La cureye du mont Sinaï

Aujourd’hui, c’est relâche, c’est décidé, je ne fais rien! Quand je me lève mollement vers les 11h, on m’apprend que l’ami Raph est parti de bonne heure à un séminaire sur la religion et son évolution à travers les âges. Il commence à me faire peur : avec un peu de chance, il va se faire signer curé avant la fin du festival.

Je l’attends au camp en glandant dans les canapés, à parler à qui veut bien m’entendre. C’est assez facile de vivre ici en fait, il suffit de boire de l’eau et de se laisser aller… Cette après-midi, on s’est programmés un dernier petit séminaire avant de décoller vers notre excursion de la semaine, les Hot Springs. Le sujet a l’air super intéressant : le « technomadisme » ou « comment voyager tout en travaillant et en restant à la pointe de la technologie », exactement la direction dans laquelle j’ai envie d’avancer dans le futur.

Voilà Raph qui revient. On casse la croûte en vitesse, puis on démarre en direction du séminaire accompagné de l’ami Vee (uniquement vêtu d’un moule-bite rouge alerte à Malibu style). On se déplace en bande, fouillant derrière les caravanes dans l’espoir d’y trouver des YellowBike. On se croirait un peu dans un jeu vidéo, courant à gauche à droite entre les tentes des allées, à la recherche du dernier vélo qui manque à notre gang pour pouvoir démarrer. Un GTA Burning Man serait tout à fait exceptionnel! Si j’étais encore aux études, je serais prêt à sacrifier une session complète pour pouvoir y jouer (remember the Vice City experience)…

Bon, le « technomadisme », par contre, c’était nul à chier (comme tous les autres séminaires d’ailleurs): juste un couple qui parlait (à voix basse et sous une tente bondée) de la manière dont ILS avaient emménagé LEUR caravane… Des bavards, une fois de plus, qui ont cru bon de tenir le crachoir tout le long juste pour nous parler de leur petite personne. C’est vraiment dommage parce qu’il y avait foule: pas mal de gens intéressés et à première vue intéressants, notamment quelques informaticiens, bien décidés à profiter de la révolution iPhone pour passer à travers les mailles du filet du travail sédentaire… Et l’autre con qui continue à nous parler de SES deux couchettes qu’il a installées dans SA caravane… On s’en fout bordel, on a envie d’idées nouvelles, c’est du vu et revu ta caravane, et en plus, je suis sûr qu’elle est pas belle!

De son côté, Vee commence à me gonfler lui aussi. Il fait le faux-cul avec nous à longueur de journée. En vérité, il se moque pas mal d’entendre ce qu’on a à lui dire. Non, tout ce qui l’intéresse, c’est la bibine et la bibite! Il aborde tout ce qui a une paire de seins et débite toujours les mêmes conneries! Ridicule! Enfin, ça a quand mêmes des bons côtés, vu que les filles souffrent tellement quand il leur parle, que quand on arrive pour redresser un peu la balance, elles courent se réfugier dans nos bras. (photo de la schtroumpfette à poil bientôt disponible, stay tuned).

Mais bon, désolé Vee, on n’a pas trop le temps de jouer les joli-coeurs aujourd’hui : l’heure du départ est proche au stand des Earth Rangers. Quand on y arrive, la voiture est prête à partir. C’est Rat Bastard, un vieux burner, qui s’installe au volant, accompagné de Marvin Jay, une sorte de Phil en co-pilote. Après un détour forcé par notre camp pour y emporter un supplément d’eau potable, la jeep sort de l’enceinte du festival et s’engage nerveusement sur la seule piste dessinée dans le sable du désert. Le moment est grandiose : le sable vole de partout, même à l’intérieur de l’habitacle, il fait irrespirable, on se croirait en plein Paris-Dakar.

Il y a plusieurs Hot Springs à surveiller et on commence par déposer un couple plus âgé aux sources les plus proches. Eux qui se frottent déjà les mains d’enfin disposer d’un peu d’intimité, ils changeront vite de tête quand ils découvriront qu’ils ne sont pas les seuls sur place : un camp de romanichels a élu domicile à côté du bassin d’eau chaude, une toute belle soirée pour eux en perspective…

On repart dans le désert, il fait toujours aussi irrespirable. Raph se risque à ouvrir une fenêtre qu’il referme aussitôt : le sable s’est engouffré partout, et surtout dans les yeux de la fille un peu bizarre qui est a l’arrière. On la déposera un peu plus loin, au prochain spot à surveiller. Elle m’avouera, avant de descendre de voiture, que sa démarche à elle, c’est de s’isoler pour pouvoir « danser » toute la nuit à son aise au milieu du désert. Interesting, isn’t it?

Et la jeep repart une fois de plus dans un nuage de fumée… On se retrouve maintenant seuls avec les Rangers, avec qui on commence à avoir une bonne discussion. Ils semblent plus confiants maintenant qu’on est entre hommes, et Rat enfonce un peu le pied sur la pédale.

A l’horizon, le soleil entame déjà sa descente. La jeep vole littéralement sur le sable du désert. Les sources qu’on doit surveiller sont à l’opposé de la cuvette désertique, à une dizaine de kilomètres, juste au pied des montagnes. D’après Marvin, si on escalade un peu, on pourra voir BRC au loin qui brille de mille feux, un spectacle à couper le souffle! Sans blague, Marvin, tu crois qu’on est venus pour quoi? Pour jouer les scouts et faire les policiers avec les méchants burners qui veulent faire trempette?

