Strathmore – Bassano (100km)

Je quitte le motel vers 11h, la panse et les sacoches bien remplies au buffet du petit déjeuner. Je monte sur la grand-route et démarre direct, sans même passer par le centre-ville.

Il pleuvine toujours, mais ça va mieux qu’hier… Non, le problème du jour, ça va être ce vent de face, ce sale vent constant qui, s’il n’est pas assez fort pour faire plier les arbres qui bordent la grand-route, suffit amplement à me ralentir un maximum. La journée va être longue…

Quatre heures plus tard, j’arrive à l’entrée de la première « ville », Gleichen. Le compteur indique 40km, un petit 10 à l’heure de moyenne, le tout sur du plat! Ridicule, j’allais encore plus vite en grimpant le Roger’s Pass! Je me sens crevé, découragé, avec l’impression d’avoir déjà utilisé toutes mes forces, aussi bien physiques que mentales, de la journée. J »hésite un instant à tout laisser tomber et prendre un Greyhound jusqu’au Québec, sans rire.

Les prairies par ce temps sont une horreur! Non seulement, il faut forcer pour pouvoir avancer au pas, mais le pire, c’est qu’il est impossible d’avoir une notion de distance. Rien n’est là pour montrer qu’on avance, aucun repère. A part un arbre, une plaque routière, ou une ferme tous les 5km, il n’y a rien, rien que des champs et des champs aussi loin que le regard puisse porter. Et dire qu’il y a 2000km comme ça avant d’arriver en Ontario, snif…

J’entre dans Gleichen, j’ai qu’une envie : me poser! Camping, motel, ou hôtel, peu importe, il faut que je m’arrête! Je suis prêt à payer le prix plein s’il le faut, je veux descendre de cette foutue selle! Mais la ville comme ils disent, c’est un hameau de trois rues sur deux, avec une station-service des années 30, et un magasin où les Twix sont périmés depuis 2007 (mais ils sont en promo, c’est déjà ça!).

Il n’y a aucun blanc dans les rues, que des indiens… C’est con à dire, mais ça fout un sale climat, ils sont tous là, à trainer, à boire des bières et fumer des clopes, l’endroit ressemble un peu aux pires rues de Yellowknife. Cerise sur le gâteau, un chien sauvage me court derrière les roues en aboyant agressivement, dieu que je déteste ces clébards! Pourquoi le monde n’est-il pas peuplé que de chats qui ronronnent?

Vous l’aurez compris, je me sens tout sauf à l’aise… et ces pseudo-mésaventures suffisent à elles seules à me redonner le courage (ou la frousse) suffisant pour déguerpir de Gleichen, et reprendre la route numéro 1 vers Bassano, à 50km de là. Le vent s’est calmé, la pluie s’est arrêtée. J’avance pas beaucoup plus vite, mais au moins, avec de la musique dans les oreilles, je vois pas le temps passer.

Après 5 albums entiers, j’arrive enfin près de Bassano. Il est 7h du soir, j’ai fait 100km, je suis sur les genoux. Je m’achète un pain, du fromage et un concombre au magasin du coin, et monte ma tente au camping municipal. Je m’endors presque de suite en me disant que j’ai eu le temps de penser à rien aujourd’hui, à part à pédaler…

La vertu méditative que j’espérais des prairies n’est pas au rendez-vous, du moins, pas par ce temps. Alors, à défaut de réflexion et de philosophie, je crois plutôt qu’on va se la jouer hard, à la spartiate, et sortir le vélo de ces foutus champs au plus tôt! Demain, l’objectif sera Medicine Hat, à 160km d’ici… Si j’ai le vent dans le dos, c’est easy game, sinon…

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