All the way to Reno…

Une bonne nuit de repos dans la cave du château, un déjeuner de rois, des promesses de rester en contact, des embrassades répétées…, et Séba et moi, on a fini par dire adieu pour l’un, au revoir pour l’autre à notre nouvelle amie et monter à tour de rôle dans nos bus respectifs. Ça y est, dans quelques heures, je serai aux States!

Jusque là, tout va bien : le Greyhound trace dans le petit matin sur l’autoroute encore déserte. Dans le bus, pareil, pas grand monde. Je suis assis à l’avant derrière une mexicaine et sa petite fille qui joue à la PSP avec le volume à fond. De l’autre côté de la rangée, un chinois tout sérieux en polo rose, un autre asian en pantalon militaire qui fait le malin avec son iphone, et un vieux clic-clic à la grosse panse tout à l’avant qui gaspille sa salive à dragouiller la femme chauffeur, qui a plus l’âge de la retraite que du permis poids lourd.

On arrive à la frontière US. Ils arrêtent TOUTES les voitures, sans exception! Pour les bus, ils ont même un entrepôt spécial. Tout le monde descend pour subir une fouille des bagages et un jeu de questions-réponses bien désagréable. Les plus chanceux, le chinois au froc militaire et moi-même, ont même droit à une fouille approfondie dans une petite salle à l’écart : le douanier n’a pas l’air d’apprécier le fait que je me rende seul au Burning Man. Il me questionne pendant une bonne demi-heure, tentant de me faire perdre mes moyens en me posant plusieurs fois les mêmes questions avec des tournures différentes, et ne finit par me délivrer le précieux visa qu’après s’être assuré de visu que je ne transportais aucune substance illicite dans le pantalon, no comment…

Le bus redémarre enfin. Je m’endors, fâché par la manière dont j’ai été traité, mais soulagé néanmoins d’avoir passé avec brio cette sale épreuve. Mais ce n’est pas fini… Une heure plus tard à peine, une patrouille de douane nous dépasse et nous fait signe de nous ranger sur le bas-côté. Et c’est reparti pour un deuxième contrôle d’identité et jeu de questions-réponses. Cette fois-ci, ils sont habillés en militaires, juste pour nous foutre les boules.

– « So, where are you going today? », qu’il me demande avec un grand sourire faux-cul.
– « Well, I’m trying to go to Reno, but if you stop us every five minutes, I’m not sure I’m gonna reach it one day! »

C’est sorti tout seul, pas pu m’empêcher! Le chinois en kaki se marre, il n’aurait pas du. Le douanier me rend mon passeport sans un mot et se dirige droit sur lui. Il le fait descendre du bus, le plaque contre la paroi et le fouille en profondeur une fois de plus. C’est à la fois drôle pour nous et humiliant pour lui, mais c’est d’abord et surtout du stress et une perte de temps pour tout le monde. Pour le moment, le pays ressemble plus à une dictature de bas-régime qu’à la supposée démocratie la plus puissante au monde…

Quand le bus arrive à Fargo, il a plus d’une heure de retard sur l’horaire. J’ai raté ma correspondance, mais un employé du Greyhound me rassure : ça arrive tout le temps. Voilà un autre billet pour Kansas City, qu’il me fait, puis pour Denver. Bon, le trajet est un peu plus long (presque un jour de plus) mais, selon lui, c’est ce qu’il y a de mieux à faire.

Même véhicule, même chauffeur, on reprend les mêmes et on repart, à la seule différence près que le bus est plein à craquer. Je suis maintenant assis à côté du chinois en militaire, je comprends pas grand chose à ce qu’il dit, mais il rigole beaucoup, ce qui veut sans doute dire qu’il est sympa… La femme-chauffeur, par contre, est beaucoup plus nerveuse depuis qu’on a passé la frontière. Elle n’accepte plus personne sur le siège derrière elle, et lors d’un arrêt à une pompe-essence, alors qu’elle avait au préalable interdit la descente au micro, elle s’emballe comme une hystérique sur une petite chinoise qui a le malheur de vouloir sortir pour prendre l’air.

