Calgary – Strathmore (65km)

6h, j’entends Laura qui descend les escaliers, il faut se lever. Elle ne travaille qu’à 8h, mais elle aime bien prendre son temps le matin. Je range le futon et prépare mes sacs pendant qu’elle prend sa douche, puis, elle nous fait du café et une énorme omelette végétarienne, le genre de petit déj qu’on aurait envie de manger tous les jours.

Dehors, ce n’est pas une surprise, il pleut à seaux. Il va pourtant falloir que je démarre, ça risque d’être comme ça pendant toute la semaine… Je remercie Laura, on se souhaite bonne chance pour la suite, et déjà, elle disparaît au coin de la rue sur son petit vélo.

Cette fille a vraiment été géniale avec moi. J’e monte en selle, et roule vers le centre-ville: faut que je me trouve un pantalon imperméable, sinon je serai malade dans l’heure.

Les magasins n’ouvrent qu’à 10h, je m’abrite comme je peux dans le centre en m’attendant, tantôt parlant avec une cycliste à la rue sous un porche, tantôt me séchant les cheveux dans les toilettes d’un café.

A l’ouverture, j’entre dans une boutique Patagonia, et m’offre le pantalon anti-pluie le moins cher, avant de démarrer. Il drache toujours autant, mais, au moins, mes jambes sont au sec, il n’y a plus que les pieds qui ramassent, faut dire que je roule en tongs vu que mes shoes sont trempées jusqu’à la semelle. Imaginez le tableau : tongs, pantalon noir en plastique, veste kaki qui ne waterproof plus beaucoup, affaires empaquetées dans des sacs poubelles sur le porte-bagages, barbe de 20 jours, … En gros, je ressemble de moins en moins à un voyageur, et de plus en plus à un clodo!

La ville est immense, presque 20km de large, il me faut plusieurs heures pour en sortir, et découvrir enfin ces fameuses prairies du centre du Canada, dont on me parle depuis plusieurs semaines. C’est vrai que c’est impressionnant! Des vallées encaissées aux mille forêts et rivières, on est passé, en quelques dizaines de kilomètres à peine, à des plaines à perte de vue. Car pour être plat, c’est plat! Et quand de temps en temps, je dois grimpe une minuscule-colline, j’ai à chaque fois l’impression qu’une fois au sommet, je vais apercevoir la mer.

Je fais un premier arrêt à Chestermere, petite ville calme au bord d’un grand lac. Je m’y réchauffe les pieds devant quelques tasses de café, et fait causette avec Wayne, la cinquantaine, qui compte bientôt partir à vélo avec sa femme lui aussi. Il m’hébergerait bien ce soir, mais il habite plus au Sud, ce serait un trop gros détour… Il essaye de m’aider quand même, et passe quelques coups de fil pour tenter de me trouver un lit à Strathmore, la prochaine ville, mais sans résultat.

Je me bouffe un sandwich au Tim Hortons et redémarre tant bien que mal. J’ai pas envie du tout, mais faut que j’avance, au moins un tout petit peu… Je roule jusque 18h, sans penser à rien, à part à mes pieds trempés, à un bain, et à une bonne nuit de repos au chaud.  Je m’arrête à l’entrée de Strathmore, dans cet espèce de no-man’s land qui précède chaque ville et dans lequel aiment à s’aligner par dizaines pompes à essences, fast-foods et motels. L’employée du Super 8 me fait la nuit à 65 au lieu de 90, un beau cadeau qui ne se refuse pas, surtout par ce temps.

Je monte mes sacs en chambre, enferme mon vélo dans la laundry et exauce mes petits caprices de la journée : un bain chaud, un changement de vêtements et une petite sieste. Puis, une fois reposé, je sors m’acheter quelques crasses à la station service que je grignote devant l’ordi, sur la petite table de la chambre, tout en postant quelques news et discutant avec les quelques lève-tôts du plat pays qui est le nôtre. Dehors, la pluie s’est arrêtée, le vent s’est calmé, et seul le bruit des poids lourds nocturnes vient de temps en temps troubler le silence de la plaine.