Last day in Winnipeg

Je me réveille dans les premiers, vers 9h. Mike n’est pas dans le salon, mais Bill, lui, est déjà debout, plutôt étonnant après ce qu’il a descendu hier soir… A peine le temps de faire passer le café qu’Estelle fait son entrée à son tour. Elle m’explique devant une bonne jatte qu’elle se prépare a une grosse journée aujourd’hui : visite d’apparts et mise en ordre de ses papiers. C’est qu’elle va passer un an ici, à bosser comme prof d’anglais dans une école française. Je plains les élèves parce qu’avec son putain d’accent frenchie, ils risquent de pas apprendre grand chose. Pourquoi les français ne savent-ils pas parler anglais comme tout le monde nondidju?

Je sors mon ordi et m’installe dans un canapé avec la ferme intention d’avancer à fond sur mes news. C’est que ça fait quatre jours que je suis là et, même en ayant passé beaucoup de temps derrière l’écran hier, je suis encore bien loin de l’objectif que je m’étais fixé. Je m’apprête donc à y consacrer la journée ou presque.

Message de Suzie qui m’annonce qu’elle ne quittera le lac dans l’après-midi, et qu’elle sera pas la avant le souper. J’en ai pas encore parlé mais ses parents sont d’accord pour stocker mon vélo dans leur cave pendant la durée de mes petites vacances aux States, ce qui m’arrange bien, vu que j’avais pas trop envie de laisser tout le barda à l’auberge.

La journée passe comme un éclair, tout occupé que je suis à bosser sur le site tout en discutant avec Mike et Séba, qui ont eux aussi du boulot sur leurs ordis. Je m’octroye juste une petite pause pour donner un petit cours de Dreamweaver à Bill en échange d’une nuit gratuite, la vie est facile pour les informaticiens parfois… Mais bon, il est déjà quasi 17h, faudrait quand même que je me décide à faire mes sacs, histoire d’être prêt quand Suzan viendra me chercher.

Il est grand temps de me débarasser de tout le superflu, je compte voyager plus léger pour la deuxième partie de l’aventure. Je trie mes affaires, tout en remplissant petit à petit la poubelle avec tout ce qui ne m’a pas encore servi depuis le début du voyage, et qui donc ne me servira probablement pas pour la suite. Pour ce qui est du Burning Man, pareil, je vais juste me contenter d’un petit sac à dos minimaliste comme prévu, sans aucun superflu vestimentaire, culinaire ou encore technologique.

Avec Séba, on commence a avoir la dalle. Toute la journée, on a vanté les mérites des sushis en bavant, et c’est tout confiants qu’on part à la recherche de notre bonheur dans les rues commercantes de la ville. Mais, faute de budget et de temps, nos aspirations se verront au final limitées à un bon vieux burger king (met mayonnaise alsublieft) qu’on dévorera dans un parc public comme deux affamés.

La voiture de Suzan est garée devant l’auberge. Séba a son bus pour Saskatoon dans 2h, et Suzan, dans sa grande bonté, lui propose un lift jusqu’à l’aéroport. Mais on va d’abord passer chez elle déposer mes affaires, j’ai qu’à lui filer mes bagages et suivre à vélo.

Je charge le mamasan dans le coffre de la mini (quand même bien pratique pour tout stocker ce bon vieux mamasan) et trace comme un fou à travers les rues de la ville pour atteindre le Bruce Park, un quartier résidentiel chicos à l’ouest sur Portage Avenue.

Suzan et Séba viennent d’arriver il y a cinq minutes. Je suis fier de ma performance, mais un peu gêné de mon état de transpiration avancée, qui ne m’aide pas à être à l’aise lors de la rencontre avec les parents. Heureusement, ils sont très sympas, d’anciens hippies m’avait dit Suzan, et passent pas mal de temps à nous montrer l’album photo de leur trip de 9 mois à moto en Amérique du Sud il y a 20 ans, le genre de voyage qui donne  envie!

Leur maison est immense, un vrai palace, une baraque de médecin comme j’espère que lulu et tutu (brother and sister) pourront s’offrir après leurs 12 années d’études acharnées. Bon, ça pue quand même un peu le fric dans tous les coins, avec des tableaux rares et des écrans LCD de plusieurs mètres de large, mais le plus important, c’est qu »ils ont l’air de rester plutôt terre à terre.

Ils me montrent la cave, là ou je pourrai stocker mon vélo et mon matériel aussi longtemps que je le voudrai. Je m’attends à voir une citerne à mazout et un établi, mais c’est tout le contraire. La cave est un véritable loft, une suite présidentielle au moins, avec une grande chambre, une salle de bains ultra moderne, et un immense espace canapé-tv-table de ping pong- billard électrique et last but not least guitares au pluriel, micro et ampli, rooooh surfolie.

Je descends donc le vélo, en tachant de pas trop salir la moquette avec la graisse de la chaine, puis part rechercher le Mamasan, qui parait toujours un peu suspect où qu’on le trimballe, que ce soit dans un aéroport ou dans la maison d’inconnus. Pour éviter tout soupçon, je devance les pensées des parents et l’ouvre bien grand, pour les rassurer sur la possibilité d’une bombe, et argumentant que c’est le seul moyen pratique que j’aie trouvé pour transporter tous mes sacs en une seule fois.

On fait un petit tour dans le parc, Suzan nous montre ses coins favoris avant de conduire Séba au terminal Greyhound. Embrassades et échanges d’émails, et on redémarre. Enfin seuls elle et moi, comme au premier jour…  Je comprends pas pourquoi, mais, même avec son horrible appareil dentaire, elle m’attire. Merde, c’est qu’on s’entend vraiment bien elle et moi, je suis quasi persuadé qu’on pourrait tomber amoureux…

Nous voilà déjà dans la rue de l’hostel, j’ai pas envie de revoir tout le monde, pas tout de suite. Si on allait boire un verre, hein Suzie? Mais Sébastian sonne : il y a un problème avec son bus, et le prochain est à 9h du mat. Pour lui éviter de retourner à l’hostel, Suzan lui propose, après avoir sonné à ses parents, de dormir une nuit dans la cave chez elle.

Elle me propose d’y rester aussi, on pourrait passer la soirée tous les 3, et puis, comme mon bus part demain matin aussi, elle ferait d’une pierre deux coups en nous déposant tous les deux en même temps. J’hésite, car j’ai droit à ma free night à l’hôtel ce soir, et puis, Séba est bien sympa, mais je commence à ne plus rien avoir à lui dire. Il devient limite chiant à venir foutre son grain de sel dans l’histoire, je comptais passer la nuit avec Suzan, moi! 🙂

Soit, je reprends mon sac à dos à l’hotel, embrasse mes amis en leur donnant rendez-vous dans deux semaines, et on part chez Suzan, après être passés rechercher Séba à l’aéroport, elle en aura usé de l’essence la petite! Heureusement, les parents dorment, et, après un bout de piano en sourdine que Suzan tient absolument à nous jouer, on descend à la cave, où on se détend une bonne heure avant d’aller dormir.

Je bosse un peu sur mon site, pendant que Séba, tout excité d’être accueilli à l’improviste chez des étrangers, dessine une bd en guise de remerciement, qu’il laissera sur le bureau, accompagnée d’une paire de ces affreux mini-sabots en porcelaine que les hollandais (sales hollandais, ti! dirait mon pote Dimi) ont coutume de disséminer sur leur chemin. (rires) (rideau)