Au prochain arrêt, elle m’explique qu’elle n’a pas le choix, qu’elle est obligée de passer en mode alerte aussitôt la frontière franchie. « Ici, c’est un pays de fous, suffit de regarder cinq minutes autour de toi, qu’elle me dit, et tu comprendras… »  Elle m’attrape le bras et me montre un vieux qui s’apprête à remonter dans le car. « Lui, par exemple, regarde son pied… T’as vu? »

En effet, alors que l’homme escalade les quelques marches de l’autobus, son pantalon se soulève et laisse apparaître un bracelet électronique de liberté conditionnelle. « Rien de bien spectaculaire, qu’elle me dit, mais une chose est sûre, on est jamais assez prudent dans ce pays! »

Le bus arrive à Sioux Falls vers 19h, destination finale du véhicule et de son chauffeur. De là, une petite heure de pause et ça repart vers Kansas City. On est passé à un autre extrême : le chauffeur s’appelle Jimmy, pèse au moins 200 kilos et arbore des méchants biceps au moins aussi gros que ma cuisse, tatoués bien entendu. Il nous récite un petit speech au micro, à la manière d’un commandant de bord.

« Hey folks, just be aware of one thing : I have an absolute ZERO tolerance with alcohol or smoking on the bus, but if you are nice and quiet, I’ll do the same and I’ll bring you for sure to Mac Donald’s… »

Il commence à faire nuit, l’arrivée à Kansas City est prévue pour 4h du matin. Je suis assis à l’avant à côté d’un grand black bien cool. On tente de dormir comme on peut, même si c’est pas évident avec nos grandes jambes. Vers minuit, je suis réveillé par un bruit bizarre : le car, qui roule sur une route toute étroite dans la nuit noire, oscille dangereusement, ses roues sortant des lignes blanches et faisant ce bruit de mitraillette destiné à réveiller les routiers pendant leurs micro-sommeils.

Mon pote basketteur à côté est réveillé aussi, il rigole jaune en se rongeant les ongles : le chauffeur est en train de s’endormir! Pas le choix, il faut aller lui parler un peu, une connerie, lui dire n’importe quoi, mais pas question de le regarder risquer notre vie à tous sans rien faire.

30 minutes d’arrêt a Omaha City, ça a l’air mal famé. Les gens du bus commencent à se parler : un couple de jeunes qui faisait des pompes plus tôt sur le parking du Mac Do ralent sur 2 petits bouts espagnols qui font du bruit à l’arrière, ils sont partis de l’Est du Canada, et vont jusqu’en Louisiane, presque 5 jours de bus. Le clic-clic est toujours là et passe auprès de tout le monde faire une petite blague ou l’autre, histoire de maintenir la bonne humeur. La mexicaine et sa fille, elles, s’occupent comme elles peuvent, en dépensant toute leur monnaie sur une borne d’arcade.

On s’apprête à repartir vers Kansas City. Le bus est plein et ils doivent refuser du monde, parait que c’est un coup classique chez Greyhound, ils surbookent tous les trajets. Le grand black est parti s’asseoir a l’arrière, espérant avoir une meilleure place et un voisin aux jambes plus courtes, mais pas de chance pour lui, il hérite d’un gros lard. Et moi pareil, une sorte de Shanti junior, un vrai fou avec une tête de bébé qui parle tout seul en récitant le notre père, j’ai pas bon…

Pour ajouter au climat déjà effrayant, on peut vraiment compter sur la police. Tout au long de la nuit, on verra des patrouilles tous phares et sirènes dehors, bien souvent à 4-5 voitures pour arrêter un pauvre conducteur qui n’a rien fait de bien grave. Cerise sur le gâteau, on passera au ralenti devant le parking d’un fast-food où un mec est tenu en joue contre un mur par 5 policiers, les gens se marrent, mais je me dis que j’aimerais vraiment pas vivre ici.

Dans le bus, c’est la plèbe: la moitié des gens sont fous, parlent tout seul ou jurent à tout bout de champ. J’apprends que le règlement Greyhound veut depuis quelques années que la place derrière le chauffeur reste vide de tout passager : ils ont eu trop de problèmes de chauffeurs étranglés ou balafrés pendant leur service. Une femme s’y assied, c’est l’épouse de Jimmy, elle va prendre le relais et le tenir éveillé, ce qui m’arrange bien, je vais pouvoir dormir tranquille au moins jusqu’à Kansas City où il y aura 2h de layover avant d’attraper le prochain bus pour Denver, j’espère que ça craint pas trop la nuit là-bas.

