Bassano – Brooks (65km)

Débroussailleuse à 6h, camion de pompiers à 7, sifflet de train à 8, aucun, je dis bien aucun, n’arrivera à avoir raison de mon sommeil. Non, je n’émergerai que bien tard, vers 11h. Dehors, il pleut toujours, je me sens complètement naze et remballe mes affaires en soupirant, rien qu’à penser à l’idée de devoir remonter en selle.

Point positif quand même, le gardien du camping n’est pas passé hier soir, j’ai donc économisé 15$ . Il y a des jours comme ça, où il faut pas chercher plus loin, et se contenter de transformer la première connerie qui nous tombe sur la main en bonne nouvelle.

Faut vraiment que je me bouffe quelque chose, me sens faible. Ah oui, et que j’achète du dentifrice aussi, ça fait quand même 2 jours que je me suis plus brossé les dents, ça commence à faire long. Je pose mon vélo devant chez Harry’s, le seul resto de la petite ville et m’avale un burger frites avant de prendre la route.

Medicine Hat est à 160km, l’idée d’y arriver aujourd’hui est plutôt tentante, mais je crois qu’il va falloir revoir mes ambitions à la baisse : il est déjà plus de midi et je ne sais toujours pas dans quel sens le vent souffle, tout va dépendre de lui…

J’engage le vélo sur la grand-route, je l’ai de côté, c’est déjà mieux qu’hier. Le paysage, lui, par contre, n’a pas beaucoup changé, toujours aussi plat, morne et infini.

Il faut quand même avoir un sacré moral pour parvenir à se réveiller tous les matins devant le même champ immuable et garder le sourire. Si au moins une colline venait troubler la normalité et amener une touche un peu poétique à l’ensemble, mais non!

Je roule jusqu’à Brooks et m’arrête à bout de forces dans un Wendy’s  (en hommage à la jolie Tanja). J’y reste une bonne heure, à caler sur mon plateau vide pendant que mon téléphone recharge.

Je me sens un peu seul. Moi qui me plaignais presque de rencontrer trop de monde en British Columbia, voilà qu’ici, c’est tout l’inverse, je me retrouve face à moi-même, tantôt seul au milieu des champs, tantôt seul dans un fastfood de banlieue. Ma mère, ma famille, mes amis me manquent pour la toute première fois, et c’est bêtement que je souris en repensant au passé, tout impuissant que je me sens devant le présent en ce jour.

Medicine Hat, est encore à 100km au moins. J’ai pas envie de reprendre la route, je ne pense qu’à une chose, aller dormir et attendre que cette journée finisse… Je tente 2-3 réceptions de motels, tout est trop cher, rien en dessous de 100$, je peux pas me le permettre. Je me résigne donc à continuer, il est déjà 17h, et il fera sans doute noir avant que j’arrive à Medicine Hat, mais au moins je mettrai encore un peu plus de distance entre cette côte ouest et mon vélo.

10km plus loin à peine, coup de chance, un camping provincial, non signalé sur ma carte, m’invite à prendre la première à droite. La fille à la réception s’appelle Kim, elle a tout juste 20 ans et les yeux luisants de candeur. Je paie mon dû, puis installe ma tente dans un coin reculé du camping. Il fait calme, et je m’endors vite, sans même penser à me déshabiller.

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