Vernon – Sicamous (95km)

Je quitte l’hôtel au moment du check-out, super bien dormi, un bon 10h,  ça change des 6h de sommeil dans l’auberge de jeunesse de la veille. Un petit déjeuner au Tim Hortons sur la grand route, pas trop cher et bien varié, puis c’est parti. On attaque la route!

Aujourd’hui, l’objectif est Sicamous, à presque 80km, envie d’avancer un peu, et de sortir de l’Okanagan. Mais, pas de bol, quelques kilomètres après la sortie de la ville, alors que je roule vite, traversant un sale endroit où ils refont la route, je roule sur un débris et explose mon pneu arrière.

Je m’arrête dans la poussière à côté des bulldozers qui s’activent et démonte en vitesse. La chambre à air est foutue, percée de mini-trous sur toute sa longueur, impossible à réparer, et j’en ai pas de rechange.

Je pourrais faire demi-tour et redescendre sur Vernon, mais pas envie, je décide de pousser le vélo jusqu’à la prochaine ville, Armstrong à une dizaine de kilomètres. Après une heure de marche, je quitte la grand-route et me décide à faire du stop, un gars sympa s’arrête et charge mon vélo dans son pick-up.

Dans la petite ville d’Armstrong, il y a une sorte de magasin de seconde main qui fait aussi réparation de vélos. Le patron, dont j’ai oublié le prénom, est sympa. Il a pas mal voyagé dans sa jeunesse, on s’entend tout de suite bien. Je lui achete 2 chambres à air, remplace celle qui a explosé et m’apprête à repartir.

Le vent s’est levé, l’air est de nouveau vicié par la fumée du feu du Kelowna, il fait irrespirable, et on voit même des cendres qui volent dans l’air. Le patron me propose de rester chez lui pour la nuit, qu’on se fera un bon repas, que c’est trop risqué de rouler maintenant! Ca me tente bien, mais je refuse, j’ai vraiment envie d’avancer et de sortir de la région des incendies au plus tôt.

Je reprends donc la route (après un sandwich dans une fromagerie artisanale). Je trace assez bien, musique dans les oreilles, sans m’arrêter. J’arrive assez vite à Enderby, encouragé par la roue arrière d’un cycliste sportif qui me fait éviter le vent et me donne un objectif à maintenir. Une fois dans la ville, le cycliste tourne, je le suis, persuadé d’être sur la bonne route. C’est pas la bonne route, je roule 15km dans la mauvaise direction. C’est mon garde-boue avant qui, me rendant complètement fou à frotter sans arrêt contre le pneu, me fera finalement m’arrêter, hésiter, et regarder la carte sur l’iPhone. Je râle, mais pas trop le choix, faut faire demi-tour, l’autre route m’emmène droit vers les montagnes…

Il est déjà tard, mais plus d’odeur de fumée, et la route jusqu’à Sicamous est pas trop dure, c’est même super beau, une petite deux bandes assez calme avec d’un côté des lacs et de l’autre des rochers à pic. J’ai déjà oublié l’incident du détour…

Il fait quasi noir quand j’arrive à Sicamous. La petite ville, disons plutôt le gros village est apparemment la capitale du bateau de plaisance. En fait, une bonne partie des touristes passent l’été sur des bateaux-hotels privés qui sont même équipés de toboggans pour que les enfants puissent plonger plus facilement dans le lac. Je commence à tourner dans les rues, pas envie de payer de camping aujourd’hui, le Travelodge m’a coûté assez cher hier soir.

Il fait presque nuit, va pas être facile… Je m’arrête devant un magasin fermé, 2 personnes boivent une bière sur le seuil. Un homme handicapé des jambes qui m’adressera même pas la parole, et puis Joan, 41 ans, d’origine indienne, qui est déjà bien bourrée. Elle me propose immédiatement de dormir chez elle. « Sweetie, you need a shower and a good rest! You stay with me! Don’t worry » . Bon, j’hésite, c’est vrai qu’ils ont l’air un peu louches, mais après tout pourquoi pas?!

Je vais me promener un peu au bord du lac, avant de rejoindre Joan. L’homme, lui, a déjà disparu à l’intérieur du magasin tout noir et tout glauque. On passe lui acheter des clopes et 6 bières pour la soirée, puis elle m’emmène, dans le noir, en coupant à travers bois, jusqu’à son immeuble. Elle est complètement déchirée, je sens que la soirée va être spéciale.

On passe la soirée à discuter dans le canapé de son petit studio, elle me raconte absolument TOUTE sa vie pendant que je prends des notes. Faut dire que sa vie est limite incroyable, honnètement j’ai au moins de quoi écrire un bouquin dessus, « The incredible abnormous life of Joan ». Je crois que je lui consacrerai un article entier plus tard, quand j’aurai un peu plus de temps… (et j’ai des vidéos!)

En résumé, disons seulement qu’elle a été violée par son père a 7 ans, puis par un indien à 14, qu’elle a fait 13 ans de tôle pour avoir tué son premier mari qui la menaçait d’une machette, qu’elle a roulé 10 ans avec les Hell’s Angels, qu’elle a failli mourir dans un accident de voiture et qu’elle bosse maintenant comme première femme de chambre au motel Super 8, en attendant que son homme, son old man comme elle dit, sorte de tôle pour ivresse au volant.

On s’entend bien au fond, elle est spéciale, mais au moins, c’est un personnage, un vrai, et elle a le coeur sur la main! Elle me montre ses tattoos sur les cuisses, ses cicatrices un peu partout dont sur ses seins, se rapproche de moi… Aie, je sens que ça tourne à vinaigre. Je fais celui qui comprend pas, j’ai vraiment envie de dormir, et elle pas. « Go on, just lie down on the bed, Junior, you’re a man and a man needs to rest! »

Il n’y a qu’un grand lit, affreux! Je m’y couche, heureusement, mes pieds puent comme jamais, presque une arme anti-viol, faut vraiment que je me trouve d’autres shoes, celles-ci sont irrécupérables. Je tente de m’endormir, mais c’est pas facile, elle est pas fatiguée, et il lui reste encore 2 bières! Snif! Ah voilà qu’elle se cuisine quelque chose maintenant, je la surveille du coin de l’oeil… Elle m’amène une assiette, je commence à m’énerver!

– « Joan, I don’t wanna eat, I told you already, can I sleep a little bit now, PLEASE? »
– « Sleep Junior, sleep! I’ll join you soon… »
– (silence de souffrance)

Et en effet, à peine son assiette terminée, elle vient s’allonger à côté de moi. Enfin quand je dis s’allonger, je devrais plutôt dire, se coller contre moi, une main sur mon ventre.

– « Joan, sorry but I really need more room to sleep. »
– « Don’t worry Sweetie, I won’t touch you, I just want some arms around me, I’m not a cougar you know! »

Elle marmonne encore un peu, puis les bières finissent par avoir raison d’elle! Je suis fier de moi, j’ai réussi à l’avoir à l’usure…

4 réflexions au sujet de « Vernon – Sicamous (95km) »

  1. Ca sentait le coup fourré depuis le début mon Jérôme, ne me dis pas que tu ne t’es douté de rien du tout!
    En même temps, elle a son petit charme (hum… berk).

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