1h30 du mat, on trace dans la nuit sur une route de campagne, je dors à moitié. Le bus ralentit brusquement en klaxonnant : une biche est occupée à lécher le bitume droit devant nous, elle a l’air tétanisée par les phares. Jimmy pourrait s’arrêter et la laisser s’enfuir à son aide, mais non, il accélère et fonce dedans sans pitié, un sale bruit. Puis, il s’arrête, allume les lumière, et prend le micro en héros : « Everybody is ok? » Connard, va! Les gens ont bien sursauté un peu au coup de klaxon, mais personne, absolument personne, n’a réagi devant le sacrifice inutile de l’animal…

Arrivée à Kansas City. Je tue le temps en parlant avec Clic-Clic et le chinois en rose. Le militaire m’offre des Mc Chicken froids qu’il a acheté en masse pendant la nuit. Une sorte de béni oui-oui complètement cinglée récite un chapelet à voix haute dans un coin, et une fille qui ressemble à Véronique me tient la jambe et me fait souffrir. Je me réfugie auprès d’Adam et Steph, les deux jeunes qui vont en Louisiane. J’apprends qu’une fois là-bas, ils prennent livraison d’une voiture avec laquelle ils comptent remonter la côte Est jusqu’en Nova Scotia, en prenant leur temps cette fois-ci. Ils sont vraiment sympas, on décide de rester en contact.

Il est temps d’embarquer pour Denver. Derrière moi, dans la file d’attente, un jeune avec des allures de clodo, c’est Ian. Il s’arrête lui aussi à Réno, pas pour le Burning Man, mais pour y retrouver sa petite copine. Il lui est arrivé une sale histoire, il était sur la côte Est avec sa moto, il s’est fait arnaquer en la vendant, et il a dépensé le peu de fric qu’il avait encore en motels et restaurants.

Le chauffeur ressemble à Eddie Murphy. Il roule bien, en faisant plein de pauses, ce qui nous permet à tous de nous bourrer de burgers, de coca et de cigarettes tout au long de la journée. J’ai une toute bonne place au milieu du bus, parfaite pour pioncer, et je me fais pas prier pour en profiter. Je dors de manière tellement honteuse, ne me réveillant que pour les pauses, que ça fait bien rire un vieux black à la barbe blanche derrière moi qui m’annonce : « You sleep like a little baby ». Après une dizaine d’arrêts, entrecoupés de siestes et d’un changement de chauffeur, on arrive enfin à Denver. Il est 17h, le prochain bus pour Salt Lake City démarre vers 23h, on a 6 bonnes heures à tuer.

Ian, avec qui j’ai fait connaissance pendant la journée, me suit à travers les rues de la ville. Il m’apprend qu’il a défendu des gens en se battant hier soir à la gare de Kansas City, qu’il croit bien qu’il s’est cassé le pouce, mais qu’il a obtenu en remerciement des pierres précieuses qu’il espère échanger contre quelques pauvres dollars dans un pawn shop de la ville. Malheureusement pour lui, les magasins de seconde main sont déjà fermés, et je suis presque obligé de lui lâcher quelques dollars pour qu’il puisse bouffer et qu’il me laisse me balader seul dans les rues.

Je me fais un bon plat de nouilles chinoises en terrasse et me promène dans le centre-ville jusqu’à la tombée de la nuit. L’endroit est super agréable, et bien fréquenté, Denver est officiellement la première ville qui me plaît depuis mon entrée sur le territoire US.

Quelques heures d’attente dans la gare des bus avec Ian, et un pote qu’il a rencontré dont j’ai oublié le nom, et on embarque pour Salt Lake. On a eu la bonne idée de se mettre assez tôt dans la file, car une fois de plus, le Grehound est surbooké. Le chauffeur, une sorte de parrain Henry, m’autorise exceptionnellement à m’asseoir tout à l’avant avec Ian, assurément la meilleure place du bus.

Le dernier à monter dans le bus est un gros lard avec des seins qui ressemble à une femme. Ses sandales laissent apparaître des pieds recouverts de champignons, il pue à vomir et porte un t-shirt noir recouvert de pellicules et d’une grosse tache de yaourt séché (ou autre) en bavoir. Je voudrais pas être celui à côté de qui il va s’asseoir… Il se dirige lentement vers le fond, pour revenir ensuite vers l’avant : il n’y a plus de place qu’il me dit. Entretemps, le chauffeur, qui boit un café dehors avant de démarrer, a verrouillé la porte de l’extérieur. L’homme-femme commence à trouver le temps long et se met à taper comme un malade sur la porte pour que le chauffeur le remarque et lui ouvre. Je ne peux pas contrôler mes fous-rires, c’est vraiment trop drôle…

