Gull Lake – Chaplin (155km)

155km! Oui vous avez bien lu, 1-5-5! Oui, c’est beaucoup, même beaucoup trop, mais quand le vent se met à souffler dans le bon sens au Saskatchewan, mieux vaut en profiter. Je m’attendais pas du tout à avancer autant (vous commencez à comprendre que je suis plutôt du genre escargot), mais au final, je suis vraiment content de la journée.

Elle avait super bien commencé ce matin vers 10h, avec une bonne humeur matinale, encouragée par un petit déjeuner oeufs et saucisse au Cedar Restaurant, et par un premier coup de pédale du bon pied. Le vent était fort, très fort, et il était dans mon dos. Les 60 premiers kilomètres, jusqu’à Swift Current, j’ai du les faire en 2h à peine, avec des pointes à 55 dans les descentes…

Bref, une vraie partie de plaisir, soleil en pleine face, vent dans le dos, et route assez bien dégagée pour une fois. Swift Current, c’est une belle ville, toute plate au milieu des plaines : pas une bosse, pas une seule rue en pente, et pas un seul coin d’ombre non plus. Après 1l d’eau glacée à la première pompe essence et un sandwich dans un parc, je me sens bien. Si bien, que j’hésite à m’arrêter là pour aujourd’hui : la ville est calme et sympa, et y dormir me semble être une bonne chose.

Mais il n’est que 16h, et le vent, bien que moins fort, souffle toujours. Puis, le camping renseigné par google maps n’existe pas, non, c’est un entrepôt à locomotives…

Bon, et si je roulais encore un petit peu après tout? Jusqu’à Herbert, par exemple, à une cinquantaine de kilomètres de la? C’est la ville que Mikk et Mick voulaient atteindre hier soir, si ça se trouve, un des deux s’est cassé une jambe et ils y sont encore…

J’y arrive vers 19h. Je m’affonne mon désormais traditionnel litre d’eau à la station service et me fais renseigner la météo par la jolie caissière. Il va faire beau demain, mais pour le vent, elle sait pas : ils disent rien sur le site. Elle m’indique le camping, un peu plus loin, qui est en fait la pelouse d’un motel puant. 20$ pour la nuit, je le sens pas, je vais plutôt aller voir jusqu’à Morse, 10 km plus loin.

J’y croise 2 cyclistes qui viennent de l’Est, un mec et une fille, bien cools, mais super mal équipés. La fille a l’air de crever avec cet énorme sac à dos sur les épaules et son regard fait un peu penser à celui de Sarah dans les instants difficiles de notre grand périple Let’s Ecocycle. C’est clair que je peux comprendre : Dylan et Mélanie ont du avoir une journée de merde, à pédaler contre le vent, mais ils ont quand même fait 40km, c’est pas si mal.

Morse, c’est mort et c’est naze, je continue vers Chaplin : il est 20h, le ciel est toujours bleu et le soleil bas dans mon dos. Il colorie les champs d’une manière que je n’avais encore jamais vue : des couleurs vives : rouge terre, jaune blé et blanc sel autour des lacs bleus foncés, j’adore. Le vent s’est arrêté et j’avance lentement dans ce paysage tout silencieux, avec juste un peu de musique contemplative dans les oreilles.

Quand j’arrive enfin à Chaplin, le soleil va pas tarder à se coucher. Ses derniers rayons n’éclairent plus qu’un grand lac et une usine de sel. Si ce n’était les mouettes, on se croirait presque sur la banquise. Chaplin est tout petit, 4-5 rues en terre battue, maisons en bois de style cow-boy. Je m’arrête à l’hôtel-restaurant, m’offre un burger loaded en crudités et 2 cocas glacés. Un délice, et pour pas cher en plus.

Il fait nuit, le terrain de camping municipal, un peu en dehors de la ville à côté du terrain de foot, est désert. Je m’installe calmement et y recharge gsm et portable sur une prise de courant au milieu du champ: ça a quand même du bon d’être en Amérique.

Le charme (et le calme) de l’endroit est bien vite rompu par des bagnoles de jeunes cons qui passent leur temps à faire des freins à main sur le terrain de foot, z’ont décidément rien de mieux à faire que de rouler en bagnole. Ca fout un côté un peu glauque à l’endroit, mais il en faut plus pour m’effrayer, et puis, je me dis que c’est le prix à payer pour une nuit gratos.

Allez on va essayer de dormir un peu. Demain, ce serait bien d’aller jusque Moose Jaw, et de là, je me demande si on va pas quitter la numéro 1 au profit d’une route parallèle au sud, un peu plus calme sans doute… Je me demande bien où sont Mick et Mikk…