Sicamous – Revelstoke (75km)

9h, je me réveille, Joan somnole à côté de moi! Bonne nouvelle, elle s’est tournée de l’autre côté et ne me touche plus le ventre! Je me lève et commence à préparer mes sacs.

– « Sweetie, you got a long road to do! », me fait-elle en s’étirant doucement.

Elle se lève, me tend une tasse de vieux café imbuvable réchauffé au micro-ondes, et m’offre une plaque métallique « Bear X-ing » à accrocher à mon porte-bagages en souvenir. Je la remercie, prends son adresse pour lui envoyer une carte de Québec, puis démarre rapidement.

Petit déjeuner au Tim Hortons, histoire d’avoir quelques forces quand même, j’ai vraiment trop mal dormi et mes jambes sont nazes! Heureusement, la route est facile aujourd’hui. J’emprunte la numéro 1, la transcanadienne. C’est sans doute la route la plus fréquentée du pays, mais pas trop le choix, je vais devoir la suivre au moins jusqu’à Calgary, avant de pouvoir de nouveau repasser sur les petites routes de campagne.

D’après Joan, ça descend sans arrêt jusqu’à Revelstoke, good for me! J’avance en pédalant léger tout en repensant à la soirée d’hier soir. Phénoménale quand même cette bonne femme! Quelle putain d’aventure, j’oublierai jamais… Depuis qu’elle m’a raconté ses histoires avec les Hell’s Angels, je salue tous les motards, en me demandant à chaque fois si ce serait pas eux!

J’arrive à Revelstoke assez tôt, vers 16h grand max. Un petit burger à l’A&W, un comatage d’une bonne heure couché dans l’herbe d’un parc, puis il faut tout doucement que je me décide à chercher une place où dormir. J’ai besoin de me reposer pour du vrai aujourd’hui, demain, c’est les cols de montagne qui commencent, avec en entrée, le Roger’s Pass.

Je fais un tour de ville, Revelstoke est en fête ce week-end, c’est le « HomeComing », un événement qui a lieu tous les 5 ans et qui invite toute personne ayant habité dans la ville par le passé à y revenir, à revenir à la maison.

Ca commence cette après-midi par une exposition de voitures anciennes dans la rue commerçante, puis ça continue avec des concerts, des expositions de patchworks et autres couillonades. Je passe au ralenti au milieu des vieux engins, astiqués au coton hydrophile, et je manque de me faire renverser par un vieux con qui se croit tout permis avec son vieux char de 1950. Je m’énerve un coup, c’est que je commence à prendre de l’assurance avec ces sales voitures. Je veux bien les respecter, enfin je devrais plutôt dire, tolérer qu’elles me niquent mon ozone et saturent mes tympans à longueur de journée, mais il faut avant tout qu’elles me respectent en premier lieu. Du coup, j’engueule le gros lard dans sa décapotable, qui trouve rien à redire a part quelques insultes bas de gamme.

Les campings affichent complets, et l’auberge de jeunesse demande 40$ pr une chambre à partager. Poppi la tenancière veut même pas baisser un peu ses prix, alors que l’établissement est vide, faut pas rire! Je vais me poser au bord de la rivière, tout près de la bibliothèque et de la piscine.

Sur le parking, je fais connaissance avec une famille qui cherche aussi un endroit où dormir, on hésite à se lancer et camper côte à côte au bord de la rivière. L’endroit est parfait pour poser une tente, le seul probleme c’est les patrouilles de police la nuit. Je leur dis que je vais me débrouiller pour avoir une autorisation.

Je rentre dans le bâtiment et discute un peu avec Diana, la guichetière de la piscine, qui me renseigne 2-3 coins pour camper discrètement, tout en me faisant promettre de ne pas dire que l’information vient de sa part. Je lui dis que je vais quand même aller voir juste à côté, à la police, histoire d’avoir une autorisation officielle. Je n’obtiens rien d’officiel comme j’aurais voulu, mais 2 jolies blondes en uniforme me promettent d’éviter le coin de la rivière en patrouillant cette nuit, à condition que je sois un minimum discret et que je ne fasse PAS de feu de camp!

Je repars a la piscine annoncer la bonne nouvelle à Diana. Elle m’offre un prix d’ami sur l’entrée de la piscine, m’autorise a y aller en slibard et promet de jeter un oeil sur mon vélo pendant mes ablutions.

Waouw, welcome to paradise! Jamais eau n’a été aussi exquise, nager est un pur bonheur, et sous l’eau, c’est encore mieux. Je redécouvre littéralement cette sensation d’évolution en 3d dans un monde silencieux et rassurant. Sur le coup, je me dis qu’il faut sérieusement que je pense à me mettre à la plongée…

Je m’y vide la tête pendant au moins 2 heures, jusqu’à la fermeture, variant entre longueurs et sauna, puis en ressors tout zen, mais aussi bien fatigué. Sur le chemin qui mène au centre-ville, un bar propose une bière et un burger pr 10$. Tentant! Je m’installe en terrasse et sors mon carnet pour écrire la journée. A l’intérieur, un petit groupe reprend des bons vieux morceaux en accoustique, l’endroit est parfait.

Je viens de finir mon burger, la musique s’est arrêtée, une fille me rejoint sur mon mange-debout. C’est Rachael, une australienne, c’est elle qui était en train de chanter… Après quelques minutes, elle me propose de pioncer chez elle dans le canapé ce soir, que ce sera un plaisir, que sa première impression sur moi est bonne et que je serai plus que le bienvenu. En attendant, j’ai qu’à planquer mon vélo quelque part, et rentrer dans le bar écouter la suite du concert. Life is easy sometimes, pas vrai?

En sortant fumer une clope, je rencontre Brad, une sorte de Gucco, vraiment très sympa et très festif, c’est the guy to know in the town on dirait. Il me présente à presque  tout le café, les bières s’enchaînent et la soirée démarre en force! Merde, je déconne là, faut que je grimpe le col Rogers moi demain, je suis déjà déchiré, j’y arriverai jamais! Qu’est ce qui m’a pris de débarquer au centre-ville un vendredi soir? Il est à peine 23h, mais rien à faire, après 80km de route et 18 longueurs de piscine, 4 bières m’envoyent plus haut qu’une soirée aux aurores dans la carré! Qu’est ce que c’est bon de se bourrer la gueule à 10.000km de chez soi quand même, je m’en lasse pas!

Par contre, je suis pas très chaud point de vue gonzesses, j’ai trop bu je crois, mon anglais est de moins en moins bon, et ne parlons même pas de mon français avec les québecoises. Soit! Le concert est fini, Rachael a disparu, pas moyen de la retrouver! Heureusement, Gucco m’a déjà proposé au moins 10 fois de rester chez lui ce soir si ça me tente.. Où vais-je finir, où vais-je m’endormir? C’est ça qui est génial : j’en ai absolument aucune idée! Et, pour moi, rien que ça, c’est déjà une putain d’aventure mes amis!

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