Dix minutes plus tard, le chauffeur finit par revenir et lui trouve une place à côté d’un petit rappeur rasé au visage balafré avec qui j’avais échangé quelques mots dans la gare des bus. Le pauvre, il va passer une sale nuit… Au premier arrêt, 2 heures plus tard, une personne descend et le rappeur en profite pour changer de place, et s’asseoir à côté d’une fille qui est maintenant toute seule. Elle n’est pas contente, et une dispute commence. Ils se gueulent dessus comme des chiffonniers. La fille est égoïste, elle veut être seule pour pouvoir dormir! Quant au rappeur, je peux pas lui donner tort, il a juste envie de pouvoir respirer un peu d’air frais… Voyant que les esprits s’échauffent, le chauffeur s’empare du micro et annonce que s’il entend encore une seule mouche voler, il déposera les troubleurs de fête sur la première aire de repos, et il clôture par : « ceci sera mon seul avertissement! »

Avec Ian, à l’avant, on rigole bien, même s’il a de plus en plus mal à son pouce. Je lui file un Dafalgan codéine pour qu’il arrête de se plaindre et me laisse dormir un peu, l’effet est réussi, il s’endormira comme une masse un quart d’heure plus tard. La nuit est agréable, parrain Henry roule vite et bien, et à l’aube, quand il nous arrête dans un Mac do pour le déjeuner, on est déjà en Utah, accueillis dans un paysage lunaire par un lever de soleil à couper le souffle.

Il roulera comme ça jusque Salt Lake City, où il mettra fin à l’excursion par un petit speech de clôture au micro. C’est décidément le moment que je préfère dans le voyage, ces speechs des conducteurs, ils ont tous un style différent, mais à chaque fois c’est super drôle, tellement ils se prennent pour des pilotes d’avion.

Une heure d’attente à Salt Lake plus tard, un autre chauffeur nous emmène dans un bus tout nouveau et presque vide avec une arrivée prévue en soirée à Reno, destination finale pour le voyageur aux jambes en crampes que je commence à devenir après presque 72h assis sur mon siège.

Le paysage est magnifique, et dans le car, l’ambiance a complètement changé: les gens qui ne se sont pas parlés pendant 3 jours commencent à se rapprocher et des groupes se forment, on a un peu l’impression qu’ils réalisent qu’il va bientôt falloir dire adieu à la gueule de leur voisin qu’ils commencent à apprécier.

Un couple de burners végétaliens, Jérémie et Mélodie, se rendent eux aussi au Burning Man, ça fait presque cinq jours qu’ils sont partis de Montréal, autant dire qu’ils trépignent.

Puis il y a aussi Margaret, une jolie rousse de la côte Est. Elle me raconte un peu sa vie: son mec l’a larguée, et elle a quitté maison et enfants pour s’exiler chez son frère dans l’Ouest, et se refaire une situation. Elle est bourrée de charme du haut de ses nombreuses bougies, je crois que je commence à apprécier les femmes mûres.

Mon pote Ian, lui, s’est enfin réveillé et trépigne sur son siège, me demandant l’heure toutes les cinq minutes et me répétant ô combien il se réjouit de serrer Sarah dans ses bras.

Arrivée à Reno, enfin… Bonheur! La ville est une sorte de Las Vegas miniature : partout où que l’on tourne la tête, les enseignes lumineuses clignotent, attirant aussi bien le touriste que le local vers l’enfer addictif des machines à sous, des roulettes et des parties de poker.

Je préviens Poppet, l’organisatrice en chef du camp Playa International pour le Burning Man, que je suis enfin arrivé! Raph, lui, est déjà là depuis hier soir, ils passeront me chercher à la gare des bus dans un petit quart d’heure. En attendant, je fais un peu connaissance avec la fameuse copine d’Ian, et j’embrasse une dernière fois Margaret en la serrant fort contre moi et lui souhaitant bonne chance pour la suite…

Voilà Raph qui déboule, il a la banane on dirait! On se tombe dans les bras en se huggant a l’américaine, qu’est ce que c’est bon de retrouver un de ses meilleurs potes à 10000km de chez soi, c’est presque irréel. Poppet est au volant, et est plutôt pas mal dans son genre… Sur le coup, je me sens con d’avoir cru que c’était un mec pendant 3 mois. Ils sont accompagnes de Vee, un gars d’Ottawa d’origine indienne très sympa qui me met tout de suite à l’aise. On roule vers la baraque de Moonpuppy, un autre organisateur du camp PI (Playa International pour le profane). Il habite à Sparks, un petit faubourg résidentiel à 10 minutes en bagnole du centre, et va nous héberger gratos jusqu’au grand jour.

