Revelstoke – Roger’s Pass (85km)

8h, je sors de la tente. Brad est assis sur les marches du chalet, à boire du café et fumer des clopes, tout en passant des coups de fil à ses potes pour les réveiller. Exceptionnel quand même ce mec, 37 ans et la banane en permanence. Je bois une tasse avec lui et son coloc, puis remercie et démarre vers le centre-ville.

Faut que je bouffe un bout avant de démarrer. Je m’arrête au magasin bio de la veille, le « Mountain meals », vraiment un super concept et leurs wraps à la feta sont simplement délicieux. Je m’en prends 2, un pour tout de suite, et un autre pour la route, puis je traîne une petite heure près de la rivière, avant de me lancer.

La journée commence par 10km en côte dans la mauvaise direction, je rale d’être aussi con, mais au moins je suis échauffé. Je fais donc demi-tour et entame une longue longue côte à la sortie de la ville, seule issue vers l’Est. Fait très chaud et ça n’avance pas vite, mais, avec un peu de courage, ça finit par passer, et je continue sur ma lancée.

Puis, vers 13h, je prends une décision dangereuse : j’enlève mon t-shirt pour rouler torse-nu… C’est que le bronzage de type cycliste brun-blanc commence à me fatiguer! Et vaut mieux que je m’y mette dès maintenant si je veux faire un minimum sensation à Québec! Un peu de crème solaire sur une aire de pique-nique, un wrap dans l’estomac et un remplissage des bouteilles d’eau qui sont déjà vides aux jocks, et c’est reparti.

Fait soif aujourd’hui! Et quand je vois la côte de malade, qui se profile à l’horizon (8% sur 4km), je me dis qu’un arrêt coca dans un camping au pied de la côte s’impose, sinon j’arriverai jamais au dessus! J’en chie, mais ça finit par passer, comme toujours, et, au dessus, une petite descente m’amène, comme une récompense, pile à l’entrée du parc national des Glaciers…

La journée passe vite, pas le temps de penser à grand chose à part à l’effort physique à fournir. Il y a des jours comme ça où on se dit qu’on aurait mieux fait de s’entraîner un peu avant de se lancer, qu’on aurait sûrement plus profité des paysages et moins pensé à son rythme cardiaque. Le Roger’s Pass se rapproche tout doucement, du moins le pied du col, je m’arrête sur une aire de repos, qui fait office de camping de délestage, très sauvage, en pleine forêt, sans eau, sans rien.

Toutes les places sont prises, sauf une. Je discute avec un bon père de famille qui monte sa tente, sa femme et lui sont formels : c’est de la folie de faire le col ce soir. Non seulement, ça va être très dur, mais à côté de ça, les 2 campings suivants affichent complet. Non, non, d’après eux, je ferais mieux de poser ma tente ici ce soir, de boire une bière avec eux, et de démarrer tôt demain.

J’hésite… C’est que je commence à redevenir courageux, je crois… Et, après hésitation, je leur annonce que je vais le tenter ce soir, et qu’au pire, si j’y arrive pas, je reviendrai camper près d’eux… et je fais bien : je m’avale le Roger’s Pass en moins d’une heure, sans même forcer ou presque, un vrai col de pédé!

Une fois au sommet, mon corps est mort quand même : 85km sur des routes de montagne, ça use… Je m’octroye une lente descente en roue libre jusqu’au complexe du col. Je me sens vraiment bien, heureux, la tête vide tout tracas, et limite fier de ce que j’ai accompli aujourd’hui. Comme pour me récompenser, le paysage est fabuleux, du jamais vu, et c’est béatement que je souris aux montagnes qui se dressent, majestueuses, devant mes yeux fatigués.

Le complexe se limite à 3 bâtiments : un centre d’information, une pompe à essence et un hôtel. Je commence par un arrêt à la pompe à essence, envie d’un twix ou d’une connerie dans le genre. Le magasin est ouvert, mais les pompes sont à sec, les gens qui s’y garent sortent de leur voiture, passant de l’état d’étonné à celui de furieux, avant de redémarrer en trombe : la prochaine est à 80km! Un gars plus cool est garé sur le parking, il se fume un pur en gratouillant sa guitare, histoire de faire une pause avant de reprendre la route. Bien sympa, mais un peu fou quand même de rouler après son blunt, surtout de nuit! Mais bon, apparemment, c’est comme ça qu’ils fument ici, pur de chez pur, et à 35$ le gramme, ça fait plutôt cher le pécos!

Vu qu’il y a pas de camping libre dans le coin, je me tente l’hôtel: 80$ la nuit, la fille accepte de me faire 10%, mais ça reste trop cher pour ma bourse. Au pire, le mec de la station-service m’a autorisé à camper derrière le bâtiment, mais de un, c’est sur du béton et puis c’est bourré d’écureuils que je soupçonne capables de bouffer la toile de tente pendant la nuit…

Il ne reste plus que le centre d’information et j’aurai fait le tour. Kailey, 22 ans, m’y accueille avec un grand sourire. On parle un peu. Si je veux, je peux dormir dans son appart de l’autre côté de la route, c’est immense et elle vit toute seule là bas pour l’été. Faut juste qu’on soit un minimum discrets, car le règlement du parc national interdit d’héberger des touristes.

J’attends une petite heure assis devant l’hôtel qu’elle ait fini son service, puis on traverse la grand-route et on monte le vélo dans son grand appart tout vide.  Une douche et un tube d’aloé véra sur mon dos complètement cramé plus tard, et on s’installe par terre dans son salon pour une toute toute bonne soirée ensemble, à boire de la bière puis du thé, à jouer de la guitare et puis chanter. Elle est douée la Kailey, et est vraiment très sympa, ce qui ne gâche rien. Elle est mignonne aussi, mais on est sages, l’un comme l’autre, je crois que ça ne nous effleure même pas l’esprit, non, non, on passe juste une soirée agréable entre inconnus qui ne se reverront sûrement jamais, mais qui apprennent à se connaître quand même…

2 réflexions au sujet de « Revelstoke – Roger’s Pass (85km) »

  1. Salut Jé,
    On découvre ton site à l’instant… Vraiment le pied… On s’y croirait avec toi (et c’est pas l’envie qui manque Poupoule…). Superbes photos, commentaires bien fun… Et en plus, il est photogénique le mec… On te met directos dans nos liens, of course. Quel superbe voyage et des distances de malade. On est avec toi dans les moments difficiles… Vas-y super Jérôme et profites un max de l’aventure avec un grand A. On t’embrasse de notre petit pays de rien du tout. Woaw le Canada… On a des amis au Québec, on te file ça dans les prochains jours. On les met au courant de ton périple. Elena et Phil

  2. Yeah Jerome,

    Ca donne envie tout ca! J’negocie une pause-carriere avec Madame et on vient te rejoindre! 😛

    Bonne continuation en tout cas, et j’espere que t’as fait le plein de bonne zik parce que mon HD t’attend toujours!

    Coraggio,

    Cedric.

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