Burning Man Day 2

9h du mat quand j’ouvre les yeux, il fait à mourir de chaud dans la tente, impossible de dormir plus longtemps. Non, il faut sortir du four et vite, sous peine de s’y faire cuire. Dehors, tout le monde est déjà levé et rassemblé sous la grande bâche. Apparemment, je tombe à pic, il y a une réunion du camp tout entier dans 10 min.

MoonPuppy et Thundercat prennent la parole à tour de rôle, nous souhaitant la bienvenue, et nous expliquant rapidement l’organisation du camp, de la manière dont on trie les déchets aux activités prévues pendant la semaine. Il faut savoir que Burning Man est un événement dont la règle première est « Leave no trace ». Il n’y aucune poubelle sur le site, et il y est interdit de jeter quelque déchet que ce soit par terre, tout ce qu’on produit comme déchet doit être emmené avec soi au retour, et même les mégots de cigarette doivent être collectés en poche ou stockés sous les lacets. Chose étonnante, les gens ont l’air de vachement respecter, plutôt impressionnant pour une foule qui atteint bien souvent 50.000 personnes en fin de semaine.

Cette année, on est plus de 70 burners de toutes origines réunis dans le camp Playa International. Il y a des gens d’un peu partout, principalement des américains, des anglais et des danois. On fait la connaissance de Nola, une danoise jolie comme un coeur qui est accompagnée de son copain. En restant du côté de Copenhague, il y aussi Michael, un avocat plus âgé en costume de squelette, Christian, une sorte de moine en soutane vert fluo, Jette, qui a quand même du mal a nous faire croire qu’elle a 39 ans et deux enfants (surtout pour Raph qui l’a vue se doucher nue contre la paroi du van), ainsi que Connie qui nous souhaite la bienvenue d’un sourire à réchauffer un coeur congelé. Rien à faire, mais ma première impression est excellente : ça a l’air d’être des gens bien ces danois…

Raph, lui, ronchonne déjà : il s’attendait à un festival hippie pur et dur, à rencontrer des gens avec 20 ans d’avance sur lui, et pour l’instant, il m’avoue n’avoir encore vu qu’un énorme camp de vacances pour jeunes blancs friqués. C’est vrai qu’il a pas entièrement tort, surtout sur le dernier point : à part quelques chinois çà et là, la quasi totalité de la population Black Rock City a la peau blanche… Plutôt étonnant pour un festival ayant lieu dans un pays connu pour son melting-pot racial réussi.

On bouffe un bout et on part faire un tour, suivis d’Aleksander. On commence à se demander s’il n’est pas gay, il nous suit sans arrêt et est fort touche-touche… On se balade au hasard sur l’Esplanade, et on s’arrête pour un petit verre au Bloops, une grande tente lounge bien ventilée où ils servent un cocktail à base de champagne. Raph et moi, on commence bien la journée : on a oublié nos tasses en plastique à la tente. Or, s’il y a bien une chose qu’il faut toujours avoir sur soi au Burning Man, c’est bien une tasse à la ceinture, prête à être dégainée et remplie à tout moment.

On parle à gauche à droite, trop de rencontres que pour les expliquer toutes, des conversations bien souvent superficielles mais qui débouchent parfois sur quelque chose d’intéressant. Burning Man, c’est ça aussi, il faut gratter un peu sous la couche de sable pour trouver ce que l’on cherche.

Une fille nous suit comme une mouche à merde, avec les yeux qui crient quequette. Elle est encore sous l’influence de la MDMA qu’elle a pris hier soir, nous confie-t-elle fièrement. On se dirige avec elle vers le Center Camp, situé dans la rue principale à 6h00, en alignement parfait avec le temps et le man. C’est, comme je l’ai déjà expliqué, le seul endroit où ils vendent des boissons, et c’est aussi un petit oasis de paix au milieu du chaos, sans conteste l’endroit le plus hippie de Black Rock City.