Quand la jeep disparaît à l’horizon, le soleil est sur le point de se coucher. Il faut faire vite si on veut goûter aux joies de notre jacuzzi naturel. On se fout en slip (Raph voulait se mettre nu, mais j’ai dit non) et on s’aventure dans le bassin à petits pas. Elle est chaude, très chaude même, et le fond, lui, est bien vaseux, mais c’est le bonheur… Surtout après 4 jours dans le désert sans s’être lavés.

Plus loin, près d’un demi tonneau métallique à barbecue, il y a un petit abri. Enfin, quand je dis abri, c’est un grand mot. En vérité, il s’agit juste d’une toile microperforée pour s’abriter du soleil. On a pas pris de tente, va falloir dormir à la belle étoile. Par contre, on a du vin, du beef jerky et des biscuits salés en apéro, de quoi se faire plaisir! On pose nos sacs sous le shelter et on part dare-dare vers la montagne en entamant joyeusement la bouteille.

Il fait noir quand on y arrive. L’escalade n’a pas l’air dangereuse, ou alors c’est l’effet de la bouteille (qui est déjà vide) qui nous rend confiants. Les premières centaines de mètres sont easygame, avec des gros rochers en pente douce, mais c’est après que ça se corse: des passages plus casse-gueule, surtout pour mes pauvres semelles plates. Mais la lune, presque pleine, nous éclaire la route, et on continue l’ascension sans problème, vainquant à tour de rôle chacun des 4 paliers qui nous séparent de notre but ultime.

Au sommet, la vue est exceptionnelle : une étendue désertique à perte de vue avec une grosse guirlande de Noël aux mille couleurs en plein milieu : Black Rock City la magnifique. C’est de loin le meilleur moment de la semaine. Au loin, dans la ville utopique, la fête bat son plein. La foule en délire festoie une fois de plus autour de son idole, le Man. Mais nous, ce soir, on s’en fout, on est au sommet du mont Sinaï. Reste plus qu’à trouver nos dix commandements…

On se pose une heure ou deux au sommet. L’endroit est lunaire : aucune plante, aucun animal… Seules la lumière des phares d’un train qui passe et celle du rayon laser de l’Opulent Temple nous rappellent de temps à autre qu’on est bien sur terre. On discute un peu, allongés sous la lune. Raph s’offre une sieste, je passe un coup de fil, on fait quelques photos, puis on se décide à redescendre calmement vers le campement : il commence à faire froid.

Raph, qui n’a aucune pitié pour le peu de végétation survivant encore aux alentours, joue le rôle du bûcheron, ramassant ça et là le peu de bois qu’on trouve sur le chemin, et de retour au camp, il allume un feu pendant que je fais cuire les spaghettis (au pesto, Sarah, au pesto!).

Une petite souris kangourou s’invite à notre festin, pourtant déjà bien maigre. La sale petite cureye! N’empêche, j’ai pas trop bon: j’aime pas ces bébêtes sur pattes… Ca fait rire Raph, mais j’ai bien raison! Un peu plus tard, alors qu’on essaie de s’endormir à même le sol, la Cureye revient et grimpe à toute vitesse sur mon sac de couchage. Reuuuuuuuuuuh ! Cri aigu de femmelette apeurée pour moi et bien évidemment fou rire incontrolable pour Raph : on a du m’entendre hurler jusqu’au festival, si pas jusqu’à Réno! (Bon, là c’est fait, je passe officiellement pour une tarlouze, mais je me devais de le dire quand même! T’es content, mfi? C’est la bonne version? Sinon tu peux tjrs commenter…)

Le pire, c’est qu’à chaque fois que je la chasse, elle revient à la charge, la petite cureye! Que faire? Je suis trop crevé que pour passer la nuit à la surveiller… Sur le moment, je me dis que le mieux est de vider, en guise d’offrande, le fond de la casserole de spaghettis dans les buissons où elle s’est réfugiée, en espérant qu’elle respectera le pacte ainsi conclu et nous laissera nous endormir tranquilles et heureux sous les étoiles du Black Rock Desert… Quelle journée géniale mes amis, vous avez vraiment pas idée!

5 réflexions au sujet de « La cureye du mont Sinaï »

  1. Je comprends que tu mettes 6 semaines à envoyer une news, si tu frissonnes à chaque virgule.^^

    il me semble que tu deviens spécialiste de la prise…
    Bon annif

  2. What a night !

    Sans aucun doute une des plus grands moment de mon BM/voyage … vie ?

    Merci mec de m’avoir fait revivre ce moment!

    Par contre, je me dois de corriger, meme si c’est une très bonne version que tu as écris :

    Petite Cureye ! pas  » Chipie  » 😉
    ET Je n’ai pas arraché de végétation , uniquement des plantes mortes, bout de bois et … crotins de cheval ! ( par contre jme serait bien fait la planche de la vieille caravane de pionnier si il n’y avait eu ces gros boulons! )

  3. salut jerome contente de te lire de nouveau …le sourire aux levres; z etes les mecs quand meme hein 😉 un tout bon anniversaire un peu tardif il me semble bon courage pour la suite biz

  4. génial !!!
    comment vas tu depuis la dernière fois sur FB?
    toujours OK? Les travaux, ça va?
    tu arrives à préparer la suite du voyage?
    A très bientôt sur mywanderingdays … 🙂

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