mais commmence à fatiguer, le soleil tape, pas une seule zone d’ombre!

Quand j’arrive au tunnel, il reste encore 16km de montée, et le peu d’eau qu’il me reste des 3l que j’avais emporté est imbuvable car bouillant! Commence à faire soif en gros! La paysage est beau, mais je le regarde même plus, je me contente de pédaler en salivant, la route indique une auberge, la Jelicoo Inn au sommet. Je m’imagine une bière fraiche, avec des cacahuètes en entrée, et quelques sandwiches pour continuer…

J’y arriverai jamais! Le chemin me crève trop! Je roule encore une heure, puis aperçois la grand-route en contrebas, je coupe à travers bois pour la rejoindre… Bordel, du bitume, quel bonheur, j’ai presque envie de l’embrasser, tiens! Sur le coup, je pense aux Romains et leurs Via Romana, je comprends mieux leur domination du monde antique. La route, c’est quand même le pied à côté d’un chemin de terre.

Je continue donc sur la grand-route, en contrebas du trail. Sur la carte, on dirait que le trail et la route se rejoignent à la Jelicoo Inn, que demander de plus? Je pédale donc lentement, histoire d’économiser mes forces. Je passe devant un lac, superbe, mais pas la force de m’arrêter… Il faut que je boive, et fissa, ça commence à presser là.

De l’autre côté de la route, un panneau indique le « Jelicoo Inn B&B » à 2km, le chemin de terre monte presque à la verticale! C’est pas vrai, la carte m’a menti, et en plus, si ça se trouve, c’est qu’un B&B, et même pas une auberge… Désemparé, j’arrête une voiture. L’homme me dit d’encore rouler 3-4 miles (5-6km), que je vais arriver à un petit magasin, où je pourrai manger et boire à volonté… Je remonte donc en selle. Il est 17h, suis parti a 10h, encore fait que 50km et ai épuisé toutes mes forces sur ce maudit chemin de terre… Je m’en veux, j’ai vu trop grand comme d’hab!

30 minutes plus tard, j’arrive enfin au magasin, je titube, la tête qui tourne… Une petite vieille derrière le comptoir.

– « how much to buy everything? »
– « A lot, forget it », me répond-elle de mauvais poil.
– « I’m so thirsty you know, I think I could drink all your stock! »

Elle me sert un grand verre d’eau glacée, j’en affonne 3 d’affilée, puis ça va mieux… Je fais le tour des 2 rayons et dévalise la boutique. Un coca, un tonic, un mars, un snickers, un chips, un chili en boite et une soupe aux tomates (au cas où je camperais dans le coin). Je craque pour le coca, c’est vrai, mais je résiste aux clopes… En fait j’y pense même pas!

Je me tape dans l’ombre et déguste mes achats sucrés. La femme ferme boutique en claquant les portes, elle a vraiment l’air chiante! Je reste une bonne heure sans bouger, allongé dans l’herbe, j’en reviens toujours pas comme j’ai forcé, il faut vrmt que j’apprenne à me ménager, sinon je le ferai jamais jusqu’à la côte Est, that’s for sure!

Je m’installe sur la petite terrasse du magasin, pour y faire chauffer ma conserve de chili con carne, un délice! Surtout par cette chaleur! Puis, je remballe tout et hésite à continuer. Summerland est a 50 bornes environ… mais en même temps, de l’autre côté de la route, il y a une pancarte qui indique « b&b cyclists welcome », pourquoi pas aller voir?

Le B&B de Carol est un ensemble de petites cabines, éparpillées dans un sous-bois, et décorées avec soin. L’endroit est génial, elle me demande 40$ pour la nuit, déjeuner inclus. Elle voit que j’hésite, c’est vraiment pas cher, mais bon… Elle insiste et m’énumère tout ce à quoi j’aurai droit demain matin ; oeufs, bacon, toasts, etc. On dirait qu’elle a remarqué à quel point j’étais out, et je la soupçonnerai même par la suite de m’avoir fait un prix que je ne pouvais décemment pas refuser. Elle est vraiment gentille en tout cas…

Je pose mes sacs, et m’écroule sur le lit! Quand je me réveille, il est passé 22h, je m’offre un bain mousse bouillant dans le chalet d’à côté, un bonheur! Puis, c’est soins du visage complètement cramé, soupe aux tomates, copie des photos sur l’ordi, écriture de ces quelques lignes, avant de sombrer de nouveau jusqu’au lendemain matin.

2 réflexions au sujet de « Princeton – Bankier (55km) »

  1. Salut Jérôme!
    Comme pour le tour de la mer du Nord, je suis attentivement tes aventures! C’est passionnant! Je ne sais pas comment tu fais pour rouler (en côte surtout) avec un tel chargement… c’est admirable!
    Tes photos sont magnifiques en tout cas! On voyage par procuration grâce à toi!
    Et sinon, toujours pas d’ours en vue? Décevant tout de même … ;-))
    Je te souhaite 1 bon courage et 1 bonne continuation!! Enjoy!
    Sophie

  2. Hey Sophie 🙂

    Bien content que tu suives l’aventure! Tu deviens une lectrice fidele, suis flatté!
    Pas d’ours en vue mais je croise les doigts… V arriver bientot ds les vraies Rocheuses, c’est la qui se cachent tous..

    J’espere que l’ete se passe bien pr toi en tt cas… A mon avis oui, car a l’heure ou j’ecris ces lignes, le mardi de la fete a dlp bat son plein!
    Have fun, biz

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