Kelowna – Vernon (65km)

8h! L’alarme « camp de concentration allemand » de l’iPhone a beau sonner et resonner, pas moyen de trouver la force. Encore heureux qu’il n’y a personne d’autre dans le dortoir, sinon je me serais déjà fait lyncher! 10h30, le réveil sonne toutes les 10 minutes depuis 2 heures et j’ai plus trop le choix, il me reste 30 minutes pour dégager, sinon je serais bon pour payer une deuxième nuit, la fille à la réception a bien insisté là dessus hier soir!

Je remballe mes affaires, roule mes vêtements propres pour économiser un peu de place dans les fontes, sors le tout en vitesse et l’installe sur le vélo. En me penchant pour fermer la porte de la chambre, je réussis à m’enfoncer la tête d’un clou dans le crâne. Putain! La file à l’accueil m’entend jurer dans le couloir, elle débarque direct.

– « Hey, how is it going? You need help? »
– « No, thanks. I just got hurt with this stupid thing in the wall there! Fucking nail! »
– « Sorry about that! To be honest, it happens all the time. We really need to remove this motherfucker! »

Bon je saigne pas, c’est pas trop grave, et puis, avec mes cheveux longs, on n’y verra que du feu! J’en profite donc pour rendre les clés à la fille, faire un geste de la main à la jeune assemblée silencieuse qui comate déjà devant la télé dans la pièce commune, et démarrer.

Il fait chaud, beaucoup trop chaud que pour faire la route maintenant. Je déjeune calmement dans un Triple O’s, puis me réfugie une fois de plus à l’ombre d’un arbre dans un parc public des faubourgs de la ville. J’y rêvasse jusque 15h, avant de décider à démarrer. Il fait toujours aussi chaud, mais la route est pas trop dure, ça monte un peu, mais le vrai problème est qu’il n’y a pas un centimètre carré d’ombre. Je m’autorise un arrêt afond à chaque magasin ou station service sur ma route. Une bouteille d’eau glacée dans le gosier, les dernières gouttes dans le dos sous la chemise et c’est reparti!

20km plus tard, une belle et longue descente s’offre à moi comme une récompense et me fait m’arrêter au bord du lac Wood et ses eaux bleues-vertes qui scintillent dans le soleil de l’après-midi.

A l’Ouest, dans le ciel, un énorme nuage de fumée grandit à vue d’oeil, sûrement un nouveau feu de forêt… N’empêche, il a l’air sérieux celui-là, bien plus que celui de Peachland. Je roule au bord du lac jusqu’à Osaya, petit village à la jonction des lacs Wood et Country. Pas de dénivelé, c’est une bonne chose, mais pas de bande de pneus crevés non plus, et ces putains de camions qui s’écarteraient même pas d’un mètre quand ils me dépassent. Grrr! Du coup, j’ai pas trop le loisir de perdre mon regard sur le lac et son immensité, faut se concentrer, sinon c’est l’accident à coup sûr.

D’après le tenancier du petit magasin d’Osaya, faut que je me prépare mentalement. Je vais souffrir : à partir de maintenant, la route déchire tout le long, jusqu’au pied de la Predator Hill, où, là, ça surdéchire sur 3km, avant de redescendre calmement sur la ville de Vernon.

Heureusement, le trafic s’est un peu calmé, mais, maintenant, c’est la fumée de l’incendie qui commence à m’attaquer les poumons. Le nuage se rapproche de plus en plus, il cache le soleil qui apparaît comme un gros disque rouge, presque une vision d’apocalypse. Pas le choix, il faut sortir de là! Un peu de musique dans les oreilles pour accélérer la cadence, et je finis par arriver assez facilement au pied de la Predator hill.

De l’autre côté de la grand-route, 2 cyclotouristes suréquipés se sont arrêtés, les premiers que je rencontre, je ne peux pas ne pas traverser! Ils viennent de Vancouver et se font un tour de 2 semaines dans la région Rocheuses-Okanagan… Une petite photo souvenir, je profite de l’occasion pour me débarrasser d’une carte de visite supplémentaire, et on repart, chacun de son côté.

20 minutes plus tard, le sommet de la Predator Hill est déjà derrière, easy game, et je me prépare à entamer une descente en roue libre sur Vernon. La ville est calme, très calme, presque déserte. Aucun camping à moins de 20km, ni d’auberge de jeunesse, et il est déjà tard…

Je commence à tourner dans la ville, tente d’accoster l’un ou l’autre, dans le but de trouver une bonne âme pour m’héberger, mais ça marche pas… Puis, après 2h à tourner dans les parcs et les rues, les poulets commencent à avoir des soupçons. Ils m’arrêtent et me demandent ce que je cherche à tourner comme ça, et me font bien comprendre qu’il est hors de question de camper dans le parc. « Don’t even think about it! »

Bon ok, j’abandonne! Après tout, pourquoi ne pas s’offrir un petit Travelodge, en souvenir du bon vieux temps avec mon père? Le patron est sympa et, en discutant un peu, il me fait 25% sur la chambre. Je m’installe à mon aise, air-co à fond et verre de coca avec glaçons, tout en discutant avec mes voisins de motel qui sont là pour un festival de bateau à rames. Un subway et une bière dans un café naze plus tard, et c’en est assez que pour rentrer m’enfermer dans ma chambre et sombrer jusqu’au lendemain.

3 réflexions au sujet de « Kelowna – Vernon (65km) »

  1. Hello man,
    Heureux de pouvoir lire tes nouvelles aventures, cela nous fait voyager nous aussi. Tu as vraiment de la chance de pouvoir faire cela…
    A bientôt.

  2. Bonjour Mr de Saint Exupéry,

    Note que finalement tu n’es pas seul à faire ce tour à vélo. On est tous à pédaler chaque matin derrière toi vers la nouvelle étape.

    En tout cas avoir de tes nouvelles me fait bien plaisir. Je suis un lecteur assidu !

    Un habitant du Tyrol

    PS:Au fait tu ne sais pas où tu as mis la matrice reverse profiler (le fichier bin) :–)?

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