Le camp est composé d’une immense tente de toile ronde en forme de chapiteau de cirque, avec au centre une scène commune pour activités diverses : danses, concerts, massages…  Tout autour de l’arène, des fauteuils, des bancs, des sculptures, des gars qui peignent des seins nus, des espaces d’expression libre, des tables de massage… On pourrait y rester des heures sans s’ennuyer une seconde, juste à regarder la diversité de ce qui se passe autour de soi.

Je me prends un café et parviens à lâcher Raph, Aleksander et surtout la fille, et m’installe peinard sur un banc recouvert de coussins, à regarder autour de moi l’esprit tranquille, à parler avec mes voisins en essayant de dépasser le traditionnel top 3 des questions. J’ai envie d’enquêter et de savoir pourquoi ces gens viennent ici, ce qu’ils pensent du Burning Man à un autre niveau que celui de l’art ou de l’amusement. Contrairement à Raph qui s’avoue déçu d’emblée, je reste optimiste et persuadé qu’en creusant au bon endroit sous la couche de superficialité, et en s’avançant du côté des camps moins bruyants et moins illuminés, on finira par trouver l’esprit profond du BM qu’on est venus chercher.

Aleksander m’a retrouvé, Raph lui a dit qu’il rentrait au camp. On repart donc à deux sur le Playa, marchant lentement en direction du Man, qui trône fier comme un coq au centre du bazar, entouré d’une structure de bois géante qui fait penser à une couronne d’épines. Que représente cette icône? La signification est différente pour chacun…

On passe la journée à se balader au hasard sur le sable du désert, s’avançant vers ces endroits plus isolés où des artistes plus discrets se sont installés, comme s’ils voulaient que seuls les gens se donnant la peine de marcher 2 kilomètres puissent voir ce qu’ils sont venus montrer. On passe aussi voir la fameuse roquette, une des pièces maîtresses de cette année, que Raph avait repérée sur le web au préalable, et qui est supposée décoller vendredi.

Je sais pas si je vous l’ai déjà dit, mais le thème de cette année, c’est « Evolution ». Sur le site du Burning Man Project, on peut lire ces quelques questions ouvertes : « Que sommes-nous en tant qu’êtres humains? D’où venons-nous? Et comment pouvons nous adapter pour survivre à un monde en perpétuelle mutation? »  Sur le papier, ça a l’air super intéressant, mais sur le terrain, on a du mal à vraiment voir de quelle manière ces questions ont été traitées par les artistes, ou alors faut vraiment consacrer son festival à explorer la dimension artistique, mais ça impliquerait de sacrifier la dimension sociale (rencontre avec les autres membres du camp et les inconnus) et festive (alcool et fête). Dur dur de trouver son juste milieu, surtout la première année.

Et puis, ce qui est à la fois génial et effrayant ici à Burning Man, c’est qu’on se rend compte que la moindre action qu’on exécute à l’instant T influence complètement où et ce que l’on sera à l’instant T+1 : selon qu’on rencontre la rue de droite ou gauche à un croisement, on rencontre X ou Y qui nous feront sans doute prendre deux directions différentes, et ainsi de suite. Rien de bien nouveau en théorie cet effet papillon, mais c’est juste qu’on s’en rend vraiment beaucoup plus compte ici, à Black Rock City.

Tout ça pour dire qu’il est difficile de planifier sa journée à Burning Man, la ville ressemble tellement à un gros chaos intéressant de tous côtés que le mieux est encore de suivre son instinct et de laisser faire le hasard, pour vivre sa propre expérience unique.

Soit! Un peu plus loin dans le désert, dans l’alignement du Center Camp et du Man, se dresse le temple, qui, cette année, a la forme d’une tulipe de bois géante. Le bâtiment n’est pas encore complètement achevé, et est toujours fermé au public, il faudra revenir plus tard… Derrière le temple, plus loin dans le désert, un couple complètement nu est en train de faire l’amour debout sur le sable, comme quoi, on peut voir de tout ici…

De retour au camp, je retrouve Raph, assis dans un canapé, le programme du festival entre les mains. Il passe en revue les différentes conférences et ateliers qui ont lieu tout au long de la semaine. Ce soir, il y a un truc intéressant sur l’interprétation des rêves à 7h30 et H, de l’autre côté de la ville, dans un camp appelé HeeGeeBeeGees, on décide de s’y rendre après avoir mangé un bout, chili con carne en boîte, même pas besoin de le réchauffer, il a cuit toute la journée dans la tente.

