Burning Man day 1

Réveil difficile vers 7h ce matin, tout le monde est déjà debout, la plupart en train de mettre la dernière main à leurs costumes et le reste se contentant de sagement siroter un café sur la terrasse avant d’attaquer la route.

On ne démarre que vers 11h. Black Rock City est à 4h de route au Nord, au milieu de nul part. Poppet conduit vite, elle a envie d’arriver, de revoir la Playa et son homme. On est 8 dans la bagnole : Dub, Raph et Aleksander à l’arrière qui se contentent d’essayer de dormir sans dire un mot, Muffin et Eslag sur la banquette du milieu, puis Turtle et moi, et enfin Alex à l’avant.

Le voyage se fait dans la bonne humeur, du moins à l’avant, car à l’arrière, la chaleur est apparemment insupportable. Entre la banquette du fond et celle du milieu, les avis sont mitigés entre ouvrir la fenêtre et la fermer, et je rigole sous cape en voyant la gueule de Raph qui sue en silence sans pouvoir rien faire…

Les bouchons que Poppet redoutait à l’entrée du festival sont fort limités, 15 minutes à peine. Le paysage a changé, on est maintenant sur la Playa, une cuvette désertique entourée de montagnes et complètement plane. La voiture avance à l’aveugle, se contentant de suivre le nuage de poussière soulevé par les roues de celles qui la précèdent.

Nous voila au Will Call, c’est l’heure de sortir du van et de se procurer nos billets. L’entrée du festival n’est plus très loin, juste encore une petite heure d’attente dans la file, à parler à gauche à droite et à répondre au top 3 des questions qui vont être monnaie courante tout au long de la semaine:  « What’s your name? », « Where are you from? », « Is it your first burn? »

Voilà, on a les tickets, Black Rock City, here we come! On commence à apercevoir les premières tentes à moins d’un km au loin dans le désert. Raph, Aleksander et moi, on décide de continuer a pied, mais le garde de sécurité, un burner en maillot coiffé d’une perruque et recouvert de poussière n’est pas du même avis : c’est trop dangereux et de toute façon il n’y a aucune entrée pédestre de prévue à Burning Man! Mais il apprécie notre geste, arrête un camping-car et demande à ses occupants de nous conduire jusqu’aux Greeters, point d’entrée de la ville.

On s’installe à l’arrière de la caravane d’un couple bien sympa de Reno qui en sont a leur troisième burn. Ils nous offrent à chacun un bracelet en guise de first playa gift. Ca aussi, c’est une chose importante au Burning Man, tout le monde s’offre des petits cadeaux.

Nous voilà à l’entrée, il est de tradition pour les virgin burners de ramasser une grosse barre de métal et de faire résonner la cloche dans le silence du désert. On descend de la caravane, et on s’exécute sans se faire prier.

Bordel, le Burning Man, ça y est, on y est enfin! Avec Raph, on réalise pas encore, ça fait tellement longtemps qu’on en parle. La ville a l’air immense, organisée en demi-cercle, et découpée en rues à la manière des heures d’une horloge, toutes les demi-heures entre 2 et 10h, puis en anneaux allant de A à I, du centre vers l’extérieur. Au centre de l’horloge se trouve normalement le man, et à midi, le temple, mais on est encore bien trop loin que pour les apercevoir.

Notre camp, le Playa International, se trouve dans le Death Barbie Village, à 3h30 et E. On marche donc dans cette direction sans se presser, traversant les rues encore recouvertes d’une croûte craquelée de sable séché. Partout autour de nous, les gens s’installent, montent les tentes, tendent les bâches et mettent la dernière touche à leur camp à thème.

Je me sens à la fois incroyablement libre et minuscule, j’ai envie de crier fort, de courir dans le désert les bras écartés, et de me laisser emporter par la brise. La ville est immense, et pourtant, on n’a encore rien vu, mais on comprend déjà qu’on aura à peine le temps d’en visiter le quart que la semaine sera déjà terminée.

Nous voilà arrivés devant ce qui va être notre camp pour la semaine a venir : un ancien bus scolaire, peint d’un côté en orange avec le nom de Thundercat, et en blanc de l’autre, avec celui de MoonPuppy. A côté du bus, à même la rue, une large structure de bâches micropercées tendues par des mats assurent un bon 40m2 d’ombre, et un petit chapiteau un peu plus loin fait office de cuisine. L’endroit me plaît direct : plein de canapés, de chaises, le tout sur une immense carpette qui isole le camp du sable du désert, vraiment du tout beau travail.

On fait la connaissance de Thundercat, une armoire à glace, uniquement vêtu d’un kilt kaki. Il nous explique que cette année, grâce à l’invitation des Death Barbie à camper avec eux, on peut s’estimer heureux, car on a un emplacement de choix dans la ville. Apparemment, il est de plus en plus difficile au fil des années d’obtenir une place pré-assignée proche de l’Esplanade, l’anneau intérieur, qui est centre de la vie aussi bien diurne que nocturne de Black Rock City.

