Maple Creek – Gull Lake (85km)

Vous vous rappelez ce sms de Mikk et Mick d’hier soir? « Rendez-vous à 8h au croisement de Maple Creek, on va rouler jusque Herbert, à 180km environ, on espère vraiment te voir. » Hum, j’étais donc censé me lever à 7h, me grouiller d’empaqueter tout, prendre une douche car je pue, et les retrouver 4-5 kilomètres plus loin…

Seulement voilà, comme j’ai essayé de l’expliquer hier soir, la lune était orange, le ciel étoilé, et moi, perdu dans mes pensées, avec rien d’autre à faire que penser à ce que ma vie avait été jusque maintenant, et ce que je voulais qu’elle soit demain. J’ai toujours eu du mal avec les fins de soirées, résultat, j’ai fait durer le plaisir jusqu’à ce que les braises meurent et que les moustiques aient fini de me dévorer les jambes.

Du coup, ce matin, quand j’ai quitté le camping, il était non pas 8h, mais pas loin de midi, et les Mick’s devaient sans doute être déjà au moins 100km devant. Etrangement, je ne me suis même pas senti frustré (comme si cette soirée avait été une veille de résolutions tuées dans l’oeuf le lendemain matin), non, j’ai juste pris mon temps, et de toute façon, Mick et Mikk, aussi sympathiques qu’ils soient vont bien trop vite pour moi… Et puis, le secret du bonheur ne réside-t-il pas dans la lenteur la plupart du temps?

En parlant de bonheur, ca me ferait plaisir de manger quelque chose, j’ai rien dans le ventre, à part une canette de coca. Voilà le croisement et sa station-service, mais le restaurant est trop puant, si puant que j’oserais même pas y manger. Au lieu de ça, je m’enfile une autre bouteille de coke et une barre chocolatée, vraiment envie (besoin) de sucre ce matin.

Je roule de midi jusque 5h presque sans m’arrêter, mais aussi sans trop forcer. Total des boissons de la journée : 1,6l de coca et 1,6l d’eau, faisait vraiment soif! Mon dos est de nouveau brûlé, mais garder mon t-shirt n’était pas possible : ma propre odeur d’aisselles me dérangeait trop.

J’ai passé la journée à me parler à moi-même, à me chanter des chansons, à jouer avec ma moustache naissante qui me picote le bout de la langue et à rêvasser sur le paysage. Les premières moissons commencent à arriver, le paysage style « champs de pétrole » a fait place à de l’agriculture un peu plus traditionnelle, avec des animaux et du blé, comme chez nous, maïs en moins. J’ai pas mal repensé au voyage avec Sarah, c’était quand même génial de suivre cette moisson du sud au nord de l’Angleterre… Avec le temps, j’en garde un incroyablement bon souvenir, je me promets de finir de raconter l’histoire dès que j’aurai un peu de temps, pourquoi pas cet hiver si je reste à Québec?

Je me dis que je m’arrêterais bien à Gull Lake ce soir. Il y a un camping, de la bouffe, et la ville doit pas être trop grande, que vouloir de plus? A la station-service à l’entrée de la petite ville, je discute avec Henry et sa femme, ils rentrent à Victoria après un long voyage à moto. Il m’avoue qu’il a voyagé toute sa vie à vélo avant de passer à la moto, ses yeux brillent quand il me regarde, je sens quelque chose, j’aurais du le prendre en photo, il me manque déjà.

Gull Lake est une toute petite ville, 6 rues sur 6, quelques magasins, quelques maisons en bois au jardin bien tondu, les rues sont calmes et arborées, et le camping est bon marché: 10$ la nuit en self-registration, nickel.

Laine m’accueille direct avec une bière fraîche, lui et sa femme viennent d’Angleterre et voyagent en Amérique du Nord depuis plus d’un an avec une énorme caravane 3 chambres. Il me propose de manger les restes de leur repas, mais je refuse, je vais monter ma tente, puis aller manger un bout en ville et les laisser en famille et entre amis : ils ont déjà pas mal de monde autour de la table.

Je m’arrête au Cedar Restaurant, un endroit sans prétention, la serveuse est petite avec des gros seins, elle lave les tables à l’eau de Javel, l’odeur m’écoeure tout au long du repas, surtout que j’ai réussi à me tromper dans la carte et que j’ai commandé un burger « Roastbeef », beeerk.

Je retourne au camp, discute un peu avec Anne, la gardienne (qui me réclame les 10$ que je n’ai pas mis dans la boîte), Laine et Jerry m’offrent une dernière bière avant de me souhaiter bonne nuit et bon courage pour la suite. Je m’installe à la table de pique-nique à côté de ma tente, peinard, et passe un peu de temps à rattraper mon retard sur les derniers jours, je n’écris plus des masses ces jours-ci, mais je ne compte pas abandonner…

Une réflexion au sujet de « Maple Creek – Gull Lake (85km) »

  1. nous non plus nous espéront que tu ne va pas abandonner ,nous suivons ton voyage jour apres jour, tu aime plus les collines que les grandes plaines dont tu espérais une grande sérénité;chaque jour de ta vie sera un choix qui te fera prendre un chemin different,et chaque choix te privera de ce que tu as laissé. tu as du courage ,garde le et continue ce que tu as entrepris en prennant le meilleur ( car tu vis de tres beau moments) et soit tolérant pour les autres évènements qui peuvent te contarier nicole de coeur avec toi

Les commentaires sont fermés.