Quand on arrive enfin aux HeeGeeBeeGees, il fait presque noir. La tente est remplie de jeunes hippies, assis en lotus. Le séminaire sur les rêves est terminé, mais comme le dit le maître de cérémonie, debout au milieu du cercle, c’est maintenant une séance de méditation qui va commencer. On se trouve une place où on peut, et on rejoint les autres en position de boudha. Le mec au centre frappe sur un tam-tam tout en donnant, d’une voix soporifique, les instructions à suivre pour descendre dans un trou mental et y trouver son animal de compagnie, on se croirait dans Fight Club. C’est plutôt relaxant et agréable, mais ça marche bof pour moi, je reste à la surface de mon puits sans parvenir à rien penser d’autre qu’à mon chat…

Le maître de cérémonie demande maintenant de choisir un partenaire pour parler de ce que l’on a vu. Bon, il va falloir sortir discretos : il n’y a que des hommes ou des hippies poilues autour de moi, et si j’ai trois mots à dire sur ce que je viens de vivre, c’est beaucoup… Raph pense pareil on dirait : il est déjà sorti de la tente.

En prenant le chemin du retour, on passe par hasard devant le camp AEZ, l’Alternative Energy Zone, qui, comme son nom l’indique, promeut l’utilisation d’énergies renouvelables. Intéressant tout ça… Becks, une jolie blonde australienne nous y accueille, il est trop tard que pour visiter leur projet aujourd’hui, mais si on a le temps de revenir demain matin, une visite guidée est prévue à 11h.

On est encore bien crevés d’hier, et on est pas surs de trouver le courage nécessaire pour sortir sur l’Esplanade ce soir. Au lieu de cela, on s’arrête à un petit bar presque désert, un peu du genre de ceux que j’ai l’habitude de rencontrer sur ma route à vélo, et on se fait offrir un whisky sur glace, en discutant avec Alan, un tout vieux burner, ainsi que John, un des responsables de l’AEZ et sa femme. Ils ont fondé une compagnie dans le solaire et profitent de l’événement pour tester leurs dernières nouveautés, on les reverra sans doute à la visite guidée.

Retour au camp, avec la ferme intention d’y manger un bout, de sélectionner les activités du lendemain dans le programme et de sagement se reposer pendant que la cité s’amuse. Une black est couchée dans le canapé, à moitié endormie. Eden ne sait plus trop où est son camp et, vu son état de fatigue, elle s’est installée ici pour la nuit. Pas con comme idée, je me demande si je ferais pas bien ça l’année prochaine : venir sans tente, juste un petit sac de couchage et dormir à gauche à droite dans différents camps.

Voilà Jette, Connie et Aleksander qui reviennent au bercail à leur tour. Aleksander est bourré et super marrant, surtout quand il essaye de draguer la black avec sa voie bien grave et ses allures de James Bond. « So, you’re from New York? You want a beer? ». Il a beau essayer de la chauffer, Eden est vraiment de mauvaise humeur / désagréable, Madame nous explique qu’elle est une artiste, elle, et que nous, on est que des petits campeurs sans créativité, elle est vraiment chiante..

Les danoises ont dansé jusque maintenant, et Jette commence à fatiguer, elle va pas tarder à aller se coucher. De son côté, Aleksander est toujours occupé avec Eden et Raph baille toutes les 20 secondes… Aussi bien Connie que moi on n’a pas envie d’aller dormir tout de suite. Que faire? Un petit art-car tout illuminé de blanc passe dans la rue devant nos yeux… On se regarde une seconde, puis, sans hésiter, on se lève, on court et on saute dedans, sans trop savoir pourquoi. Mon coeur accélère, c’est la première fois depuis le début du festival que je me retrouve seul à seul avec une fille…

Le véhicule nous emmène sur la Playa, à l’Opulent Temple, le seul endroit de la cité où la musique électronique ne s’arrête absolument jamais. On danse un quart d’heure (‘freux!) au milieu de la foule en délire, réchauffés par les jets de flammes et tentant d’attraper les lasers, avant de s’éloigner du bruit. Je l’emmène sur la Playa, en direction du désert. Elle est toute excitée : ni elle, ni Jette ne sont encore allées plus loin que l’Esplanade.

