Montmartre – Kenosee Lake (125km)

Midi! Merde, ça fait 2 heures que l’alarme sonne et que j’entends rien! J’ai pas été dormir si tard pourtant, 2h du mat grand max… Faut vraiment que je fasse un effort, je deviens de plus en plus paresseux, ça peut pas continuer comme ça. Je remballe tout en me grouillant et rejoint Susan et son mari, Cory, qui sont en plein rush de midi. Ils rigolent bien quand je me montre tout penaud, baillant et m’excusant d’avoir dormi aussi tard.

Je me bois un café en vitesse, remercie mes amis pour leur aide et monte en selle. Dans le village de Montmartre, tout est calme. Je m’achète fruits et barres vitaminées au Co-op, déjeune un coup sur le parvis de l’église, puis passe à la librairie. Ca fait deux jours que je suis sans réseau, et il faut absolument que je check mails et finances. En même temps, il serait peut-être temps que j’achète mes tickets pour le Burning Man, c’est quand même dans 10 jours…

Pour le ticket, passe encore, on peut l’acheter online jusqu’au 28, mais un truc qui devient urgent, c’est de réserver le bus de Winnipeg à Reno. Il y a deux possibilités : un bus qui met 3 jours en passant par Vancouver (non) ou un autre qui coupe par les States en prenant 1 jour de moins (oui!). Ils sont au même prix, on dirait qu’ils se basent sur la distance à vol d’oiseau entre deux points pour le déterminer.  Petit problème, les tickets ne sont pas achetables online, il faut se rendre dans un point de vente Greyhound pour se les procurer, mais bien évidemment, leurs terminaux ne se trouvent que sur la numéro 1, la route principale, que j’ai quittée hier en début d’après-midi.

Il est déjà passé 14h, le chalet de mes amis de la veille est encore bien loin, à plus de 100km. Il est plus que temps de démarrer, le vent vient du Nord aujourd’hui et n’a pas l’intention d’aider des masses, même si la route, toute plate et peu fréquentée, est plutot clémente, elle. Mais bon, il fait beau, super beau même et c’est plein de plaisir que je prends à avancer un jour de plus à travers ces champs décidément infinis avec de la toute bonne musique dans les oreilles.

Je pédale à un rythme lent, traversant successivement Peebles, Kipling, puis d’autres petits villages dont l’énumération serait longue et fastidieuse, et m’arrête à chaque occasion, tantôt dans une station service, tantôt dans un magasin, pour une barre chocolatée ou une boisson fraîche. En fait, je crois que j’ai surtout vraiment mal au cul, et que n’importe quelle excuse est bonne pour descendre cinq minutes de la selle.

Chose agréable, depuis que je suis sur la numéro 2, les conducteurs sont de nouveau beaucoup plus cordiaux: ils s’écartent pour dépasser, et ceux qui viennent de face me saluent pour la plupart. C’est con à dire, mais ça encourage plus qu’on ne le croit…

J’arrive à Kennedy vers 20h, un petit village au croisement de la route du nord et celle de l’Est. J’ai fait pas loin de 100km, et, derrière moi, le soleil s’apprête à se coucher. Un panneau indique le parc provincial Moose Mountain à 20km, c’est là que je suis censé passer la nuit…

Mauvaise surprise, car, sur la carte, on aurait dit qu’il était pile à côté du village… Que faire? 20km? Bah, je peux faire ça en une petite heure, non? Oui, mais dans une heure, il risque aussi de faire bien noir…

Tant pis, je me lance!  Une demi-heure plus tard, il fait déjà noir, et je suis qu’à la moitié du chemin, il faut dire que le parc ne s’appelle pas Moose Mountain pour rien, ça monte et ça descend sans arrêt, et j’ai beau stresser et forcer sur mes cuisses sans répit, je n’avance pas vite.

Je commence à avoir les jetons : il fait nuit noire, le phare avant du vélo ne fonctionne pas, ma lampe de poche est en train de mourir, la route est très peu fréquentée, et j’entends des bruits d’animaux dans les talus. Vous l’aurez deviné, la sécurité de la bombe anti-ours a été enlevée depuis longtemps, et je suis prêt à gazer à vue tout animal qui s’approche à moins de 20 pieds (7 mètres).

A un croisement, un poteau lumineux illumine à moitié une bête haute sur pattes qui semble foncer droit sur moi, bordel, c’est un lion ou quoi? Oh no my god, c’est une biche, she is so nice! Elle m’a vu et gambade maintenant joyeusement à côté du vélo, pendant quelques centaines de mètres avant de disparaître de nouveau dans la foret.

Les phares d’une voiture me font apercevoir un panneau au loin : Kenosee Lake Village, enfin le voilà! Il est 21h30, bordel, j’ai cru que j’y arriverais jamais… L’endroit est glauque à mort, mais le stress redescend d’un coup : je m’y sens bien, tellement heureux de voir un peu de lumière au bout de la nuit, c’est incroyable ce que ça peut rassurer la lumière.

Je tourne dans les petites rues à la recherche de la fameuse cabine des fermiers de Montmartre, le plan n’est pas des plus précis, mais j’ai trois indices qui doivent me permettre d’identifier la cabane à coup sûr : elle est rouge, il y a une caravane dans le jardin et une cloche devant la porte. Le problème, c’est que les 3/4 des maisons sont rouges avec une caravane dans le jardin… Il faut donc se baser sur l’indice ultime : la petite cloche en fonte suspendue devant la porte, un peu comme l’aiguille dans la botte de foin quoi… mais qui cherche finit toujours par la trouver, et c’est dans la nuit calme et sous un ciel dégagé que je monte la tente, et m’endors presque immédiatement.

Une réflexion au sujet de « Montmartre – Kenosee Lake (125km) »

  1. Hey! you lost? Tu as décidé de t’établir aux USA? De vivre dans une communauté hippy nostalgique de Woodstock? Je rigole, c’est juste que je me réjouis de savoir où tu en es. I hope you’re safe and sound and still enjoying!
    Bizzz

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