Bankier – Summerland (70km)

Journée un peu plus cool, du moins, en prévision. Réveil plutôt matinal dans ma petite cabine, empaquetage du vélo encore à moitié endormi, brossage de dents, application multiple de crème après-solaire (suis brûlé sur tout le visage + avant-bras, la cata) et enfin un bon déjeuner en terrasse avec mes hôtes du jour, Carol et Rick.

Bacon brûlé (pourquoi donc le griller autant?), oeufs et toasts, le tout avec café et jus d’orange, parfait pour démarrer la journée. Je regrette de moins en moins d’avoir lâché ces deux billets de 20$. On parle longtemps tous les 3, de la route à venir, du coin, de leurs vies à eux, on s’entend bien. Ils m’offrent un tube de crème solaire et des lunettes teintées, Carol me fait visiter son atelier de poterie et ses serres bio, puis, échange d’emails et je reprends la route.

Oui, vous avez bien lu! LA ROUTE! C’en est fini de cette soi-disant ancienne voie ferrée aménagée pour vélos, on m’y reprendra plus! Quand je pense qu’hier, j’ai usé toutes mes forces à tenter de maintenir la roue avant hors du sable et des nids de poule… Non, non, aujourd’hui, assez rigolé, je reste sur le bitume.

Mais la route d’asphalte qui traverse le village n’est qu’un leurre, quelques kilomètres plus loin, toute trace de civilisation disparaît à nouveau, et c’est du gravier tassé que j’ai sous les roues.

Assez de jérémiades mon gars, après tout, c’est déjà bien mieux qu’hier. Ca monte, ça descend, mais au final, ça descend plus que cela ne monte, plaisir. Le paysage est sec, dans des tons jaune-vert, mais je m’en fous, je roule sans reprendre mon souffle ou presque. Envie d’arriver à Summerland tôt dans l’après-midi, de me poser, et de poster quelques news…

Il me faudra quand même 3h d’efforts immodérés pour atteindre les premières maisons de Summerland. Je récupère du 3g, googlemaps m’indique la ville a 6km, et il reste une dernière et énorme côte à franchir. J’hésite… Après tout, la route a rejoint la voie ferrée, l’état du chemin est pareil à celui d’hier, mais au moins, pas de côte, juste une pente douce qui descend vers le centre-ville. Je me lance… Mauvais choix, c’est un vrai Dakar, les roues s’enfoncent et patinent dans le sable, il me faut descendre et pousser plusieurs fois pour m’en sortir. Je force pendant 20 minutes, ça finit par passer, et je tombe sur l’ancienne gare du chemin de fer, aujourd’hui transformée en musée.

J’ai envie d’un coca, mais je me force à prendre une eau (au même prix), je me dis qu’il y a que comme ça que j’y arriverai, à force d’auto-suggestion et d’association de l’idée d’une gorgée d’eau et non de coca en cas de grande soif.

Il fait à mourir de chaud, je sue comme jamais, mon visage et mes avant-bras sont recouverts de minuscules grains de sel, encore jamais vu ça! Heureusement, la route descend maintenant en pente forte jusqu’à la ville, et, il n’y a rien à faire, un peu d’air frais sous les aisselles, c’est quelque chose qui ne se refuse pas dans la vallée de l’Okanagan.

Je traverse la ville sans m’arrêter et continue la descente vers la plage. Rick m’a parlé d’un camping au bord du lac. Le camping en question est dégueu, tenu par une vieille mégère qui refuse de descendre son prix en dessous de 35$ + taxes. A ce prix là, et pour dormir sur de la boue, je préfère encore rouler! Je m’arrête à la terrasse d’un hôtel près de la plage, le seul bar de l’endroit et fais connaissance avec un couple de français dreadlocks style.

Marie et Kevin viennent de Toulouse, ils sont ici pour cueillir des fruits l’été, histoire de voyager en Asie l’année prochaine. Parait que ça marche pas des masses, et qu’en plus, ça paie pas terrible, mais bon, ils ont la pêche quand même!

Je repars vers la ville dans l’idée de manger un bout, il est pas loin de 14h. Dans la rue principale, j’interpelle une fille (de nouveau avec dreadlocks) qui se balade presque à poil. Michelle va chercher des provisions au liquor store, et me propose de les rejoindre, elle et ses amis, dans le parc de la ville, à l’ombre, précise-t-elle.
Je me prends une bière, que je bois comme un clodo assis à l’ombre du mur du magasin, avant de me faire jeter par le gérant. J’oublie tout le temps qu’ici, il est illégal de boire en rue… Je bouffe un bout, un peu assommé par ma 50cl que j’ai du affonner, et pars retrouver mes amis au parc. Je sais toujours pas où dormir ce soir, peut-être qu’ils pourront m’aider…

Michelle est dans l’herbe avec 3 autres gars, un québécois bien sympa, un américain qui a la gueule de John Lennon, et un autre un peu allumé que je sens pas trop. Ils sont tous ici pour cueillir de la cerise, et dorment comme ils peuvent sur les plages et dans les bois. Ils me proposent qu’on se bourre la gueule sur la plage et qu’on dorme tous là-bas… Je sais pas pourquoi, mais je le sens pas trop…

Je décide de suivre mon intuition, et, une fois n’est pas coutume, me prends une chambre au motel le moins cher de la ville. Bon c’est chéros comparé au camping, mais au moins on dort dans un lit, et il y a un wifi pour vous donner des news. Je quitte donc mes amis et m’installe dans la 207, au Rosedale Motel. Airco à fond, bain froid, bière au pub du coin, c’est le grand luxe, j’ai l’impression de retourner 3 semaines en arrière, moment béni où mon père et moi nous nous offrions tous les soirs la tournée des grands ducs…

Demain, ce sera Kelowna, à une cinquantaine de kilomètres plus loin sur le lac. Katika, une ancienne collègue canadienne de Twenty4Help, m’y a renseigné l’adresse de son amie Kim, qui n’est pas en mesure de m’héberger, mais qui est dispo pour boire un verre ou faire un tour de ville, je dois lui sonner quand j’arrive là-bas. A côté de cela, j’ai commencé à contacter des membres sur warmshowers.org, un réseau d’hospitalité, à la couchsurfing, mais pour cyclistes… On verra s’ils me répondent d’ici à ce que j’arrive en ville, sinon, ce sera camping once again mes amis…