On se dirige droit vers le temple, qui est maintenant ouvert et entièrement illuminé dans des tons chauds. L’ouvrage est sensationnel, avec des passerelles qui permettent d’accéder à ses différents étages. Au milieu de la tulipe géante, un feu ardent brûle dans un immense tube de verre, les flammes y montant en spirale sur toute la hauteur du bâtiment. L’ensemble donne un lieu très calme, finement exécuté dans les moindres détails, et plus que propice à la rêverie et à la méditation.

Le temple est un des autres principes fondamentaux du Burning Man. Tout au long de la semaine, les burners viennent s’y recueillir, y inscrire leurs souhaits, leurs prières ou les choses qu’ils ont envie d’oublier sur ses murs de bois, et le dimanche soir, dernier soir du festival, dans un silence religieux, l’édifice s’envole en fumée vers le ciel, emportant avec lui les prières de chacun des participants.

Avec Connie, on passe un super bon moment. On vient de quitter le temple et on s’est arrêtés au milieu du désert, dans une petite cabane calme où des gens se réchauffent  sous le toit de métal léché en permanence par des flammes qui sortent de son centre. Plutôt romantique pas vrai? Mais, je vous rassure, on se drague pas, on se contente de faire connaissance. C’est une fille géniale à première vue:  35 ans, toujours souriante et prête à faire la fête. Elle vit à Arhus au nord de Copenhague, où elle est professeur de musique, de piano et de guitare. Elle a pas mal voyagé de par le monde, guitare sur le dos, et elle a vécu pendant plusieurs années dans une caravane. Elle n’est pas mariée, mais a un mec depuis 17 ans… J’explique pas pourquoi, mais on s’entend vraiment bien, comme si une putain de connexion mentale s’était installée en silence entre nous deux.

On clôture cette belle soirée autour d’un thé bien chaud du Center Camp, où on s’assied par terre, un peu rêveurs, autour du cercle de danseurs et de jongleurs. Il est pas loin de 3h du matin, mais ils sont toujours là, répétant inlassablement les mêmes gestes, comme si le temps n’avait pour eux aucune importance. Christian, toujours en soutane, est assis en boudha dans un coin reculé de la tente et, les yeux fermés, se fait masser par une jolie brune. Sur le coup, je me dis que ça doit être vraiment être génial de faire le Burning Man avec sa copine, vivre ce genre de moments qu’on arrive à fixer dans un coin de sa mémoire et qu’on oublie jamais…

Il est presque 4h, Connie, si on rentrait, non? il faut vraiment que je dorme tu sais… J’ai promis à Raph de l’accompagner au petit déjeuner des champions mentaux demain matin à 8h, il va me tuer si je me lève pas! Oui, je sais, t’es pas fatiguée, tu m’as déjà dit, mais il faut que tu dormes, ça fait presque 3 jours que t’as plus dormi là… Je sais que le festival te fait trop d’effet que pour te permettre de dormir, mais force toi un peu.. Compte les moutons, pense à rien, je sais pas moi…

6 réflexions au sujet de « Burning Man Day 2 »

  1. La suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite…………….!!!! On vient de t’envoyer un mail pour une bonne adresse à Québec ma poule… Bonne fin de périple…

  2. Salut Maurizio 🙂
    J’espère que tout va bien?
    Je suis étonné de ne plus voir de tes news sur le site? Marre d’écrire?
    Dis juste au moins comment ça va … ne fut-ce qu’au niveau santé et moral …
    En tout cas on pense bien à toi et on te souhaite une fin de voyage aussi magnifique que ce qu’elle a commencé !!!
    J’espère que tout se passera bien jusque Québec et que l’hiver ne sera pas trop difficile.

    A très bientôt et amuse toi bien.

  3. Même si je risque de m’en prendre plein la tronche : la suiiiiiiite ! 🙂

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