Golden – Field (65km)

Encore un matin… L’acclim a tourné toute la nuit, mais il fait toujours aussi chaud. Hier, j’ai sombré avec l’ordi sur les genoux, comme un bon vieux geek. La porte fermait pas à clé, je l’avais bloquée avec des sacoches, mais ai dormi que d’un oeil quand même. Un peu de jus dans les batteries, un peu de nouvelle musique sur l’iphone, un déjeuner oeufs et saucisses, quelques courses, et c’est parti.

La journée commence par la côte la plus dure et la plus longue jamais vue, juste à la sortie de la ville. Pas moyen de s’échauffer un peu avant, il faut s’élancer direct!  Après 100m à peine, je suis déjà arrêté, haletant sur le bas-côté, avec un bouquetin à 2m de moi qui me regarde l’air de dire :  « pourquoi tu montes par la route et pas par la montagne? »

La côte continue sur une dizaine de kilomètres avant de se calmer, je fais un arrêt à l’aire de repos kicking horse, tout s’appelle kicking horse ici, du nom de la rivière. C’est le rendez-vous des rafteurs, d’anciens bus scolaires servent de navette depuis Golden pour amener les kayaks et les touristes, leur slogan est simple et efficace « Prepare yourself to get wet »…

Après la rivière, c’est reparti! La route semble monter sans fin, elle passe sur un immense pont, assez neuf. D’après les autochtones, je dois m »estimer heureux, l’ancienne route était encore pire… Je suis presque au sommet, aidé par l’énergie d’un vieux Louise Attaque que je chante à tue-tête tout en pédalant en danseuse… Il se met à pleuvoir, à pleuvoir fort, c’est la première fois depuis le début du voyage…

Mes affaires sont pas couverts, je m’arrête sur une aire de repos pour routiers (après la côte, ils doivent se reposer car crampes dans les jambes?). Je parle un peu avec un groupe de motards, puis repars. Le plus dur est passé apparemment, la pluie a cessé, il reste juste un bon 20 kilomètres de travaux à traverser, sans place sur la bande des pneus crevés pour mon petit vélo.

La route continue par une longue descente dans la vallée de la Kicking Horse, c’est à tomber de beauté, je fais un arrêt sur le pont, sourire jusqu’aux oreilles et regarde les voitures qui passent à toute allure, sans même prendre le temps de jeter un oeil à la rivière. Comme ce monde va vite, ça m’épuise! J’en peux plus de cette folie de vitesse permanente, j’ai besoin de calme. Je commence à détester ces voitures et tout ce bruit: elles m’empêchent de profiter de la beauté des montagnes.

Montées et descentes semblent ne jamais vouloir finir, je suis presque à bout, je pédale à du 2 à travers d’immenses forêts de sapins qui semblent s’étendre à l’infini style seigneur des anneaux. J’arrive à Field en début de soirée, un vieux village historique pour le chemin de fer. L’endroit semble minuscule au milieu de la vallée.

Je m’arrête à une terrasse pour bouffer un bout, le serveur s’appelle Brady. Quand je lui explique que je viens de Belgique, il me montre direct du doigt les filles de la table d’à côté.

C’est comme ca que je fais la connaissance d’Isabelle, qui a étudié un an à LLN, d’Audrey et d’Hanna, qui m’inviteront à leur table et pour finir sur leur canapé pour la nuit. Isabelle et Audrey viennent de Montréal, et bossent ici pour l’été. Je suis le bienvenu dans la maison des jeunes, je dois juste être discret car le règlement interdit d’héberger des touristes.

Waouw, quel coup de bol encore, trop sympa ces filles! On finit notre repas, puis on se dirige vers la maison. Une dizaine de jeunes y habitent pour l’été, je rencontre d’abord Victor, le voisin, un gars très sympa, puis Matt au t-shirt rose qui vient de Winnipeg, qui économise pour ouvrir un Starbucks, puis Jess et Emilie, deux québecoises de Terrebonne, une ville sur mon chemin. Ah oui, il y a aussi Demi, une anglophone qui se fait souffler des phrases en Français par Jess, son professeur de l’été.

Ils décident de regarder la fin du dernier Harry Potter qu’ils ont commencé hier soir pendant que je pars me promener dans le village. J’ai vite fait le tour des 3 rues, et sur le chemin du retour, je croise Jess qui essaye de démarrer un feu de camp avec une seule bûche. On discute un peu ensemble, elle est vraiment sympa, et aussi très jolie, elle me rappelle un peu une certaine Amandine (dans ses jours de gloire).

On se fait vite rejoindre par la majorité des jeunes du village, et le feu de camp, somme toute bien modeste, se transforme en grand feu de joie, à partir du moment où Matt Mc Cool fait son apparition, avec un paquet de grosses bûches dans les bras. La soirée autour du feu passe vite, à discuter principalement avec Jess et Emilie… Rien à faire, ça fait du bien de parler un peu « français »! On finit tous les 3 dans la cuisine, à manger des tartines de choco et boire des verres de lait, avant de rejoindre le canapé pour l’un et leurs chambres pour les autres.