Regina

Quelqu’un toque à la chambre. Je me réveille en sursaut. C’est Dan, il a déjà essayé de me sonner 2 fois et envoyé un sms. On avait prévu de déjeuner ensemble avant qu’il ne démarre vers le Nord. Je m’habille en vitesse, il est quasi midi, pas étonnant vu l’heure à laquelle on a été dormir hier soir. Dehors, il pleuvine et j’ai aucune envie de bouger. J’hésite pas, et je passe direct à la réception prendre une nuit supplémentaire avant de partir en direction du Mr. Breakfast le plus proche avec mon nouvel ami.

On se fait péter les oeufs, le lard, le café et tout le tintouin en discutant tout le long de grands sujets philosophiques: futur, humanité, etc. Mon niveau d’anglais commence à être assez bon pour mener une discussion imagée suivie sans problème et c’est vraiment un plaisir que de converser avec un gars comme Dan. J’apprends qu’il a fait plusieurs fois le Burning Man, le fameux festival en plein désert, et j’en profite pour faire le plein de conseils. En gros, faut pas que je m’en fasse de trop point de vue préparation, il m’avoue que, pour lui, c’est surtout une semaine de folie, de détente et d’ouverture au monde et à l’art.

On retourne à l’auberge, il prépare son vélo et part en stoum par la porte de derrière, histoire d’éviter le bureau où on lui réclame 20$ pour sa nuit sur le canapé.

Je traîne un peu dans le lobby, et fais la connaissance de Mélanie, une ingé américaine qui étudie à Edimburgh et passe la semaine à Regina pour un mariage, puis tente d’arranger mes cheveux et ma barbe comme je peux et démarre en direction du centre commercial, voir si Nola est bien au poste.

J’ai beau chercher et faire le tour de tous les magasins pendant une bonne demi-heure, pas de Nola. Elle me sonne : elle n’a pas su se lever, et se sent trop crevée que pour faire quoi que ce soit de son corps aujourd’hui. J’insiste pas trop, c’est que je voudrais pas fatiguer son joli corps davantage à la miss.

Je tourne un peu dans les rues, hésitant, à la recherche d’un coiffeur. Je sais que ça va être un sale moment à passer, mais il faut que je me décide, je commence à ne vraiment plus ressembler à rien. Une fille m’accoste pour une cigarette, c’est Caroline, une indienne d’une beauté indéfinissable. Elle me renseigne le meilleur coiffeur de la ville, Snax, avant de repartir d’un pas zen vers le centre commercial.

Le salon est dans la même rue, j’en pousse la porte, un peu craintif : un truc moderne, ultra stylé, limite artistique, je stresse déjà moins! Craig, le patron, accepte de me prendre tout de suite, il aime bien ma coupe, va juste la raccourcir et enlever un peu de volume sans trop modifier. Ca prendra quand même une bonne heure, surtout en papotages : il a l’air intéressé par le voyage et le courant passe vraiment bien, si bien que je ressors de là tout frais, tout content, et pour pas cher en plus… (soupir de soulagement)


Je recroise Caroline dans le centre commercial, encore plus jolie qu’il y a une heure. Je la remercie pour ses conseils esthétiques, ce à quoi elle se contente de répondre : « Ah bon, on t’a coupé les cheveux? »… Hum! Sur le coup, je regrette amèrement d’avoir refusé que Craig s’occupe de ma barbe… Comme il disait, c’est un peu faire la moitié du boulot!

Soit! Je me rassure en me disant que la barbe ne chasse que les filles superficielles… Je lui propose donc un verre ensemble, ce qu’elle accepte sans hésiter. On se retrouve à papoter ensemble à l’étage de son café préféré. J’apprends qu’elle a pas eu une vie facile, elle vient d’Inde de l’Est, a été adoptée par une famille canadienne qu’elle a quitté vers l’âge de 15 ans. Maintenant, elle en a 19, va commencer des études d’infirmière en automne et aime lire, écrire et méditer, is she the perfect girl or what?

On passe une autre heure dans le parc assis sur un banc à discuter en attendant son bus. Elle doit rentrer se préparer un peu, car ce soir, elle débute comme hôtesse à l’entrée de la plus grosse boite de nuit de la ville. Elle parle d’une voix calme et reposante, sans intonations ni mimiques exagérées comme le font les autres canadiennes. Elle a la classe, vraiment! C’est une princesse, une vraie de vraie, je crois que je suis amoureux, merde!

Je rentre à l’hostel tout love, sifflotant le nez en l’air et les mains dans les poches. Quelle super après-midi, faut que je revoie cette fille, c’est de loin la plus intéressante et la plus jolie que j’aie eu la chance de rencontrer de l’autre côté de l’océan…

De retour dans le lobby, je fais la connaissance de Ben, un gros lard, fils d’agriculteur de la région, très sympa mais un peu bizarre. J’ai l’impression que son regard est comme hypnotisé, et après quelques minutes à peine à parler, il sort un bout de papier tout chiffonné de sa poche: c’est une lettre qu’une fille lui a écrit il y a 2 ans déjà et qu’il garde en poche depuis lors. Il la connaît par coeur et me la récite, il est mignon, mais me fait un peu de la peine… Au fond, je me dis qu’on est pas si différents lui et moi, à se contenter de vivre avec des souvenirs, sans jamais parvenir à passer à l’action au moment opportun…

Comme si la rencontre de Ben n’était pas suffisante, un signe supplémentaire vient appuyer un peu plus cette théorie. Un émail m’apprend qu’Amandine est enceinte. Gloups, dur à avaler, ça fait boum boum de plus en plus fort dans la cage thoracique.

Je décide de me calmer et de me changer les idées en bossant un peu sur mon site. Dehors, il pleut à seaux, impossible de sortir, même pour traverser la rue jusqu’à la station service. Je passe la soirée dans le lobby avec Shan, un gars un peu plus âgé, une sorte de Nicolas Bolland, qui bosse comme informaticien dans la Silicon Valley. Mélanie nous rejoint, et on reste là tous les trois jusque bien tard à discuter et à s’échanger de la bonne musique.

Avant d’aller me coucher, je me décide à écrire un émail à Caroline : je me contente de lui envoyer les photos prises cet après-midi, de lui dire qu’il pleut trop, que j’ai envie de rester un jour de plus à Regina et aussi de la revoir… Elle le verra sûrement trop tard, mais tant pis, j’ai déjà cliqué sur « Send ».

4 réflexions au sujet de « Regina »

  1. continue a nous faire rever.tu sembles si heureux.ant te dit qu il va a la soirée du basket.quand tu seras a winnipeg mange un canard c est la spécialité comme l oie a visé.bisous.

  2. We’ve been checking out your blog regularly, although the French is is a little hard to follow. We do wish we could read it as it would be interesting to read about your impressions of our country. We did warn you that the Regina area was FLAT! Your pictures continue to be fabulous and again, it is so interesting to see the familiar through your eyes.
    We continue to pray for your safety as you travel and are so glad to have had the opportunity to get to know you a little.
    All the best –
    Harv and Bev Klassen,
    Rosedale , BC

Les commentaires sont fermés.