Kenosee Lake – Antler (100km)

J’émerge pas loin des 10h du mat. Il fait beau, presque chaud, et la rosée du matin s’est déjà évaporée des parois de la tente. Je replie le tout en baillant et m’offre quelques couques à la cannelle bien plaquantes au magasin du village en guise de déjeuner avant de démarrer.

Je me sens vraiment ridicule d’avoir trouvé l’endroit glauque hier soir, il n’y a pas plus agréable que ce petit village, une vraie petite station balnéaire gorgée de touristes au milieu des prairies.

Par contre, pour la route, je me trompais pas, c’est loin d’être plat! Et avec un vent de face comme aujourd’hui, c’est à du 2 à l’heure que ça avance. Le prochain village sur la carte est WhiteBear Lake, une réserve indienne qui se veut aussi être une destination de vacances pour les Saskatchewanais.

Mais bien évidemment, tout le pognon a été investi du côté du Kenosee Village où j’ai passé la nuit, et la réserve a été oubliée, et a sûrement du se débrouiller sur ses fonds propres. Ca ressemble vraiment à rien, même si on voit qu’ils ont essayé de faire de leur mieux avec un complexe mini-golf, une piscine, une piste de go-kart, etc… Il y a de l’idée, mais c’est vraiment du boulot d’amateur, rien qui parviendra à faire arrêter le richissime touriste dans son RV 3 chambres.

Je me rends de plus en plus compte qu’il y a un réel problème avec les populations natives ici. On sent bien qu’ils ont été laissés pour compte, amassés dans leurs réserves puantes, avec juste assez de confort et d’éducation pour vivre, mais aucune réelle possibilité de vraiment s’en sortir. Et après ça, on s’étonne qu’ils traînent dans les rues, à fumer et boire, du matin au soir.

La route continue vers le Sud jusque Carlyle avant de repartir vers l’Est, quasi tout droit jusqu’à Winnipeg. Je m’y arrête pour bouffer un bout dans un Dairy Queen tenu par une famille super sympa, avant de continuer en direction de Redvers.

J’ai roulé pas loin de 80km quand j’y arrive, il s’est mis à pleuvoir et l’est déjà 19h. J’ai plus vraiment envie de continuer… ni de camper, fait trop dégueu. Seulement voilà, les 2 hôtels de la ville, même s’ils ne sont pas chers, sont complets l’un comme l’autre : encore ces foutus ouvriers du pipeline, ils commencent à me gonfler.

Je tourne pendant une bonne heure dans la petite bourgade, sans trouver personne qui accepte de m’aider, pas même le pasteur du coin, que j’ai eu le malheur de déranger en plein barbecue dans la véranda de sa maison 18 pièces.

Il faut que je continue, je perds mon temps ici… Le prochain village, Antler, est à une vingtaine de kilomètres, juste un peu avant la frontière du Manitoba. Il pleut toujours un peu, mais le vent est dans mon dos, et j’ai à peine le temps d’écouter 4-5 morceaux que je me rends compte que j’y suis déjà.

Le soleil est en train de se coucher, il faut que je m’arrête ici, je ne veux pas continuer de nuit. Le village est minuscule, 2 rues et une vingtaine de maisons, mais heureusement pour moi, on peut lire le mot « HOTEL » sur la seule dont les fenêtres sont encore illuminées.

La patronne n’a pas de chambres, elle m’explique sur un ton hésitant que l’établissement se limite à faire restaurant et bar! J’insiste…

– « So, now, HOTEL means eating and drinking, that’s it? », que je lui demande en rigolant.
– « Well we used to rent rooms, but it was a long time ago… »

Donc, ils ont des chambres, première bonne nouvelle… Elle m’avoue qu’elle ne peut juste pas m’y loger, car elles n’ont plus été utilisées depuis plusieurs années, à part par des amis de passage.  J’insiste encore, avec un peu de chance, elle finira bien par lâcher prise.

– « You know, even a room with mice would be a palace for me tonight… »

Son mari débarque, est-il moins regardant à la propreté ou plus avare ou simplement plus compréhensif, toujours est-il qu’ils acceptent de me louer la chambre numéro 3 pour 10$. Kim file à l’étage changer les draps et tenter de rendre l’endroit aussi agréable que possible, pendant que son homme me prépare un cheeseburger fully loaded en entrée, suivi d’une délicieuse soupe crème-bacon-épinards, la spécialité de la maison, un délice.

L’ambiance se détend petit à petit, et devient plutôt amicale, ils m’expliquent qu’ils aimeraient rénover le bâtiment, mais qu’ils n’ont juste pas le temps, car pas de personnel pour s’occuper du restaurant ni du bar. Pourtant, ils payent bien, c’est pas le problème, non, c’est juste qu’aucune étudiante de 20 ans ne veut venir se perdre à Antler pendant les mois d’été. Un peu compréhensible, j’avoue…

Je reste encore un peu là, à digérer ma soupe en écrivant ma journée, à observer ce fermier et son gamin à la table à côté qui s’adresseront pas une seule fois la parole de la soirée, ou à m’indigner sur la télé qui diffuse une chaîne militaire américaine qui passe de la pub pour des armes de poing en boucle. Je tente de lancer le débat sur la légitimité de ce genre de pubs, mais personne relève, ils veulent juste manger en bavant sur les images du 6 coups qu’ils s’offriront à Noël.

Je décide d’abandonner et de plutôt aller voir à quoi ressemble ma « chambre ». Je suis le mari dans les escaliers, ça s’annonce mal : ça sent la merde de chien à en vomir… Il y a une télé allumée dans la chambre, mais je ne peux ni la couper, ni changer la chaîne avant 1h du matin, car elle est reliée à celle du restaurant.

Sinon, la chambre est rustique, mais convenable, il y a pas l’air d’avoir de bêtes, juste un truc étrange : un petit trou rond dans le plafond, avec une souris morte qui pendouille… Je me dis que si je la fais tomber, il risque d’en arriver d’autres… Du coup, je passe ma nuit avec la télé allumée et la souris qui pendouille, à bosser sur mon site en respirant par la bouche… J’ai l’air de me plaindre dit comme ça, mais je vous mentirais si je vous disais que je ne me sens pas incroyablement heureux de passer la nuit ici, au chaud et au sec.

Une réflexion au sujet de « Kenosee Lake – Antler (100km) »

  1. Ca faisait un bail, je commençais vraiment à croire qu’il t’était arrivé quelque chose! Tu dois être déjà arrivé ou presque non?

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