La maison est grande et agréable, il y a déjà pas mal de burners au rendez-vous : Moonpuppy d’abord, tout à fait J-F d’heur, mais en plus petit et plus gros, puis Alex, une danoise de 35 ans qui ressemble à tata Danièle; Eslag, un autre danois de 28 ans, rasé avec une crète; Aleksander, même âge et danois lui aussi, plus sérieux, et plus réservé, mais avec une toute bonne tête.

Qui d’autre? Ah oui, Vee bien sûr, et son pote George Dororgi, Servoutch en pire avec la gueule de Rocco Sifreddi, et déjà surnommé par Raph « Giorgio Orgy ». Et enfin, Dub, un français de Dijon qui vient pour son premier burn, très très sympa, surtout pour un français, et le coeur sur la main. Thundercat, le mari de Poppet, lui, est déjà à Black Rock City (nom de la ville créée pour le Burning Man) pour préparer le camp, et monter la « shade structure », qui va nous permettre de survivre au soleil cuisant de la Playa (site du festival) tout au long de la semaine.

Moonpuppy, et son père Moonpapy, ont acheté la maison il y a peu et sont toujours en train de fignoler l’extérieur. On se pose tous sur la terrasse dans une ambiance bon enfant, et on fait petit à petit connaissance devant une bière, puis une bouteille de rhum qu’on décide d’offrir avec Raph en guise de remerciement pour l’hébergement.

Ce soir, rien de bien stressant au programme, les vrais préparatifs ne commenceront que demain. En attendant, on va tous se retrouver chez Haggy’s, un vieux de la vieille qui accueille des burners du monde entier chaque année. Sa maison est exceptionnelle, décorée de souvenirs du monde entier, et regorgeant d’instruments de musique, de billards et de canapés. Une bonne cinquantaine de burners y sont entassés, à l’intérieur et sur la terrasse: une véritable auberge espagnole XXL. Les mains se serrent, les noms s’échangent, à un rythme tel qu’il faut user de toute sa concentration pour en garder ne fût-ce que la moitié en tête.

Raph y a déjà passe la soirée hier, il me présente direct à son personnage préféré : « Very Bad Santa », une vieille bête de 200kg, à la longue barbe blanche et la pipe au bec. J’aurais du m’en douter, c’est un traquenard : le plaisir du vieux pervers est de jouer du martinet sur les fesses des virgin burners. Raph se marre, moi pas… Heureusement, l’histoire plutot crédible de mon cul déjà baptisé par 2 mois de selle de vélo me fait gagner son respect, ainsi qu’un petit sursis jusqu’au lendemain avant la traditionnelle fessée… Autant vous dire que je compte pas le revoir!

On rencontre pas mal de gens, principalement des anglais, dont Muffin, une fille aux cheveux roses et son mari Turtle, un mec dans la vingtaine mi-mousquetaire, mi-fanfan la tulipe, vraiment très sympas. Les discussions se poursuivent jusque 23h, moment où Haggy tire la sonnette d’alarme : les flics rôdent pour tapage nocturne et les voisins, ainsi que plusieurs de ses hôtes, commencent à fatiguer… En gros, on doit se barrer! On finit la soirée sur la terrasse de MoonPuppy, suivis par quelques anglaises dont la petite Kaylie, qui est déjà chaude sur un peu tout le monde, mais qui est aussi et surtout bien coconne.

Raph, qui est venu au Burning Man dans l’espoir d’y trouver réponse aux questions existentielles qu’il se pose (to be gay or not to be? :-)), se lance dans une discussion dangereuse, aussi bien pour son niveau d’anglais que pour l’intérêt de son seul et unique auditeur (excepté moi-même), Vee, qui, on l’a compris dès la première seconde, préfère de loin parler cul et gonzesses que philosophie… « Quelle est l’origine de tout? » « Pourquoi vit-on, et dès lors, pourquoi continuer? Pourquoi assurer la continuité de la vie? » « Quel en est le but? »

On aura à peine commencé à débroussailler le sujet, que MoonPuppy nous dirigera en rabat-joie vers les étages, du moins pour les autres, car Raph et moi, ce soir, on dort sur le canapé-lit du salon. On continuera notre discussion jusque bien tard, tentant de trouver réponse ou du moins raison à certaines de ces questions, tout en entrecoupant notre réflexion de petites anecdotes de nos voyages respectifs avant de se décider à s’octroyer un peu de repos.

Une réflexion au sujet de « All the way to Reno… »

  1. Souvenirs souvenirs ….. La région de Salt lake c’est trrrrès beau !
    Tu veux qu’on t’envoie des moufles pour affronter le froid des prochaines semaines ? 😀

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