La suiiiiiite du Burning Man

9h tapantes, Raph secoue la paroi de la tente, c’est déjà l’heure du « Mental Champion’s Breakfast ». J’ai pas dormi des masses, mais ça va aller, c’est pas trop trop dur de gérer ici… Le camp du déjeuner est censé être pas loin du nôtre, mais trouver un emplacement exact à Burning Man, ça relève de l’exploit! On tourne et retourne dans les rues avoisinantes demandant à tout qui passe des infos sur le breakfast sans succès. On va finir par croire que c’est du pipeau ce déjeuner gratos, et que c’est pour ça qu’ils l’appellent « mental breakfast », vu qu’après avoir marché une heure, on a presque oublié qu’à la base on avait faim et qu’on venait pour manger.

Mais non, on finit par tomber dessus, il était juste sous notre nez, dans la rue principale… Pancakes, lard, confiture de myrtilles et riz au lait, le tout en minuscule quantité, mais c’est déjà le bonheur. Tout en léchant nos assiettes déjà vides, on écoute, plus par politesse que par réel intérêt, le blabla du chef de camp, une sorte de guérisseur à moitié fou qui prône la théorie géniale suivante : « Pour aider quelqu’un qui va mal, on doit plutôt montrer que nous on va bien que le contraire! » Waw, 2000 ans d’évolution pour en arriver… à ça, chapeau mon gars!

La réunion culinaire finit en gros hug général, à la demande du chef qui nous confie ressentir une énergie particulière dans le groupe. Le moment est grandiosement marrant mais aussi et surtout bien ridicule: on se croirait de nouveau dans une scène de Fight Club, celle des groupes de soutien où les gens pleurent dans les bras les uns des autres pour s’aider à surmonter leurs propres malheurs. Mais bon, cessons de nous plaindre, au moins on a mangé.

La visite guidée du camp « énergies alternatives » AEZ va démarrer d’ici peu. Il faisait trop sombre hier pour qu’on puisse repérer l’emplacement exact du camp, mais une chose est sûre: c’est pas tout près! On se trouve deux vélos, des YellowBike comme ils les appellent. Bon, en réalité, les Yellowbike sont de couleur verte, mais le principe reste le même : il s’agit de centaines de vélos mis gratuitement à disposition dans Black Rock City. Il est strictement interdit de les attacher ou de les garder jalousement pour soi tout seul. Non, non! Le but du truc, c’est de pouvoir emprunter un vélo pour se rendre rapidement à une destination et puis de le laisser sur place, pour que quelqu’un d’autre puisse s’en servir à son tour.

Dans notre souvenir, le camp est surmonté d’un grand panneau AEZ, visible depuis l’Esplanade, ça devrait pas être trop compliqué… Pourtant après avoir pédalé pendant un bon quart d’heure, toujours rien en vue. Raph part voir vers l’intérieur du cercle pendant que je continue à l’instinct. Quand j’arrive, la visite guidée a déjà commencé depuis longtemps, et est en fait quasi terminée. Il reste juste la caravane de John, notre pote du whisky d’hier soir, alimentée par panneaux solaires, et celle d’un vieil hippie qui cuit ses aliments dans des fours à miroir: rien de bien exceptionnel, autrement dit! Raph, lui, vient de débarquer, juste à temps pour la toute toute dernière étape de la visite, la seule réellement intéressante: un vélo solaire! Un peu lourd et encombrant, certes, mais qui a l’air de rudement bien rouler… Idée à voler/copier/améliorer sur solarbikeproject.com.

Après avoir parlé un peu avec le concepteur du vélo, on se sépare de nouveau : Raph profite de la proximité du camp HeeGeeBeeGees pour assister au séminaire sur Dieu et la religion qu’il avait souligné hier soir dans son carnet. Je décide de le laisser à ses prières et retourne seul au camp. Je fais bien:  l’après-midi danoise est sur le point de commencer!

Au menu, harengs et oignons sur pain noir, gouttes de Schnapps et petites bouteilles de Ganeel Dansk (une liqueur aux herbes qui arrache) que Connie me fait passer en grand nombre sous le manteau.

Décidément, on se rapproche de plus en plus elle et moi, on dirait qu’une amitié est née, sans rien dire ni faire… Après tout, peut-être qu’ici, c’est plus simple, peut-être qu’il suffit juste de passer un moment privilégié avec quelqu’un pour que ça suffise à faire toute la différence.

