Starbuck – Winnipeg (50km)

6h30, je m’étire en baillant, ouvre la tente et admire en silence le spectacle du lever du soleil dans le brouillard du petit matin. Il fait caillant et tout est humide, j’ai du faire de mon mieux pour dormir un peu, les pieds emballés dans une partie encore sèche du sac de couchage, et le torse recouvert par la mini-couverture volée dans l’avion à l’aller.

Je remballe et quitte Starbuck après un petit café au bureau de poste, dont l’arrière boutique fait office de salle de réunion matinale pour les fermiers de la région. On se croirait revenu au début du siècle dernier, les hommes sont réunis autour d’une table, discutant grassement de la météo et de la possibilité ou non de démarrer la moisson sous peu, pendant que les femmes, à l’autre table, tricotent tout en se racontant les derniers ragots du village. Je m’assieds quelques minutes à la table des hommes, qui m’accueillent comme un membre de la communauté, il ne me manque plus que le bleu de travail.

Le moment est grandiose, et je me surprends à penser à Martin et Nadine qui au final ratent pas mal de choses à vouloir s’isoler et camper en pleine nature en permanence. Au final, je suis content de voyager comme je le fais, dans un esprit mi-sauvage, mi-civilisé.

Sur la route, un panneau indique Winnipeg à 20km. J’y serai bientôt, ce fameux Winnipeg qui jusqu’alors n’existait encore que sur la carte et dans mon imagination. Ma roue avant me fait souffrir, le garde-boue frotte sans arrêt contre le pneu, à cause de la boue d’hier soir qui a fini par sécher. Ca me rend fou, il faut absolument que je répare tout ça avant de me lancer à travers l’Ontario…

Je m’offre une pause à l’entrée des premiers faubourgs dans un petit restau de station service, le retour à la civilisation se fait sentir: les serveuse redeviennent jolies, les gens ne se saluent plus, et même les cyclistes à qui je fais signe m’ignorent. Je me bouffe 2 oeufs avec des toasts, matte un peu le cul de Kayla en la complimentant sur sa coiffure et repars vers la ville. La pancarte de tout à l’heure indiquait juste l’entrée de la ville, le downtown, lui est encore 20km plus loin.

J’arrive dans le centre, le trafic se fait dense, je manque de passer sous des roues à plusieurs reprises. Une pause dans un coin d’herbe, un rapide coup d’oeil sur l’iphone, il y a deux auberges de jeunesse en ville.

Je décide d’aller voir à la plus proche, la Bill’s Guesthouse, une grosse maison de maître à trois étages de style victorien. Le hall d’entrée sent le vieil hôtel et donne un coté glauque a l’endroit, mais la salle commune a l’air sympa. La chambre simple est à 50$ la nuit, un peu cher pour ma bourse, surtout que je vais devoir rester au moins 3 nuits.

Je demande un rabais. Enda, l’employé de la réception, se retourne et fait signe à une petite caméra pointée vers son bureau. Une voix se fait entendre dans des hauts-parleurs : « You can give him room 3A for 35$ ». C’est Bill, le propriétaire. Il vit au troisième et surveille les allées et venues derrière son écran.

Enda éjecte un gros lard au t-shirt jaune, sorte d’Homer Simpson, de la chambre 3a. Homer est un « ami » de Bill, il aurait du partir ce matin, mais ils ont bu 3 bouteilles de rhum ensemble hier soir, ce qui explique pourquoi il est toujours en train de comater en slibard.

La chambre est minuscule, un véritable cachot, fenêtre sans rideaux avec barreaux, juste assez de place pour un matelas et une chaise. Pas de draps sur le lit, juste une grosse tâche de pisse séchée qui trône fièrement au milieu du matelas en guise de bienvenue.

Je m’installe, cache mon velo dans la cave, et remonte dans la piece commune. Mes draps de lit sont dans la machine, me dit Enda, c’est Suzan qui s’en occupera quand elle arrivera plus tard dans l’après-midi.

Dans la salle à manger commune, je fais connaissance avec Mike, un kenyan de 36 ans qui en parait 25, un peu gay sur les bords, avec qui je m’entends tout de suite bien. Il vient de Californie pour s’installer ici a Winnipeg pour un an (il y en a qui ont pas peur quand même) et a élu domicile à l’hostel le temps de trouver une colocation convenable.

Je pars à pied pour un tour de ville. A première vue, Winnipeg est bof. Il y a bien deux trois beaux buildings downtown, et quelques vieux bâtiments industriels sympa sur Portage Avenue, la rue principale, et aussi quelques parcs, mais c’est tout… Tout le reste se ressemble, comme dans toute bonne ville en carré qui se respecte.

Je fais quelques courses au Mountain Co-Op du centre-ville : un sac caoutchouc étanche pour la tente et le sac de couchage, puis des piles et 2 mini-mousquetons pour Burning Man. Je compte voyager le plus léger possible, juste quelques vêtements dans mon sac à dos, ma tente, mon sleeping bag, mon lumix, mon iphone et un carnet de notes, what else?

De retour à l’hôtel, je lance une machine de linge, après avoir salué Bill qui s’en va pour le week-end dans son chalet au bord du lac. Enda, qui a fini son service, me présente à Suzan, une grande rousse toute mince et surtout toute timide. Elle est un peu bizarre, elle me suit partout dans la maison, on dirait qu’elle cherche quelque chose… Ma compagnie peut-être?

Quand je descends à la cave pour faire tourner mon séchoir, je l’entends m’emboîter le pas dans les escaliers. M’enfin! Mais qu’est ce qu’elle veut? On se retrouve tous les deux, dans l’espace étroit de la petite cave humide, à regarder tourner les machines tout en discutant. Pendant une seconde, j’hésite… Pourquoi pas la coller contre un mur et l’embrasser? Mais je me ravise… Il est tard, et j’ai envie de tout sauf de me faire jeter de l’auberge de jeunesse en pleine nuit.

A force de discuter, on commence à bien s’entendre elle et moi. Elle n’a que 20 ans (je lui en avais donné 28), elle étudie la photo et la chimie, et je passe une bonne heure dans sa chambre, couché sur son lit à regarder ses photos sur l’ordi. Elle m’avoue qu’elle me suit depuis mon arrivée, car Bill lui avait dit de se méfier du gars au t-shirt jaune (homer simpson), et vu que je portais moi aussi un t-shirt jaune… On rigole pendant longtemps de l’anecdote, avant de finir la soirée dans le salon, en sa compagnie et celle de Mike, à nous raconter à tour de rôle nos aventures, et discuter de l’état de vétusté dans lequel se trouve la maison.

Chaque chambre est spéciale. On fait le tour du bâtiment en se marrant à chaque fois un peu plus. Au moment d’aller dormir, elle m’avoue qu’elle a de la peine pour moi qui m’apprête à dormir dans ma prison, la chambre 3a, et m’invite à m’installer pour la nuit dans la meilleure chambre du bâtiment, la numéro 1, la seule à avoir un lit king size…

2 réflexions au sujet de « Starbuck – Winnipeg (50km) »

  1. Tu étais à Starbuck et tu vas boire un café au bureau de poste… La plupart des gens fait l’inverse…
    Bonne continuation, courage

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