Banff- Canmore (35km)

11h, il est grand temps de quitter le b&b et de reprendre la route. Brenda, elle, est déjà partie tôt ce matin. Je profite une dernière fois du super petit déjeuner en compagnie de deux touristes hollandais, puis passe serrer la main de Scott, qui est de mauvais poil comme à son habitude, avant de décoller.

J’ai aucune envie de rouler, mes jambes sont nazes, je me sens plus vidé qu’autre chose par cette journée de pseudo-repos. Et si je passais voir le lac Two Jack avant de continuer vers l’Est? C’était quand même un de nos favoris à mon père et moi, puis c’est pas très loin, et, si j’ai vraiment pas envie de rouler, il reste toujours le camping du bord du lac.

Je parcours les quelques kilomètres qui m’en séparent. Evidemment, c’est en côte, une toute belle côte style Lac Louise, qui d’ailleurs, fait la joie des cyclistes de la région, à croire qu’ils se donnent tous rendez-vous là bas. Je m’installe au bord du lac, il n’a pas changé, il y a juste un peu (beaucoup) plus de monde que la dernière fois. Le niveau de l’eau a monté aussi, et la petite île est maintenant inaccessible à pied.

Je m’offre un petit plongeon et sors mon ordi pour écrire quelques news en retard. Un groupe d’asiatiques débarque, suivi d’un mec en costume blanc avec un pitbull et une belle asian en robe blanche. Ils viennent se marier devant le lac, si c’est pas romantique tout ça! Je regarde le pasteur faire son office, sous au moins un millier de déclenchements de flashes. C’est eux qui les fabriquent ces appareils photo, non? Ils devraient quand même savoir qu’un flash ça sert à rien face au soleil?

La cérémonie est terminée, le pitbull et ses amis sont partis, et c’est maintenant Don et sa « ravissante » (elle est dégueu, mais je commence à être en manque) fille Nicole qui s’approchent de moi pour faire causette. Ils sont au camping du Two Jack, mais, pas de chance pour moi, ils ont eu la dernière place, et il est maintenant complet. Je parle encore avec quelques passants, dont Renée, une américaine qui a pitié de moi et m’offre la fin de sa salade grecque, genre « de toute façon, on va la jeter… », avant de me décider à démarrer.

Il est 18h, le camping de délestage, un peu en retrait par rapport au lac, est à 10$ la nuit, et commence déjà à bien se remplir… Que faire? Reprendre la route ou rester ici? Le dilemme est de taille, l’endroit est magnifique et vaut la peine qu’on y passe la nuit c’est sûr, mais d’un autre côté, je n’ai rien à manger dans les sacoches et je commence à plutôt avoir les crocs.

Je décide de le tenter jusque Canmore. Scott m’avait prévenu que la route était montagneuse, mais à mon avis, il devait encore être bien bourré la dernière fois qu’il l’a faite, car j’ai jamais vu plus plat… Vent dans le dos aidant, les kilomètres décomptent rapidement, et, sur le coup de 20h, j’arrive à l’entrée de la ville. Le camping est complet aussi, et le prix des hôtels démarre à 120$, trop cher pour ma bourse. Après avoir tourné un peu, on me renseigne le Bear Hostel, une auberge de jeunesse à 35$ la nuit.

Coup de bol, les dortoirs homme sont tous pleins, et le mec m’ouvre une chambre de six, juste pour moi. L’hostel est nickel, la chambre spacieuse et les lits bien espacés, mais de toute façon, je m’en fous, car personne ne ronflera à côté de moi ce soir. Je range mes affaires en sifflotant, me détends dans un bon bain moussant, puis m’installe sur la petite table, armé de mon portable, pour finir ce que j’ai commencé avant d’aller sagement dormir.

C’est ce moment précis que Rob choisit pour faire son entrée dans le dortoir. Il me salue, souffle un coup, et jette son sac à dos au pied d’un lit. Il a 28 ans et est venu en stop d’Edmonton pour assister au festival folk de Canmore qui démarre demain. Il m’avoue d’emblée qu’il se sent bien désolé de venir troubler ma solitude et qu’il sait ô combien il est précieux et rare de tomber seul dans un dortoir de six. Mais que je m’inquiète pas, il se fera tout petit, et de toute façon, il ne ronflera pas. Le courant passe tout de suite bien, et on discute une bonne heure tout en vidant chacun une des plates de vodka qu’il cachait au fond de son sac, avant de se décider à bouger : des amis à lui jouent du métal dans un bar de la ville ce soir, il faut pas manquer ça!