Une fois les réserves d’alcool épuisées, ceux qui ont leur compte s’endorment et les autres se dispersent, dans le but d’aller piller le précieux nectar ailleurs. Pour ce qui est de mon cas, je suis à moitié endormi à même le tapis, la tête posée sur une pastèque (MA pastèque, d’ailleurs! Affaire à suivre…).

C’est ce moment là que Raph choisit pour rentrer au camp, plutôt déçu par son fameux « séminaire ». Le pauvre petit boutchou ne s’amuse pas trop jusqu’à présent, il ne parvient pas à trouver ce qu’il est venu chercher (Pourtant, Aleksander est là, le torse musclé et velu, et ne demande qu’à s’offrir à lui…)

Heureusement, on a un plan plutôt intéressant pour le lendemain… C’est qu’en cherchant l’AEZ ce matin, on est tombés par hasard sur le camp des « Earth Rangers », sortes de « policiers » officiels de BRC, présents sur place pour faire respecter les règles du festival ainsi que la nature des alentours. Parmi les activités « nature » qu’ils proposent, il y a le « job-excursion » vers les sources chaudes, situées au pied des montagnes, en dehors de la playa. Les sources sont publiques, mais ne peuvent bien entendu pas accueillir 50.000 personnes en l’espace d’une semaine, vu l’équilibre naturel particulièrement sensible de la région. Notre job est simple : surveiller l’endroit et convaincre les éventuels burners qui s’aventureraient jusque là à renoncer de s’y baigner.

Oh yeah! Enfin une belle occasion de découvrir quelque chose de différent, de prendre un peu de recul par rapport au festival et de voir à quoi ressemble BRC de l’extérieur. On signe pour le shift de nuit de jeudi des deux mains avant de rentrer au camp tout contents (surtout le petit boutchou).

Les danois (encore eux) y arrivent en même temps que nous, et nous proposent de manger un bout tous ensemble, avant d’aller faire un tour au Fuck’n Suck Saloon pour la soirée.

En guise d’apéro, des bières par poignées et une petite soirée StoryTelling: Thundercat aime beaucoup lire des histoires et s’y prend bien, même si celles de Vee et Raph sont plus marrantes…

Sur le chemin qui mène au saloon, on perd Raph qui cale devant un film projeté sur un écran géant (ou sur le top à pois de la projectionniste, je ne me souviens plus). On danse un peu (‘freux) sans vraiment s’amuser aux alentours du saloon (qui n’a d’extravagant que son nom) et Aleksander et Dub disparaissent à leur tour, sans doute attirés çà et là par l’une ou l’autre femelle d’apparence encline à la reproduction.

Avec Connie et Jette, on finit par monter sur un art-car bateau pirate à 3 étages qui nous amènera droit sur le playa tout près d’une immense scène pyro. Le spectacle est envoûtant, on a envie de s’en approcher, de s’en approcher encore.

Même si les jongleurs laissent de temps en temps tomber un objet enflammé près de la foule, on s’y sent bien et incroyablement en sécurité… Je revois Mélodie, la végétarienne du Greyhound, qui a l’air à fond dans le trip BM (suffit de regarder la taille de la touffe qu’elle a sous l’aisselle).

Les deux danoises se mettent de nouveau à danser. Décidément, elles n’arrêteront jamais! Pour m’éviter cette nouvelle souffrance, je préviens que je fatigue et que je rentre SEUL au camp. Petite rencontre surprise sur le chemin du retour: la petite Ellie, la plus jolie des anglaises… Bon, elle est morte saoule et s’endort sur mon épaule à peine assise dans le canapé du campement, mais ça fait toujours plaisir!

Un peu plus tard, alors que je commence à m’engourdir et me prépare à délicatement l’éjecter, les danoises rentrent à leur tour, Connie n’a toujours pas dormi une seule seconde depuis le début du festival, je commence à me demander si on ne l’a pas droguée à son insu…

Epuisé, je rentre à ma tente. Raph, lui, ronfle déjà comme un cochon dans la sienne, et Aleksander pareil. Seul un petit détail fait toute la différence…

3 réflexions au sujet de « La suiiiiiite du Burning Man »

  1. Super! Enfin la suite, ça m’a vraiment manquer de te lire. J’espère que tout de passe bien!

  2. Salut Jé,
    J’espère que tout va bien pour toi … c’est vrai que ce serait pas mal si tu pouvais continuer un peu tes news parce que c’est le seul moyen qu’on a d’avoir de tes nouvelles…
    Enfin, jusqu’à présent, je les ai toutes lues … et je trouve que c’est vraiment un magnifique projet que tu fais là.
    Profites en bien et bon séjour dans le grand nord

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