Canmore

Sifflet strident d’un train qui passe, Rob et moi, on sort de notre coma en même temps. Le dortoir est toujours désert, on a un peu la tête dans le cul, mais on va gérer… Rob propose d’emblée qu’on passe au magasin et qu’on se fasse pêter les oeufs et le lard dans la cuisine de l’auberge, histoire de démarrer du bon pied. Plutôt une toute bonne idée!

Après, il sera temps de dégager de l’auberge, il est déjà 12h! Ce soir, Rob dort chez son pote qui joue du métal, et moi, j’ai normalement le plan Emily… Je vais lui sonner tiens… Merde, je la réveille! Mauvaise humeur matinale ou pas, elle est beaucoup moins chaude qu’hier soir… Elle me fait comprendre qu’il faut d’abord qu’elle ait l’autorisation de ses colocs avant de me donner le feu vert pour dormir chez elle. Elle me rappellera dans moins d’une heure. Hum!

Vous l’aurez deviné, en honnête citoyenne canadienne qu’elle est, Emily ne me rappellera JA-MAIS! Mais bon, c’est pas grave, je commence à m’habituer aux moeurs du pays, et puis, il n’est que midi et j’ai encore plein de temps pour trouver une solution… Le festival ne débute qu’en fin d’aprem. En attendant, Rob et moi, on va se poser dans un parc, on y reste plusieurs heures, à l’ombre, lui à lire un bouquin, et moi à avancer sur mes news, le tout dans un silence religieux.

Le moment est super agréable. Laura, la métalleuse d’hier soir m’envoie un message, elle va nous rejoindre au parc avec des amies. On l’attend, en finissant le reste du lard et des oeufs de ce matin, et en jouant de la guitare. J’en profite pour contacter Tania, l’allemande, histoire de savoir si elle est toujours dans le coin. Pas de réponse non plus…

A 15h, Laura n’est toujours pas là et le festival va commencer. Rob a déjà sa prévente, mais pour moi, l’entrée du jour sera quand même à 25$, et, de toute façon, les gardes de sécurité refusent de garder mon vélo sous leur responsabilité. Va falloir laisser tomber l’idée du festival, dommage…

Je pars me promener en ville et m’arrête devant un café sympa, à l’enseigne bio, le CommuniTea Cafe. Ce qui est encore plus sympa, c’est que Patricia, la fille qui se baladait saoule dans les rues avec son casque d’alpinisme y travaille!  J’y passe une heure ou deux, à recharger mes batteries, écrire quelques lignes, discuter avec Patricia, ainsi qu’Angela, la cuisinière, qui m’a reconnu aussi, non pas de mes déboires alcooliques de la veille, mais parce qu’elle faisait du vélo près du lac Two Jack hier soir. J’adore les petites villes.

Il est pas loin de 18h, je me décide à retourner au parc, et à y attendre la tombée de la nuit pour y planter la tente. Plus facile à dire qu’à faire, le décor a changé : le parc est maintenant envahi par un troupeau d’une trentaine de cerfs, et le mâle dominant n’a pas vraiment l’air ravi de voir un concurrent dans le coin… Impossible de camper dans ces conditions. Je tente de sonner à Shawn, mon pote de la veille, qui m’avait invité à un barbec et à dormir chez lui ce soir, mais il répond pas. Bon, je crois qu’il va falloir se résigner mon vieux, et aller voir du côté du camping…

Sur le chemin, je recroise Patricia et Angela, qui ont fini leur service. Elles me proposent un petit verre en terrasse au Rose & Crown, un pub sympa du coin. Une fille les rejoint, Caroline, plus réservée que mes 2 amies, mais tout aussi sympa. Le courant passe vraiment bien et Patricia et moi on rigole pas mal quand on s’aperçoit qu’on est tous les deux francophones! C’est que depuis le début, on se parlait en anglais… Je me sens vraiment à l’aise avec mes trois nouvelles amies, et c’est vraiment un très bon moment que je passe avec elles, à discuter de tout et de rien, tout en mordant dans un burger maison.

Dehors par contre, l’ambiance est bien moins gaie : le vent s’est levé et il va pas tarder à dracher. Angela et Patricia cia me proposent de passer demain matin au CommuniTea pour un petit déjeuner gratuit spécial cycliste. Waouw! Et Caroline, elle, qui a pas mal voyagé de par le monde et qui semble connaître la situation dans laquelle je me trouve ce soir, m’offre son canapé pour la nuit!

Le seul problème qu’elle me dit, c’est qu’elle dort chez des amis, et qu’ils font un grand souper d’amis ce soir, une quinzaine de personnes. L’appart est immense, et l’ambiance très sympa, ça boit pas mal, et ça se relaie derrière les guitares, avec Wes, un pur talent, en chef d’orchestre. Moi, par contre, je commence à être claqué, j’ai parlé anglais toute la journée, presque sans arrêt, et gérer une conversation au milieu d’un groupe de 15 personnes est vraiment au-dessus de mes forces. Je parle peu, me contentant de profiter de la soirée en spectateur, sans me prendre la tête, et en me disant tout bas que j’ai quand même du bol d’avoir été accueilli comme ça à l’improviste.

Vers minuit, après quelques derniers afonds, le groupe quitte l’appart pour passer la fin de soirée au Canmore Hotel. Je reste avec Caroline, Sonia et Ryan, les locataires de l’appart. Ils bossent demain, sont fatigués, et surtout ont pas mal de rangement à faire après la soirée. Mais ça attendra demain, en attendant, chacun dans sa chambre, et moi, seul et heureux, sur le grand canapé du salon.