On décharge les vans en vrac sur la moquette avant de commencer à planter les tentes de l’autre côté du bus. Thundercat nous demande d’optimiser l’espace, de nous organiser en mini-rues avec les entrées du même côté, ça fait un peu scout, mais on est tellement content d’être là qu’on s’y plie. La plupart n’ont jamais fait de camping, il y en a même qui ont oublié de prendre un couteau suisse, Muffin et Turtle! Tss, quand je pense que c’est eux qui avaient le plus de matos dans le van…

Avec le vent qui s’est levé, les tentes ne sont pas faciles à monter et, pour couronner le tout, les piquets tiennent pas bien dans le sable… Je rassemble ma bouffe et mon eau pendant que les autres s’installent et plante ma tente en dernier, à côté de celle d’Aleksander, qui est de loin celui avec qui je m’entends le mieux dans le groupe.

Le soleil est déjà bas dans le ciel, mais le camp n’est pas encore au complet: les autres ne nous rejoindront que pendant la nuit ou demain matin. Raph et moi, on décide de profiter du fait qu’il y ait pas encore trop de monde pour préparer notre cocktail de bienvenue, le fameux mojito à la menthe fraiche! Il ne manque que la glace…

Or, les deux seules choses que l’on peut obtenir avec de l’argent à Burning Man, ce sont justement du café/thé au Center Camp, et de la glace dans un des centres qui en vend. Seulement, le centre a fermé ses portes à 18h, et commencer la semaine par des mojitos sans glace, ce serait un péché…

C’est le maire du village Death Barbie, Felony Larson (surnom qu’on arrivera jamais à retenir et qui sera bien vite remplacé par Melody Nelson) qui nous en filera un sac, après avoir reçu promesse de notre part de lui en ramener un autre à la première heure demain matin.

Je coupe les citrons et Raph prépare les mojitos comme un vrai barman. Les membres du camp sont ravis, surtout Poppet qui n’avait jamais goûté le précieux nectar, et qui découvre, verre après verre, l’effet traître qu’il peut avoir. On sirote nos boissons peinard, partageant à droite à gauche avec qui veut, avant de remplir nos tasses et celle d’Aleksander à ras-bord, d’apporter un bon litre du précieux mélange à notre voisine Melody Nelson pour la remercier, et de partir en exploration tous les trois.

Quand on descend la rue 3h30 vers l’Esplanade, on est déjà bien joyeux… Et là, c’est la surprise! Il a beau faire déjà nuit noire, tout autour de nous est illuminé et en mouvement, ma première impression est celle d’une immense fête foraine, qui s’étend sur le sable, presque à perte de vue. Tout le monde est déguisé dans des costumes plus ou moins lumineux (et de plus ou moins mauvais goût) et des voitures spéciales, les Art-Cars, circulent musique à fond tout autour de nous, transportant les burners d’un bout à l’autre de la Playa.

En se baladant, on tombe par hasard sur deux anglaises de notre camp, Ellie et Jennie, qui s’apprêtent à monter au hasard dans une de ces fameuses voitures. On les suit et après une belle balade à travers les rues de la ville, l’Art-Car nous emmène droit vers la Playa, dans la direction du désert, pour nous déposer dans un endroit retiré d’où on peut voir toute l’Esplanade s’étirer en une guirlande de lumière sous la forme d’un demi-cercle.

On se balade d’oeuvre d’art en oeuvre d’art au milieu du désert. Le moment est génial mais je commence à fatiguer. Puis, l’alcool est redescendu et j’ai pas trop la tchatche. Non, je me contente de suivre seul derrière les 2 couples qui se sont formés, Raph et Ellie (que je surveille d’un oeil pour Perrine) et Jennie et Aleksander (eux, je m’en fous). Je ne me lasse pas de regarder tout autour de moi, impression indescriptible d’immensité et d’aléatoire. Des gens à vélo, à pied, sur des voitures, dans des costumes qui prendraient au moins 2 pages à décrire, des oeuvres d’art à gauche à droite, plus farfelues les unes que les autres… Burning Man, aujourd’hui, c’est ça pour moi : un chaos artistique, un univers aléatoire, une fête foraine pour grands enfants.

Les filles se dirigent vers l’Opulent Temple, elles veulent aller danser, moi pas! Je me sens vanné, puis j’ai envie de me lever tôt demain pour prendre le temps d’explorer la Playa en plein jour. J’annonce à Raph que je rentre à la tente et il décide de me suivre, abandonnant ainsi sa nouvelle petite amie, ainsi qu’Aleksander et la sienne qui partent de leur côté pour commencer la fête…