Le bar en question, c’est le Canmore Hotel, il est blindé de monde (et de jolies filles). Une bonne chose pour Rob et moi, c’est qu’on est un peu tous les deux dans le même esprit « parler aux inconnus », si bien qu’on fait nos petits tours, tantôt du côté des tables de billards, tantôt du côté de la scène et qu’en une heure à peine, on connaît déjà la moitié du café… Il y a Emily, une petite blonde qui m’a hameçonné à peine entré et me suit comme un petit toutou, puis il y a Laura et Carrie, deux filles bien métal qui projettent de partir à vélo en Amérique du Sud avec Pascal, et bien d’autres, dont j’avoue que le nom m’est déjà sorti de la tête.

Après quelques verres, Rob commence à fatiguer, faut dire qu’il s’est enfilé une 2e plate de vodka sur le chemin. Il refuse poliment la bière que je lui propose et commande un dernier verre d’eau à sa serveuse préférée, une grande blonde bien sauvage à piercings, avant de se décider à rentrer dormir. Je l’accompagne, prêt à faire de même…

Sur le chemin, un autre bar, l’ambiance semble y être à son comble. Je suis chaud pour un dernier, mais pas Rob. Il me dit d’y aller, qu’on se verra demain matin, et continue seul vers l’auberge qui n’est plus très loin, juste de l’autre côté de la voie ferrée. Sur le devant, je fais la connaissance de Shawn, un grand indien bâti comme une armoire à glace à qui je demande une clope. En réponse, il exige direct mon passeport sur un ton limite agressif! Il me fout un peu les boules le salaud, surtout du haut de ses 2 mètres 10, mais je lui file quand même, prêt à lui arracher des mains et à courir à m’exploser le coeur s’il venait à déconner… Mais non, il voulait juste s’assurer que j’avais bien l’âge légal pour boire, et, une fois les vérifications terminées, il m’embarque avec lui jusqu’au Canmore pour le « Last Call », la dernière tournée avant la fermeture.

Il a envie de se déchirer le Shawn, et il nous commande 3 bières et un rhum coca chacun. Je lui dis que c’est trop, que ça me gène, etc, il s’en fout. « Tu es belge? », qu’il me dit,  « Hé bien, c’est le moment de le prouver. » Roooh, on affonne nos bières et notre rhum coca en 10 minutes chrono, ça commence à devenir dur. Je recroise Emily qui me parle en me tripotant les mains, elle aimerait bien qu’on se revoie demain, après son boulot, qu’on passe la soirée ensemble et blabla.

Elle est chaude, la petite. Bien sur, ça me tente… Mais bon, j’ai pas trop envie de payer une autre nuit à l’hostel.  Je lui demande si je pourrai dormir chez elle?! « Ooh, bien sûr, pas de souci! Voilà mon numéro, sonne moi demain matin avant mon boulot, et on s’arrangera pour se retrouver… »

Il est 2h du mat, les sorteurs commencent à gueuler pour que tout le monde foute le camp. Merde alors, Shawn et moi on est toujours en mode festif! On part se balader dans les rues à la recherche d’une after dans un appart, c’est pas gagné. Pourtant, Shawn accoste tout le monde, mais il est lourd, car bien trop saoul, et, avec sa carrure de bûcheron, il fait peur aux filles, et même aux hommes…

Il y en a une seule que Shawn n’effraie pas, Patricia. Elle est bien saoule aussi, et se balade avec un casque d’escalade accroché dans le dos, comme si elle revenait de la montagne. Elle est marrante et surtout très sympa, on parle un peu, je ne saurais plus dire de quoi, avant que je ne me décide à rentrer et laisser Shawn continuer sa mascarade inutile, c’est qu’il devient chiant à force.

Après avoir cherché une bonne heure le passage permettant de traverser la voie ferrée, me voilà devant l’hostel. J’ai les crocs, j’ai toujours pas mangé. Heureusement, il y a une pizzeria encore ouverte juste à côté. J’y retrouve Laura, Carrie et Pascal qui ont eu la même idée, ainsi qu’une jolie allemande, Tanja, qui me tape dans l’oeil à la première seconde. Elle a eu le même problème avec la voie ferrée, sauf qu’elle a pas perdu de temps à chercher le passage. Du coup, elle a déchiré son pantalon sur la cloture.

On bouffe nos pizzas en discutant un peu, je prends les numéros (des filles uniquement), et chacun s’en retourne sagement vers ses pénates. Waouw, quelle soirée de fou, cette ville de Canmore m’a vraiment fait bonne impression, aussi bien au niveau ambiance que taille de population. Une chose est sûre, je reste un jour de plus, et je vais voir à quoi ressemble ce fameux festival.